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l an g- temps dans les flammes pour trouver à respirer lacilement, il faudrait alors concevoir que de l’air frais peut s’élever entre les deux tissus qui ne se touchent pas, et fournir ainsi à la respiration.
D ailleurs il n est pas difficile de retenir sa respiration , 3o, Go secondes, et même plus; et quoique nous ne pensions pas que les pompiers aient employé ce moyen en longeant les haies enflammées, le court espace de temps qu’il faut pour parcourir io mètres leur en donnait la possibilité.
Mais s’il est démontré, par les expériences dont nous avons été témoins, que, dans le plus grand nombre de cas et à l’air libre, la respiration peut s’effectuer sans danger , il est bien à craindre qu’elle ne devienne très difficile dans un espace étroit, rempli de fumée, comme cela n’arrive que trop souvent dans les incendies. Ne conviendrait-il pas que le pompier pût respirer un air frais qui lui serait fourni par un réservoir portatif, ou plus simplement par un tuyau flexible , rampant le long de son corps , de ses pieds à sa bouche? On sait, en effet, que, dans un appariement échauffé et ouvert, l’air frais entre toujours par le bas, tandis que l’air chaud s’échappe par le haut -, et conséquemment le pompier aurait ainsi plus de chances de respirer facilement. Nous insistons sur ce point, parce que nous savons que rien n^ gène autant la respiration qu’une fumée épaisse. Nous pensons même qu’il serait utile d’exercer les pompiers à retenir longtemps leur respiration. C’est un art à emprunter aux plongeurs.
Nous, avons dit que M. Aldini employait dans ses appareils des tissus d’amiante ou de laine rendue incombustible au moyen d’une dissolution saline-, examinons les avantages de chacune de ces substances.
L’amiante, de sa nature, est entièrement incombustible. On le trouve plus abondamment, particulièrement en Corse , qu’on n’avait cru : et depuis madame Lena- Perpenti de Como , qui s’est appliquée à en faire divers tissus, et même de la dentelle (Société d’Encouragement, année i8i3,page 166), on ne peut douter que ce minéral ne se prête aux diverses opérations de la filature et du tissage. M. Aldini s’est aussi occupé à rendre ces opérations plus faciles, et il a présenté cà la Commission une toile d’amiante de 20 décimètres de long sur 1 6 de large , c’est à dire à peu près aussi grande que celle que l’on conserve dans la Bibliothèque du Vatican. Cependant ce tissu sera toujours d’un prix trop élevé pour recevoir de grandes applications , et c’est par ce motif que M. Aldini a cherché à le remplacer par un tissu de laine.
Ce tissu, même sans préparation, n’est que peu inflammable, et, par ce motif, on devrait le préférer, pour les babillcmens d’hiver des enfans, aux tissus de coton, dont la facile combustion cause tant de funestes accidens 5 mais lorsque la laine a été imprégnée de sel ammoniac et. de borax ( Annales de Chimie, xvm , 2 1 1 ) » elle nc pr-eml plus feu ; elle se calcine sans propager la combustion, cl ne se laisse pénétrer que lentement par la chaleur. Elle a même, sous ce dernier rapport, de 1 avantage sur l’amiante; car. d’après
l'observation qu’on a faite ML Flourcns, nn doigt revêtu de tissu cl amiante et présenté à la flamme d’une bougie reçoit plus tôt l’impression de la chaleur que lorsqu il est revêtu d’un tissu de laine incombustible de même épaisseur que celui d’amiante. Ainsi , sous le point de vue de 1 économie, d’une préparation plus facile, d’un emploi plus commode, d’une beaucoup plus grande légèreté, et même d’une moindre conductibilité de la chaleur, la laine a de l’avantage sur l’amiante, et sa résistance au feu, quoique incomparablement moindre que celle de ce minéral, est cependant encore assez grande pour supporter une température élevée, et la remplacer dans presque toutes les circonstances que présentent les incendies.
