‹ Art de se preśerver de l'action de la flammeChapitre 13 sur 20 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Avantages que les procédés exposés ci-dessus peuvent procurer aux Sociétés d’ assurance contre les incendies.

Je ne pouvais omettre les considérations qui feront le sujet de ce chapitre, car il est évident que les progrès de l’art de diminuer les dangers des incendies et les pertes qu’ils entraînent auront nécessairement quelque influence sur les spéculations des Sociétés qui se chargent de réparer ces désastres.

Ces Sociétés sont jeunes, en comparaison de celles des marins , qui comptent plus de trois siècles d’existence. Avant l’année 1714? l’ Angleterre ne songeait point encore à pourvoir aux dangers du feu comme à ceux de la mer ; mais dès que les Anglais en eurent donné l’exemple , ils trouvèrent des imitateurs sur le continent, excepté dans quelques États : l’Amérique même eut des Sociétés d’assurance contre l’incendie. S. M. l’empereur d’Autriche voulut que ses nouveaux États en Italie prissent parta ces utiles institutions; en 1819, une circulaire impériale annonça que les fondateurs des Sociétés d’assurance contre l’incendie trouveraient appui et protection dans les Autorités publiques. Cette déclaration souveraine avait été pro-

mulguëe, la même année, dans tous les autres États autrichiens ; ces encouragemens produisirent leur effet : une Société fut établie à Trieste en 1 824, et une autre à Milan en 1825. Quelque temps après, le roi de Sardaigne promit aussi sa protection aux Sociétés qui se formeraient dans ses États ; Turin répondit à cet appel, et la première Société d’assurance y fut établie en 1828. Ainsi, l’Italie n’entra que bien tard dans cette voie d’améliorations économiques.

Dans l’état actuel des choses, une Société d’assurance prend pour base de ses spéculations et de ses statuts toutes les données qu’elle peut réunir sur l’objet assuré. Ces données varient par le concours de plusieurs causes , et les spéculations éprouvent des modifications relatives aux nouvelles circonstances ; quelquefois même elles s’étendent au delà des limites qu’elles avaient fixées, quoique les circonstances n’aient point changé. Voyons donc, par rapport aux incendies, ce que mes expériences pourront inspirer aux administrateurs des Sociétés d’assurance.

Des contrats sont passés, et tant qu’ils seront en vigueur, ils régleront invariablement les obligations mutuelles des contractans. On n’a stipulé que pour les immeubles ; on ne croyait point encore à la possibilité de faire plus , et d’étendre les assurances jusqu’aux personnes. Aujourd’hui, les

amis de leur pays et de l’humanité, comme le sont les membres des Sociétés d’assurance, s’imposeront des obligations dont leurs statuts ne parlent point encore ; l’Autorité publique ne laissera point négliger les moyens de conserver la vie des hommes, encore plus précieuse que leur habitation et leurs meubles : les hommes réunis en société se doivent mutuellement, au moins dans les grandes occasions , les secours qu’ils peuvent se porter. L’opinion flétrirait un nageur habile qui aurait refusé son assistance à un malheureux près de se noyer ; cependant , cet homme court aussi quelque danger lorsqu’il arrache aux eaux d’un fleuve ou de la mer le naufragé qu’elles allaient engloutir. Les Sociétés d’assurance contre l’incendie ne seraient-elles pas beaucoup plus répréhensibles si elles laissaient périr dans les flammes des hommes qu’elles peuvent sauver sans qu’aucun de leurs membres soit en danger ? Le temps n’est plus où les moyens de salut étaient hors de leur portée : en réparant les dommages matériels causés par un incendie, elles faisaient autrefois tout ce qui était en leur pouvoir ; aujourd’hui qu’elles peuvent beaucoup plus, rien ne peut les dispenser de mettre en usage la totalité des ressources qu’elles ont acquises. IJ assurance des personnes est une noble carrière qui vient de s’ouvrir pour eux , elle ne sera pas moins utile qu’elle peut devenir honorable. Il ne s’agit ,

pour elles , que de se munir d’un certain nombre de mes appareils, et d’avoir, parmi les agens de secours contre les incendies, des hommes qui sachent en faire usage.

