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poids de cet habillement le rendait d’autant plus incommode, que l’agilité est plus nécessaire dans le travail au milieu du feu. 11 me fut facile d’obvier à cet inconvénient, en substituant aux mailles des anciens les gazes métalliques , dans lesquelles le célèbre Pavy avait observé l’éminente propriété de mettre en sûreté la vie des mineurs, en les préservant de l’explosion du gaz hydrogène carboné : c est ainsi qu un rideau de gaze métallique, interposé entre les spectateurs et la scène, empêche toute communication, avec la salle, d’un incendie qui embraserait les décorations, et que, dans mon Traité sur V éclairage des théâtres par le gaz , j’ai proposé de prévenir l’explosion des gazomètres , en interposant des diaphragmes de gaze métallique dans les principaux tuyaux qui fournissent le gaz. Enlin, à l’aide de ce nouveau moyen , j’ai mis les pompiers en état d’exécuter les opérations les plus dangereuses, et en même temps de la plus grande importance pour le bien de l’humanité. C’est ce que je me propose de prouver par les considérations suivantes.
La flamme, selon les chimistes modernes, est un mélange de lumière et de calorique , dont la propriété d’éclairer dépend de la haute température qui surpasse la chaleur blanche des corps solides. Davy prouve cette propriété au moyen d’un fil de platine qui devient blanc en le maintenant à
la distance de ^ de pouce de la flamme d’une lampe à esprit de vin, avec l’interposition d’un corps opaque. Dobeireiner ne regarde pas cette expérience comme démonstrative, attendu qu on sait que le platine jouit de la propriété de favoriser la combustion. L’expérience démontre, tout au plus, que la température de la flamme s’élève de manière que les corps solides exposés à son action prennent une chaleur d’un blanc incandescent, pourvu que ces corps ne soient pas gazéifiables. La flamme devient plus forte lorsqu’elle est mise en contact avec des substances solides. En conséquence, on voit que la flamme languissante du gaz oxide de carbone, de soufre ou de gaz hydrogène, devient tout à coup brillante, si l’on y plonge de l’oxide de zinc ou de l’amiante.
On peut expliquer par là pourquoi la flamme du soufre plongé dans le gaz oxigène est faible, tandis qu’au contraire la flamme du zinc devient plus vive ; o’est que le soufre est volatil , tandis que l’oxide de zinc est fixe. Par cette même raison, la flamme du gaz hydrogène carboné est brillante quand le gaz est pur, et pale quand il est mélangé avec une certaine quantité d’air, puisqu’il se forme, dans le premier cas, un dépôt de carbone qui brûle au milieu du courant du gaz , ce qui n’a pas lieu dans le second cas.
En faisant usage de gazes métalliques pour em-
pêcher la flamme d’atteindre le corps du pompier, il est essentiel de tenir compte du nombre des ouvertures et de l’épaisseur du fil dont elles sont composées. Une toile formée d’un fil de fer de et de -gz de pouce de diamètre, avec ou 800 ouvertures par pouce carré, ou bien 100 environ pour un centimètre carré, intercepte le passage de la flamme du gaz hydrogène carboné, et empêche la combustion : c’est ce qui arrive dans la lampe de sûreté de Davy.
J’ai fait assez souvent usage d’une gaze métallique de jz de pouce ou de f de millimètre avec 5oo ouvertures environ au pouce carré. J’ai couvert avec cette toile la flamme de l’alcool allumé dans des godets en porcelaine de différentes dimensions, et j’ai observé constamment que non seulement la gaze interceptait la flamme , mais qu elle parvenait à l’éteindre. Ce phénomène avait encore lieu lors même que le réseau métallique ne couvrait pas entièrement la flamme , et qu’il y avait par conséquent une libre communication entre elle et l’air atmosphérique. J’ai répété l’expérience avec le même succès, en me servant, pour la combustion de l’alcool, d’un vase en cuivre de 6 pouces ( 162 millimètres) de diamètre, et de 2 pouces (54 millimètres) de hauteur. Ensuite, en observant l’action delà flamme, j’ai toujours constate qu elle s’éteignait encore, en substituant à la gaze métallique
ordinaire de vieux morceaux de cottes de mailles en fer. (PL 1,7%. 3.)