Les tissus d’amiante ou de laine méritent une attention plus particulière, parce qu’ils sont réellement la partie la plus essentielle de l’appareil de M. Aldini. Employés seuls, ils peuvent garantir le corps, dans la plupart des cas , de l’action de la flamme et de la chaleur; tandis que les tissus métalliques, en éteignant la flamme , n’interceptent pas suffisamment la chaleur. Ces derniers tissus, par leur grande raideur, ont le grave inconvénient de gêner les mouvemens des pompiers ; tandis qu’il est pour eux de la plus grande importance de conserver toute leur agilité et de pouvoir se diriger avec certitude. Aussi pensons-nous , d’après ces considérations, que les vétemens de laine en tissu suffisamment épais et serré , convenablement imprégnés de dissolutions salines, ou, mieux peut-être, des vétemens formés par plusieurs tissus
légers superposés, mais toujours très serrés pour ne permettre aucun passage a 1 air , auront seuls une efficacité suffisante, et qu’il sera tout au plus nécessaire, clans quelques circonstances, d’ajouter des pièces mobiles de toile métallique pour défendre les parties du corps les plus exposées à souffrir de la chaleur , en ayant l’attention de laisser entre les deux tissus une certaine distance -, car un contact intime rendrait la toile métallique plus nuisible qu’utile.
Outre les vêtemens en tissus incombustibles ou en toile métallique dont il vient d’être question, M. Aldini emploie avec le plus grand succès de grands boucliers en toile métallique. Ces boucliers, présentés par les pompiers à un jet de flamme , l’arrêteront merveilleusement, et leur permettront alors de voir leur chemin , de franchir des espaces envahis par la flamme et d’exécuter leurs manœuvres. Ils sont un supplément très utile d’un vêtement en laine incombustible, et une arme d’autant plus précieuse pour les pompiers non vêtus de tissus incombustibles , qu’ils ne causent aucun embarras, et qu’on peut les abandonner et les reprendre , en très peu de temps , sans aucune difficulté. Des châssis en toile métallique destinés à intercepter la flamme sortant par une porte ou toute autre ouverture, paraissent aussi devoir être d’un très grand seco rs. Mais ce n’est pas ici le lieu d’entrer dans le détail de toutes les applications qu’a faites M. Aldini de la toile métallique et des tissus incombustibles. Ce savant philantrope prépare pour l’impression un ouvrage destiné à faire connaître ses appareils, dans
conve-
lequel il donnera tous les rcnseignemens nables.
M. Aldini ne s’est pas borné à proposer des appareils conservateurs pour les incendies; ce qui est plus difficile et certainement plus rare, il les a mis luimeme à execution , et en a poursuivi l’adoption avec un zèle infatigable. C’est aussi par les difficultés nombreuses qu’il a éprouvées, qu’il n’en a que mieux apprécié la coopération éclairée de M. le baron de Plazanet , colonel des pompiers, et le dévouement de ces derniers à se prêter aux expériences les plus difficiles.
La Commission , qui a vu par elle-même les résultats de ces expériences, reste unanimement convaincue que les appareils de M. Aldini, avec de légères modifications qu’ils ne larderont pas à recevoir, seront d’une grande utilité dans les incendies, pour pénétrer dans des lieux embrasés, y porter des secours , enlever des objets précieux, et surtout pour conserver la vie à des infortunés près de la perdre dans les plus affreux tourmens. M. Aldini a donc bien mérité de l’humanité, et les services qu’il a rendus rentrent tout à fait dans ceux que la philantropie de M. de Montyon a voulu encourager et qu’elle a appelés à des concours solennels. Cette pensée, que les travaux de M. Aldini y trouveront une noble récompense , a diminué les regrets que nous avions éprouvés de ne pouvoir les présenter au jugement de l’Académie, à cause de la publicité qu’ils avaient déjà acquise.
Extrait du Rapport fait à M. le Préfet de Police , par le Conseil de salubrité. (M. Gaultier de Claubry, Rapporteur. )
Paris, le 20 novembre 1829.
Monsieur le Préfet ,
Vous avez chargé une Commission spéciale , composée de MM. d’Arcet, Marc, le baron dePlazanet, Meyniel, Gaultier de Claubry, d’assister aux expérience de M. Aldini sur l’emploi des tissus métalliques et d’amiante pour préserver les pompiers dans les incendies, et de vous faire un rapport sur les divers objets sur lesquels il a appelé votre attention.
