‹ Art de se preśerver de l'action de la flammeChapitre 14 sur 20 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Considérations generales sur les causes des incendies , et sur les moyens de prévenir les désastres qui en sont l’effet.

L’atmosphère peut être échauffée au point d’allumer des matières très combustibles, et qui embrasent ensuite d’autres matières plus abondantes, mais qui ne brûlent qu’a une plus haute tempé-^ rature. Le ministre Sommer a fait à Kœnisberg plusieurs expériences pour constater ce fait et en connaître les circonstances, et il a prouvé que des incendies peuvent arriver sans qu’il y ait négligence ni délit. J’ai vu moi -môme dés draps souillés d’huile s’allumer spontanément, et les hommes qui font le métier de mesureur d’huile n’ignorent point que leurs habits sont exposés à cet accident. Le docteur Hull a fait une observation analogue en Angleterre non seulement sur la laine, mais sur le coton huilé. Au mois de juillet 1828, j’exposai au soleil des étoffes de coton imbibées d'huile de lin, et je m’assurai qu’elles contractaient prompt tement une température beaucoup plus élevée que celle de l’atmosphère. Cette observation 11’est point de notre temps; car si l’on consulte la Chronique

de Villani, on y lira qu’à Florence, en 1 544 ^ im incendie fut causé par la chaleur excessive qu’avait contractée un drap huilé, et que cette cause, si peu redoutable en apparence, embrasa dix-huit maisons et boutiques. Ces faits méritent bien qu’on y fasse attention ; ils engageront à éviter des contacts dangereux, contre lesquels on n’est peut-être pas assez en garde dans les magasins , les douanes et autres lieux de dépôt de marchandises.

On sait que plusieurs mines de charbon sont sujettes à s’enflammer spontanément , on en trouve de cette nature en France, en Allemagne, au port de la Spezia. Les ordonnances de police maritime interdisent que celles-ci soient transportées à bord des navires.

Les tourbes sulfureuses ( et il y en a beaucoup ) sont aussi une cause d’incendies spontanés, et elles exigent les mêmes précautions que les mines de charbon de cette mauvaise qualité. Dans les deux sortes de combustibles , c’est l’abondance des sulfures de fer et leur décomposition à l’air humide, qui est la cause de l’élévation de température, et, dans certains cas, de l’inflammation.

Les foins entassés encore humides peuvent aussi mettre le feu au grenier où ils sont déposés. Ce danger ne peut être prévenu que par une dessiecalion poussée assez loin pour que la fermentation ne puisse avoir lieu. Ce serait vainement qu’on

empêcherait la circulation de l’air dans l’intérieur de la masse fermentescible : on n’a point fait assez, tant que la fermentation peut avoir lieu.

Les progrès de l’art de bâtir éloigneront de plus en plus des édifices les causes de destruction auxquelles il est possible de les soustraire. On s’attache maintenant à multiplier l’emploi des matériaux incombustibles. L’Angleterre a donné l’exemple et l’impulsion en faisant construire, presque entièrement en fonte de fer , les superbes magasins de ses do/rs. Pour les habitations particulières, on a proposé divers moyens de rendre le bois incombustible, ou de faire en sorte qu’il ne s’enflamme que très difficilement et qu’il s’éteigne promptement. Ces moyens, qui sont en général ou des enduits , ou des matières qui pénètrent dans le bois assez profondément sans l’affaiblir , n’ont pas encore été soumis à des épreuves décisives ; on ne peut donc leur accorder une confiance qui ne serait peut-être pas justifiée.

Il est sans doute des incendies qu’il est impossible de prévenir : les Romains ne furent point en état d’empêcher que Néron ne mit le feu à leurs maisons ; les habitans d’Alexandrie ne purent s’opposer à l’arrêt qui livra aux flammes leur immense bibliothèque. Pline le jeune, en parlant des ravages que le feu venait d’exercer à Nicomédie , proposa à Trajan de former un établissement où cent cin-

qualité hommes choisis et exercés seraient chargés spécialement de porter du secours aux incendiés et d’arrêter les progrès du feu : voilà la première idée de l’institution des pompiers.

En général , les moyens d’arrêter les progrès des incendies sont d’autant plus efficaces qu’ils sont appliqués plus tôt. Qu’on éloigne donc les obstacles qui retarderaient la marche des pompiers et l’arrivée de leurs instrumens ; que tout soit constamment en état et sous la main, les magistrats doivent y veiller avec le plus grand soin. A Constantinople, les sakas ( porteurs d’eau), qui sont chargés de surveiller les incendies et d’y porter secours , s’acquittent bien de leurs devoirs, et arrivent promptement aux lieux où le feu s’est manifesté ; mais ils ne pouvaient rien faire qu’en présence du Sultan, d’un bacha ou des autorités supérieures , souvent occupés de toute autre chose, et qui se faisaient attendre. On dit que ces pernicieuses dispositions ont été changées. Mais ce qui étonne , c’est qu’à Londres, il n’y a pas plus de quatre ans, quatre personnes périrent dans les flammes tout près du lieu où les instrumens de secours sont déposés, parce qu’on ne put trouver assez promptement la clef de ce lieu de dépôt.

Quelque vaste qu’un embrasement puisse devenir, le courage des pompiers et une bonne direction de leur travail peuvent prévenir de grands

mallieurs. Lorsque toute une ville prend l'eu, il est encore des quartiers moins maltraités que les autres, où les secours ne seront pas inutiles , mais le pouvoir de 1 homme a ses limites ainsi que sa prévoyance. Lorsque Franklin eut trouvé le secret de préserver les édifices des ravages de la foudre, il avoua qu il ne se sentait point en état de mettre toute la terre hors des atteintes d’un nouveau déluge ou d une conflagration universelle. Malgré cette impuissance bien reconnue, on ne renoncera point aux paratonnerres ni aux appareils contre les incendies.

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