Ces expériences m’ont conduit à reconnaître que la chaleur de la flamme est affaiblie par l’usage des réseaux métalliques, et que par conséquent on doit espérer des résultats bien satisfaisans des armures de ce genre mises à l’usage des pompiers. J ai obtenu un grand abaissement de température en plaçant la flamme d’une bougie entre les mâchoires • d’un étau, et en les rapprochant graduellement ; la flamme diminuait peu à peu, et Finissait par s’éteindre tout à fait; les mâchoires restaient toujours à quelques millimètres de la flamme. J’ai répété la même expérience avec une lampe sans mèche, perfectionnée par M. l’ingénieur IVLozzoni, de Milan , de manière à pouvoir servir à l’usage des lampes ordinaires. J’ai approché de la flamme de cette lampe (PI. I, fig. \ ) un fil métallique , et sans la toucher, j’ai vu constamment que la flamme s’affaiblissait, et finissait en peu de temps par s’éteindre.
Je fis tisser des pièces de toile d’amiante, de la dimension d’un décimètre carré, dont les trous étaient plus larges que ceux de la gaze métallique ordinaire , et j’ai observé que le coton résistait plus long-temps à l’action de la flamme. Je répétai cette expérience devant la Société de physique de Genève, et, selon l’avis du professeur Rive, ayant
imbibé le colon d alcool, on vit la combustion seulement au dessous du tissu d’amiante, ce qui arrive même en faisant usage de la gaze métallique : on ne peut pas attribuer cet effet à l’interception de l’air. M. le professeur Maurice pense que les expériences faites avec des toiles d’amiante donnent une nouvelle force aux objections que l’on a opposées à l’explication donnée par Davy de l’effet • des tissus métalliques ; suivant cet illustre chimiste, l’absorption rapide du calorique par les fils du réseau de métal abaisserait la température au dessous du degré nécessaire pour entretenir la combustion, et par conséquent la flamme. Il est difficile d’appliquer cette explication au cas dont il s’agit, où un corps éminemment conducteur, tel que le métal, est remplacé par une substance qui ne l’est presque point, l’amiante. Ces expériences m’ont aussi fait connaître que les tissus d’amiante peuvent former, pour les pompiers, des vêtemens moins lourds que ceux que j’avais employés avant que j’eusse observé les bons effets de cette matière.
S’il ne s’agissait que de se munir contre une
forte chaleur , il suffirait de s’envelopper de matières non conductrices du calorique : pour se garantir de l’action de la flamme, il faut une enveloppe incombustible , formée de substances qui ne soient point conductrices ; car il est évident que la flamme est à la fois un agent de combustion et
une source de très haute température. La nature met à notre disposition, pour satisfaire au premier besoin , toutes les matières textiles tirées des animaux et des végétaux, le bois , le charbon, etc. \ mais l’amiante est peut-être la seule substance dont il soit possible de faire , sans préparation , un tissu qui soit propre à résister aux flammes. L’art est venu suppléer à ce dont la nature s’est montrée si avare. Depuis long-temps , on sait rendre incombustibles, ou capables de résister assez long-temps air feu des matières qui brûlent avec une grande facilité , lorsqu’elles n’ont point reçu cette préparation. Grégoire de Tours parle de vases de bois que l’on faisait de son temps , et qui résistaient aux flammes, comme l’auraient fait des vases de fer. Plus anciennement encore , Sylla tenta vainement de mettre le feu à une tour de bois , faisant partie des fortifications d’Archelaïs ; un enduit d’alun suffit pour la préserver. Aulu-Gelle, qui rapporte ce fait, dit qu’il l’a tiré du xix“. livre de Quintus Claudius Quadrigarius. La chimie moderne a beaucoup ajouté à cette partie des arts anciens ; on sait que les tissus plongés dans une dissolution de sulfate d’alumine, et bien pénétrés de ce sel, résistent long-temps aux flammes , et 11e sont plus susceptibles de s’enflammer eux-mêmes. Le carbonate de magnésie, substitué au sulfate d’alumine, produirait aussi le même effet , ainsi que plusieurs
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autres sels : il faut, pour que l’opération réussisse, que les dissolutions soient saturées, les immersions répétées plusieurs fois,- enfin, que les tissus soient intimement pénétrés de la matière qui doit s’opposer à la combustion , et qu’ils en retiennent le plus qu’il est possible.
M. Gay-Lussac a observé les phénomènes singuliers qui se manifestent lorsqu’on expose au feu une toile ainsi préparée par le phosphate ammoniacal. Le sel se fond, l’ammoniaque est volatilisée, et l’acide phosphorique , se vitrifiant, forme autour des fils un vernis qui les préserve de toute combustion ultérieure. La toile rougit, mais en conservant sa forme; elle reste seulement carbonisée.