Les inventions de M. le chevalier Aldini sont relatives à des objets différens, pour lesquels il a fait l’application de moyens déjà connus , mais dont l’emploi peut présenter de grands avantages : nous les examinerons séparément.
M. Aldini a appliqué les tissus métalliques à la confection des lampes ou lanternes destinées à prévenir les accidens qui proviennent du contact de la flamme avec des corps combustibles.
liumphry Davy , en étudiant les propriétés de la flamme et celles des tissus métalliques, a remarqué, que ceux-ci étaient susceptibles d’empêcher la propagation de la flamme, en la refroidissant; de telle
sorte que , séparée en deux parties par un réseau métallique présentant des ouvertures convenables , un espace contenant une vapeur ou un gaz combustible présente d un coté, une combustion et, de l’autre côté de la toile métallique , le gaz ou la vapeur dans leur état primitif ; et l’application qu’il a faite de cette propriété à la construction d’une lampe pour les mineurs est non seulement une des plus belles , mais surtout une des plus utiles qui pussent jamais être faites.
Cette propriété des toiles métalliques a été utilisée en diverses occasions pour obtenir des lampes ou lanternes qui ne pussent déterminer un incendie dans des greniers , des écuries ou des magasins renfermant des matières combustibles.
Mais leur emploi est très borné et ça été faire une chose utile que de les propager et d’en rendre la construction si simple et si peu coûteuse qu’elles fussent à la .portée de tout le monde : sous ce rapport , les lampes proposées par M. Aldini seront très utiles, et leur usage habituel préserverait de beaucoup d’incendies qui ne proviennent que du contact de la flamme d’une chandelle ou d’une lampe avec du foin, de la paille, etc. Une semblable lanterne peut être placée sur un tas de paille ou de foin , en être entourée sans que l’on ait à craindre un incendie, et des brins de paille ou de foin pourraient même pénétrer dans la lampe et y brûler sans que la flamme se communiquât. A la vérité, les lampes ou lanternes donnent moins de lumière qu’une chandelle, ou une lampe sans enveloppe, mais autant qu’une lanterne de fer-blanc
avec une plaque (le corne comme celle que l’on emploie presque habituellement.
La Commisssion pense que vous ferez , M. le Préfet , une chose utile en propageant l’emploi cîe semblables lampes ou lanternes dans tous les cas où vos ordres pourront les faire mettre en usage ; et si M. Aldini n’a pas employé le premier une semblable lampe, ses efforts pour en répandre l’emploi sont dignes d’être encouragés. D’ailleurs, aux lampes ordinaires il a ajouté un manchon métallique mobile, qui préserve en partie la flamme de l’action directe du vent, et l’empêche par là d’être aussi facilement éteinte; ce qui les rend très commodes. Si l’usage de ces lampes devenait général , on aurait diminué de beaucoup les chances d’incendie , et les pompiers eux-mêmes pourraient s’en servir utilement dans beaucoup d’occasions.
Mais l’objet le plus important des recherches de M. Aldini consiste dans l’emploi qu’il a fait des tissus d’amiante et des tissus métalliques pour la préservation des pompiers dans les incendies ; c’est aussi celui dont nous désirons nous occuper plus longuement.
On connaît de temps immémorial l’incombustibilité des tissus d’amiante; on a cherché à diverses reprises à les appliquer à la préservation contre les effets du feu ; mais outre les difficultés de leur préparation, la chaleur exessiveque l’on ressent lorsqu’on en est revêtu n a pas permis d’en faire usage.
Les recherches du célébré chimiste Davy ont fait connaître les propriétés très remarquables des toiles
métalliques, et l’application qu’il en a faite à la construction des lampes de sûreté est une des plus importantes auxquelles la science pût conduire ; mais c’est une idée neuve et ingénieuse d’avoir combiné l’emploi des deux moyens pour permettre à l’homme de pénétrer au milieu des flammes, et dans l’application qu’il en a faite à ces importans objets, M. Aldini a ouvert la carrière à des travaux du plus grand intérêt.