Jusqu’à présent, ce n’est qu’en Angleterre que les Sociétés d’assurance ont compris toute l’étendue de leur destination ; sur le continent , et spécialement en Italie, elles n’ont rien stipulé pour la conservation des personnes. Si le feu se déclare dans une ferme ou dans une maison de ville , les agens de la compagnie laissent faire ; ils ne surveillent rien , ne secourent point, tandis que leurs soins, appliqués à propos et avec intelligence, seraient très profitables pour les assureurs. Cet état de choses est évidemment au dessous de nos connaissances et de ce que doivent être nos institutions. Il faut espérer que lorsque les contrats d’assurance seront renouvelés , ou à la formation de Sociétés nouvelles, les Gouvernemens feront insérer des articles réglementaires en faveur de la sûreté personnelle, non seulement dans les établissemens publics , mais dans les habitations particulières , les magasins, et en général dans tous les lieux susceptibles d etre ravagés par le feu , et par conséquent d’être assurés.

Au su jet des magasins, ne serait-il pas équitable que les Compagnies d’assurance trailassent plus favorablement, les propriétaires qui ne feraient usage

que de lanternes de sûreté telles que celles que j’ai décrites, que ceux qui, persistant dans leur ancienne routine , porteraient dans leurs magasins des luminaires justement suspects ! Outre qu’une légère diminution dans le taux de l’assurance serait un acte de justice, elle aurait le mérite de donner un bon exemple , un utile avertissement. Il faut comprendre dans la meme observation les maisons bâties solidement et suivant les règles de prévoyance appliquées à l’architecture. Comme le taux de la police d’assurance est en raison de la probabilité des chances défavorables, tout ce qui tend à rendre ces chances plus rares entre nécessairement dans la question , et le calcul devrait en tenir compte. Sans tomber dans l’inconvénient de multiplier à 1 excès les classes de taxations d’après les circonstances locales et personnelles , on sent qu il convient à tous égards d’en admettre plusieurs, tant pour être plus scrupuleusement juste envers les assurés, que pour justifier le commerce du reproche qu’on lui fait trop souvent, de ne songer qu’à ses intérêts et de ne faire que des spéculations sous des apparences philantropiques.

J ai déjà dit que mes appareils peuvent rendre aux campagnes des services que l’on n’obtiendrait jamais par aucune autre voie; car c’est là que tout secours deviendrait promptement inutile, si les progrès du feu n’étaient point arrêtés à temps, si

l’on n’avait point la faculté d’aller, jusqu’au milieu de l’embrasement , ouvrir ou fermer des portes ou des fenêtres, et enlever ce qui peut être transporté. Des hommes revêtus de bonnes armures se chargeront de détacher les bestiaux et de les faire sortir de force , opération difficile lorsque les issues sont envahies par l’incendie, parce que, dans ce cas , les animaux cherchent un refuge dans l’intérieur de l’édifice, ou la flamme les atteint enfin et les fait périr.

Un grand magasin de draperie fut brûlé à Bologne, il y a trois ans ; la perte fut très considérable, parce que l’on ne put ouvrir assez promptement, par dehors, une grande porte barricadée en dedans, par laquelle on aurait évacué beaucoup de marchandises qui furent consumées. Un seul homme revêtu d’une armure et de gants d’amiante aurait ouvert cette porte en quelques minutes ; pendant ce temps même, d’autres hommes également bien garantis auraient commencé l’évacuation du magasin : c’est dans ces occasions que l’on connaît bien le prix du temps et d’un secours venu à propos.

Ainsi , mes appareils mettent à la disposition des Sociétés d’assurance des ressources qui peuvent leur servir à étendre leurs spéculations, au lieu de les restreindre, et à les rendre encore plus dignes de la reconnaissance publique.

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