On acquiert facilement la preuve de l’influence des tissus métalliques et d’amiante pour préserver de l’action de la flamme, en revêtant le doigt de la main d’un gant d’amiante, et la renfermant dans une enveloppe de tissus métalliques ; on peut alors saisir et conserver , pendant quelque temps , des barres de métal rougi, du bois enflammé ou en braise, placer même les mains dans la flamme de l’alcool jusqu’à ce que la toile métallique rougisse fortement, sans ressentir de brûlure. Cependant, après quelque temps, l’amiante s’échauffe tellement que son contact devient insupportable, et l’on ne saurait trop tôt s’en débarrasser.
La première chose à faire pour appliquer l’amiante à divers usages était de le filer aisément. Bien avant les recherches deM. Aldini, Mmc. Perpenti, de Milan, l’avait travaillé et avait même préparé des tissus très fins avec cette substance ; mais ses procédés ne sont pas connus. M. Aldini a employé , pour arriver à son but , l’action de la vapeur d’eau , qui divise les fils de celte substance , et permet de les obtenir très déliés et d’une grande longueur. Ces fds une fois obtenus, on peut en faire des tissus de toutes formes et dimen-
sions. M. Aldini en a fait préparer de i mètre 5 décimètres de largeur , et diverses parties de vètemens pour les sapeurs-pompiers.
Il eût été à désirer que l’on eût fait une expérience qui avait paru nécessaire à la Commission , et qui aurait prouvé jusqu’à quel point les moyens proposés par M. Aldini peuvent être utiles dans les cas d’incendies : c’est le plus ordinairement dans les lieux fermés qu’il est nécessaire de pénétrer pour sauver des personnes ou des objets précieux, pendant un incendie. Des causes particulières viennent alors ajouter aux effets de la flamme, et pourraient rendre entièrement inefficaces les moyens préservaloires dont nous nous sommes occupés jusqu’ici, dans un lieu plus ou moins complètement clos; la fumée, la concentration du feu et la perte d’air respirable ne permettraient pas aux pompiers de pénétrer sans se servir de moyens particuliers, comme le masque de Piobert, au sujet duquel un Rapport a été adressé à votre prédécesseur par une Commission spéciale, ou plutôt le réservoir d’air comprimé que M. le maire d’Angerville a employé pour faciliter aux plongeurs le moyen de rester longtemps sous l’eau, travaillant avec toute liberté; ce serait encore là le cas de faire usage d’une manche à air d'une dimension convenable, qui , en produisant une ventilation dans le lieu clos incendié, faciliterait aux pompiers les moyens d’y pénétrer et de porter des secours d’autant plus efficaces , que le courant produit par ce moyen amènerait de l’air neuf, et chassefait
devant eux la flamme en meme temps que la fumée. Ces considérations prouvent combien une expérience faite dans un lieu clos aurait présenté d’intérêt.
M. Aldini avait déjà reconnu, ce qui devait être , que l’enveloppe métallique devait avoir une assez grande capacité pour quelle ne louchât l’enveloppe d’amiante par aucun point -, il l’a beaucoup augmentée depuis les premières expériences, et c’est un objet fort important pour éviter des brûlures, qui pourraient être graves.
Le poids des vêtemens d’amiante est très considé rable et fatigue beaucoup celui qui en est revêtu : une fois échauffée, cette enveloppe devient insupportable, et l’on a vu des pompiers avoir la main assez fortement brûlée par le gant d’amiante, après avoir déposé des barres de fer rougies , qu’ils avaient portées sans énoncer d’accident. Si l’expérience confirme le résultat déjà obtenu, et que la laine puisse être substituée à l’amiante, après avoir été rendue incombustible par des préparations convenables , elle offrirait de grands avantages, à cause de sa légèreté et de son prix peu élevé ; et comme celte substance est beaucoup moins conductrice du calorique que l’amiante, son contact prolongé ne donnerait pas lieu aux mêmes inconvéniens. Il serait possible, au surplus, que des tissus de laine dans lesquels on ferait entrer de 1 amiante , fussent préférables encore, et que, beaucoup moins pe— sans et moins conducteurs , ils remplissent encore mieux le but que l’on se propose : c’est à l’expérience à prouver si l’on arriverait à ce résultat. En modifiant
ou changeant même la nature des matières employées par M. Aldini, il ne lui en resterait pas moins l’honneur des belles applications cju il a faites, et dont tout ce que l’on fera sur ce sujet ne sera que la conséquence.
A cette occasion , il est bon de signaler ici la conduite houorable qu’a tenue M. Aldini , en refusant de profiter de sa belle application pour robtenlion d’un brevet qui lui en eût assuré la propriété. Il a cherché, au contraire , à la répandre le plus possible , et, depuis deux ans, une foule d’expériences publiques, dans divers pays, lui ont attiré, comme cela devait être , l’estime et les marques de la plus haute bienveillance des Souverains et les louanges méritées des savans.
Il nous reste maintenant , M. le Préfet, à vous faire connaître l’opinion particulière de la Commission sur les moyens préservateurs de M. Aldini.
Elle est d’avis que les appareils proposés par ce savant doivent éprouver quelques modifications pour les rendre d’un usage prompt , sûr et facile.
Le bras droit des pompiers devrait être recouvert d’un tissu métallique comme le reste du corps.
L’armure métallique a besoin d’être plus souple ou à charnières dans les parties qui recouvrent celles qui servent aux mouvemens , et les moyens d’attacher doivent être plus prompts et plus sûrs. Quoiqu'on se soit assuré que le pompier revêtu de son armure peut exécuter facilement beaucoup de mouvemens , s’agenouiller , se relever sans poser la main par terre , et se pencher de diverses manières; cependant on doit
chercher à rendre les mouvemens encore plus faciles, parce que, dans les incendies , un pompier n’a pas seulement à pénétrer au milieu des flammes, mais est obligé de porter des fardeaux et de retirer du sein de 1 incendie des objets plus ou moins difficiles à mouvoir.
Le masque d’amiante ou de laine paraît aussi exiger des changemens importans. Ce masque, par le poids meme de la matière, se sépare du visage, et la couche d’air qui s'introduit dans cet espace , étant souvent renouvelée par l’effet de la respiration , ne s’échauffe que difficilement. Tel est l’avantage qu’il présente; mais, par suite , les toiles métalliques qui recouvrent les oculaires sont éloignées des yeux et ne permettent pas aux sapeurs d’apercevoir leurs pieds ; quand on marche dans un lieu encombré par la chute des matériaux et des meubles , il faut surtout distinguer les points où l’on peut poser les pieds sans danger.
M. Aldini a proposé l’emploi d’un manteau de laine préparé, pour recouvrir les personnes qu’il s’agirait de sauver ou de transporter au milieu des flammes. Ce moyen ne paraît pas suffisant, et c’est un des objets qui demandent des recherches immédiates, pour ne pas rendre inutiles le zèle et les efforts des pompiers qui pénétreraient dans un lieu embrasé sans pouvoir soustraire à l’action du feu les personnes qui s’y trouveraient exposées aux plus grands dangers.
Enfin, le temps que les pompiers mettent à s’habiller, 1 ignorance des lieux qu’ils devront parcourir, la prudence que doit mettre dans sa marche tout homme qui a à craindre que le plancher qui le porte ne s’é-
croule , paraissent autant d’obstacles à l’emploi des appareils de M. Aldini , si le zèle bien connu du corps des sapeurs-pompiers, soutenu par vos encouragemens, M. le Préfet, ne donnait la presque assurance que d’heureuses modifications aux appareils proposés par le savant professeur italien les rendront bientôt susceptibles de produire les heureux résultats qui sont le but de ses efforts , et qui deviendront sans doute l’un des grands bienfaits des sciences, dans un objet qui intéresse à un aussi haut point le bonheur des hommes.
On peut dire , dès à présent , que le bouclier métallique rendra de grands services, et que les toiles métalliques pourront être employées avec beaucoup d’avantage pour empêcher la communication de la flamme d’une pièce incendiée à la pièce voisine , en tendant ces toiles devant les ouvertures des portes. Pour terminer notre mission, M. le Préfet, il ne nous reste qu’à vous proposer :
i°. De remercier M. Aldini de la communication importante de ses procédés, qu’il a faite avec tant de zèle et de dévouement , qui méritent sans doute à leur auteur une marque honorable de la bienveillance royale , récompense bien méritée , quand on peiase que M. Aldini , à l’âge de soixante et onze ans, et affecté d’une maladie assez grave , n’a pas craint les fatigues d'un long voyage, pour apporter lui-même en France des procédés dont le Gouvernement avait désiré la communication ; et les dépenses qu’il a été obligé de faire pour les expériences prouvent jusqu’à quel point il a
poussé le zèle pour l’application de ses procédés.
2”. De solliciter de S. Ex. le Ministre de l’intérieur des fonds spéciaux destinés à continuer les essais déjà si heureusement commencés, et à porter à leur perfection des moyens dont l’emploi général serait un des objets les plus honorables pour votre Administration.
b°. De proposer une récompense pour les pompiers qui, les premiers, munis des appareils préservateurs, seront parvenus a soustraire quelques personnes ou des objets d’une grande importance aux dangers imminens d’un violent incendie.
Une nouvelle expérience a été faite à la caserne des pompiers de la rue Culture-Sainte-Catherine, les résultats en ont été encore plus satisfaisans que ceux de la première expérience : les sapeurs-pompiers ont encore mis plus d’assurance dans leurs exercices, et ce n’est que par l’emploi réitéré des memes moyens que l’on pourra reconnaître et faire toutes les modifications que demandent les appareils.
Nous sommes avec respect, M. le Préfet, vos très humbles et très obéissans serviteurs,
Signé d’Arcet, Gaultier de Claubry , Meyniel , baron de Plazanet , et Marc.
Pour copie conforme :
Le Secrétaire général de la Préfecture de police , Signé Edme DE BLOSSAC.
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Extrait du Rapport fait à la Société d’ Encouragement pour l’Industrie nationale > au nom du Comité des arts mécaniques sur les appareils inventés par M. Aldini } par M. Gaultier de
Cl AUBRY.
Les propriétés des tissus métalliques étaient connues depuis les belles expériences de l’illustre Davy; mais c’est une idée neuve et pleine de génie de les avoir appliquées à préserver les pompiers dans les incendies et à leur faciliter les moyens de porter des secours plus efficaces dans de pareils désastres. Une découverte, quelque belle qu’elle soit, n’acquiert véritablement de prix que dans ses applications.
Une expérience faite, le 8 octobre, à la caserne des pompiers de la rue de la Paix , et à laquelle M. le Préfet de police a assisté , a montré le parti avantageux que l’on peut retirer de l’emploi de ce moyen dans les incendies. Elle a consisté dans trois épreuves successives.
Dans la première, trois pompiers, la main garnie d’un double gant d’amiante, ont transporté au travers de la cour des barres de fer rougies au feu , pen-
dant deux minutes, sans avoir été obligés de les lâcher un seul instant 5 ils avaient seulement éprouvé une chaleur assez forte, et leurs gants étaient brûlans quand on y introduisait la main aussitôt qu’ils les avaient quittés.
La deuxième expérience a consisté à allumer dans une chaudière de fonte un feu de paille et de menu bois 5 quand la flamme a été très vive, un pompier, la tête couverte d’un casque d’amiante et d’un autre casque de tissu métallique , et portant au bras droit un bouclier de plus d’un mètre de hauteur et d’environ 80 centimètres de largeur, s’est placé au dessus de la chaudière, dans laquelle on jetait constamment de la paille pour remplacer celle qui brûlait. Les courans d’air agitaient la flamme et l’éloignaient souvent de la tête du pompier; mais par momens elle était entièrement environnée de flamme , et le bouclier dont il était armé lui servait à l’éloigner. Le premier pompier qui a fait l’épreuve est resté quatre-vingts secondes dans cette position , la chaleur insupportable qu’il ressentait au front l’a empêché de continuer davantage. Les pulsations étaient, avant l’expérience, de 72 et de iÔ2 après.
Un autre pompier, en répétant l’expérience, a garni son front d’un morceau de carton d’amiante, et a pu rester deux minutes trente-sept secondes exposé à l’action directe de la flamme , qui enveloppa plusieurs fois entièrement sa tête.
Le troisième essai, beaucoup plus important, parce qu’il pouvait donner une idée des conditions à remplir
pour la préservation des pompiers au milieu des flammes, a été accompli de la manière suivante.
On avait disposé dans la cour de la caserne deux haies de menu bois, recouvertes de paille , éloignées de im,5o, longues de iom et hautes de im. Deux ouvertures latérales permettaient aux pompiers de sortir du milieu de la flamme s’ils y étaient obligés, et facilitaient d’ailleurs leur exercice, qui consistait à parcourir la moitié de la longueur de la haie enflammée , à sortir par l’une des ouvertures latérales et à rentrer par l'extrémité opposée , pour recommencer le même exercice de l’autre coté de la haie.
Des quatre pompiers revêtus de l'habillement de tissu métallique dont nous donnerons tout à l’heure la description, deux portaient un vêtement en amiante sur un habillement de drap rendu incombustible par le borax, l’alun ou le phosphate d’ammoniaque, et les deux autres, un double vêtement de drap préparé. Chacun d’eux avait des bottines d’amiante et sous le pied une plaque de carton de cette substance-, enfin l’un d’eux portait sur le dos une hotte recouverte de tissu métallique, et dans laquelle se trouvait un enfant de dix ans, dont la tête était recouverte d’un casque d’amiante.
L enveloppe de tissu métallique est formée d’un casque dont les bords couvrent les épaules, d’une veste ayant seulement la manche gauche , le bras droit devant etre préservé par le bouclier, et d’un pantalon s attachant à la ceinture par des agrafes.
Les pompiers revêtus de ces armures et des habits
( 'là )
dont nous avons parlé peuvent courir assez vile, se pencher, mettre un genou en terre , se relever, etc., sans éprouver de gêne considérable , et par conséquent ils pourraient exécuter au milieu de l'incendie des mouvemens nécessités par les secours qu’ils sont destinés à porter.
Ces pompiers pénétrèrent à la fois dans l’intérieur de la double haie de flammes , et, marchant assez lentement , ils la parcoururent plusieurs fois. Au bout de soixante-deux secondes, l’enfant renfermé dans la hotte jeta des cris qui forcèrent le pompier qui le portait à sortir avec précipitation ; on s’empressa de retirer l’enfant, qui n’avait nullement souffert-, sa peau était fraîche, les pulsations de son pouls, qui étaient de 84 avant l’expérience , étaient seulement de 9.8 après-, il n’y a pas de doute qu'il eût pu rester plus long-temps dans celte enveloppe, sans la frayeur qui l’avait saisi et qui était causée, parce que l’une des bretelles qui soutenaient la hotte ayant un peu glissé sur l’épaule du pompier qui la portait, l’enfant, voyant la flamme au dessous de lui, avait cru y être précipité. Au surplus , quelques minutes après , il était aussi gai qu à son ordinaire et n’éprouvait aucune sensation pénible. Le pompier qui portait l’enfant avait, avant 1 expérience, 95 pulsations et ij6 après.
Les trois autres pompiers restèrent deux minutes vingt-deux secondes dans la flamme et en sortirent , un excepté, sans avoir éprouvé autre chose qu’une vive chaleur 5 les pulsations du pouls étaient, avant, de 88 , 84 et 72 , et , après , de 1 52 , 1 38 et 1 24. L’un
des pompiers avait, à la partie interne de la jambe gauche une brûlure, qui provenait de ce que le tissu métallique s’était plié dans cet endroit et avait touché immédiatement l'habillement dont il était recouvert.
Chez les quatre pompiers, la partie du drap de la manche droite qui n’était protégée de l’atteinte de la flamme que par le bouclier de tissu métallique se trouvait grillée ; l’un d’eux avait la portion du coude de la manche entièrement brûlée.
O11 ne remarqua aucune différence entre l’effet de la flamme sur les pompiers qui avaient seulement un vêtement et un masque de drap rendu incombustible et ceux qui étaient revêtus d’amiante ; il n’en existait non plus aucune entre ceux qui portaient des casques d’amiante et celui qui en avait un en laine tricotée et rendue incombustible ; mais le pompier qui portait un casque de drap rendu incombustible avait beaucoup souffert de la chaleur : ce qui conduit , comme nous le verrons tout à 1 heure , à des conséquences importantes.
Une chose qu’il était facile de prévoir, c’est que les vêtemens doivent être très amples et l’enveloppe de tissu métallique assez large pour qu’elle ne touche pas le corps. La brûlure de l’un des pompiers le prouve suffisamment.
La double haie de flammes donnait lieu à une chaleui violente. La flamme était continuellement activée par de la paille que l’on jetait sur celle qui brûlait. Il se forma bientôt une espèce de voûte de feu dans laquelle les pompiers étaient renfermés; et comme une
partie de la paille répandue par terre donnait une flamme qui enveloppait par momens les jambes des pompiers, on s’est facilement convaincu que , partiellement et d’une manière plus ou moins générale, le corps se trouvait exposé à l’action directe de la flamme.
A plus de 3 mètres de distance du foyer de l’incendie, la chaleur était si insupportable qu’aucun des nombreux assislans ne put y rester : l’un des membres de la Commission et M. le baron dePlazanet, colonel des sapeurs-pompiers, y stationnèrent seuls pendant quelque temps.
La chaleur des enveloppes qui recouvrent les pompiei'S au moment où ils sortent de la flamme est une des choses qui affectent le plus ; et comme il est difficile de les en débarrasser instantanément, il faudrait peutêtre que l’on employât des aspersions d’eau pour les soulager.
Nous avons parlé précédemment de l’emploi des tissus de laine rendus incombustibles par divers sels en remplacement de ceux d’amiante. Ils présenteraient plusieurs avantages. Leur poids serait beaucoup moindre, ils s’échaufferaient moins et seraient d’un prix moins élevé : on pourrait donc les substituer à l’amiante et obtenir ainsi de très bons résultats. D’un autre côté , comme les tissus de laine se décomposent par la chaleur , quoique imprégnés de sels , et que seulement ils ne peuvent point brûler avec flamme, on pourrait peut-être fabriquer aisément des tissus de laine dans lesquels entrerait une portion d’amiante, et qui rempliraient encore mieux les conditions désirées.
( iSi )
En résume , les expériences dont votreComité a été le témoin donnent les plus grandes espérances que le moyen proposé par M. Aldini sera d’une importance majeure pour les cas d’incendie.
M. Aldini n’a pas voulu conserver par un brevet la propriété des procédés qu’il a mis en usage, il y a généreusement renoncé, pour les publier et les faire connaître partout : c’est une considération que l’on doit faire valoir en son honneur. Le prince vice-roi du royaume lombardo- vénitien n’a pas cru pouvoir trop récompenser ce désintéressement par le cadeau d’une riche tabatière 5 une médaille d’or lui a été adressée par le souverain pontife Léon XII 5 des re~ mercîmens unanimes lui ont été faits partout où ses expériences ont été répétées , et récemment à Genève, où elles ont été vues avec le plus grand intérêt. Nous ne pouvons que souhaiter de voir se répandre la belle et importante application qu’il a faite des tissus métalliques à faciliter les secours daus les incendies.
J’ai l’honneur de vous proposer, au nom de votre Comité,
i°. D’adresser des remercîmens à M. Aldini pour son importante communication 5
20. D ordonner l’insertion du présent rapport dans le Bulletin;
3°. De renvoyer ce rapport à votre Commission des médailles.
Adopté en séance, le 5 novembre 182p.
Signé Gaultier jik Ci.audry , rapporteur.
Nota. Une nouvelle expérience, faite le 3 novembre cà la caserne des pompiers, rue Culture-Sainte- Catherine , en présence du corps diplomatique et d’un grand nombre d’académiciens et de savans , a donné des résultats non moins remarquables 5 on a même observé que les pompiers avaient pénétré dans les flammes avec plus d’assurance , et , sans l’avoir mesuré exactement , qu’ils y sont restés plus long-temps.