‹ Art de se preśerver de l'action de la flammeChapitre 5 sur 20 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Nouveau moyen pour mettre les pompiers en état de se préserver de l’action de la flamme.

]Nous allons maintenant examiner jusqu’à quel point le corps humain peut résister aux températures élevées, afin d’avoir une idée plus juste de ce qu il faut ajouter à ses ressources connues, pour le mettie en état de braver meme un incendie. On savait déjà que le corps humain s’habitue à supporter les degrés extrêmes de la température atmosphérique dans les différens pays où il se trouve. A l’aide de ses fourrures , l’habitant des régions polaires s’expose impunément à des froids beaucoup au dessous de la congélation du mercure. Près de lequateur au contraire, la chaleur est excessive , et dans la Sénégambie la température s’élève fréquemment à l’ombre jusqu’à 38 degrés. Dans la vallée profonde et brûlante du Niger , elle va jusqu’à 4o et 45 degrés , quelquefois même à 48 degrés à l’ombre, sans que jamais pendant la nuit elle soit au dessous de 3o degrés. La chaleur est telle pendant 1 été, que l’on ne peut marcher nu-pieds sur le sable sans éprouver les plus vives douleurs.

Les malades enfermés dans des étuves ou dans des bains de vapeur peuvent supporter une chaleur très forte, au lieu que, dans un bain d’eau, ils ne pourraient endurer celle de 34 à 36 degrés. Dans le premier cas, la transpiration se vaporisait à la surface du corps, et refroidissait continuellement la peau ; dans le second , cette cause de refroidissement n’a plus lieu, et le corps se met à l’unisson de la température du liquide dans lequel il est plongé. D’après ces observations et un grand nombre d’autres qui leur sont analogues, on ne doit pas être surpris de voir des hommes passer dans un bain froid, en sortant d’une étuve excessivement chauffée, ou se rouler dans la neige encore pénétrés de la chaleur d’un bain de vapeur ; on ne doit pas non plus s’étonner de voir un homme supporter la chaleur d’un poêle presque rouge , quand on sait que la force vitale s’oppose à ce que la température du corps éprouve une grande élévation , et le maintient à une température peu variable en éliminant par les voies de la transpiration tout excédant du calorique. Ajoutez à cela que les expériences faites en Angleterre par Blagden et Fordice, et en Italie par Moscati démontrent que l’économie animale peut résister aux températures élevées même jusqu’au degré de l’eau bouillante.

Mais aucune de ces températures que le corps humain peut supporter n’est comparable à la cha-

leur des flammes : contre celle-ci, il faut des obstacles interposés entre la flamme et l’homme qui veut en approcher de très près, y pénétrer, s’exposer quelque temps à leur violence. Je crois avoir trouvé cette sorte de. défense , qui servira si utilement le courage des pompiers; je la compose de gaze métallique et de substances non conductrices du calorique. La gaze arrête la flamme, et les matières que j’interpose entre le corps et les mailles du métal servent doublement à préserver l’homme d’une excessive chaleur : premièrement la flamme est d’autant plus éloignée que la couche de ces matières est plus épaisse; et en second lieu, cette couche n’étant point conductrice , le calorique ne la traverse que lentement en petite 'quantité : un temps assez long s’écoule, avant que l’élévation de température devienne trop incommode, et ce temps est mis à profit par les pompiers.

Les gazes métalliques interceptent d’autant mieux tout passage de la flamme, à mesure que les fils sont plus rapprochés et les mailles plus multipliées. Ainsi, les fils de métal doivent être fins, autant que la solidité le permettra; car plus ils seront déliés , plus il sera possible de multiplier les mailles dans le même espace. Quant aux matières non conductrices, il est évident qu’il faut les mettre en état de résistera l’impulsion d’un air extrêmement agité comme l’est, un tourbillon de flammes, et

par conséquent, leur donner une certaine consistance. L’amiante serait préférable, pour cet usage, à toute autre matière , s’il était plus facile de s’en procurer partout, et moins dispendieux de le tisseï .

J’ai imaginé un moyen bien simple de démontrer par l’expérience le principe fondamental de mes procédés. Je prends deux tuyaux de gaze métallique enchâssés l’un dans l’autre , et séparés par une couche d’air de quelques millimètres. Son diamètre su 1 Fit pour y introduire un doigt revêtu d’une maille d’amiante. Avec cet appareil , j’ai exposé le doigt sur différens points à la flamme d’une bougie, en le plongeant dans la flamme, ou le tenant au dessus. Ainsi muni contre l’action immédiate du feu , je puis supporter pendant trois ou quatre minutes la chaleur qui pénètre à travers l’enveloppe de mon doigt, surtout si j’ai soin d’éviter le contact avec la partie inférieure de cette enveloppe. Il faut remarquer que, dans cette expérience, le doigt se trouve soumis à une température bien plus haute que celle que les pompiers ont à supporter le plus souvent dans les incendies; la flamme n’agit sur eux que latéralement par le calorique rayonnant, au lieu que celle de la bougie, qui, par rapport à mon doigt, peut être considérée comme un assez vaste foyer, agit de bas en haut, et suffirait pour porter un Fil de fer au degré d’incandescence. Pour comparer l’un à l’autre ces deux

modes d’action d’une flamme, que l’on mette le doigt à côté de celle de la bougie, au lieu de le tenir au dessus, à la même distance.

Pour mettre plus de précision dans mes recherches, il fallait appliquer la mesure aux résultats. L’appareil que j’ai disposé pour effectuer cette mesure consiste en un plateau circulaire, en bois, qui sert de hase ; deux montans de verre , et à l’un d’eux une échelle métrique, un cercle de bois qui se meut le long des montans, parallèlement à la base , et que l’on fixe à telle hauteur que l’on veut, au moyen de vis ; au centre de la base, on place une lampe dont le combustible peut être de l’huile ou de l’esprit de vin; le cercle mobile est garni d’une ou de plusieurs gazes métalliques. La manière d’opérer avec cet appareil n’a presque pas besoin d’explication : on fixe le cercle de bois à une hauteur déterminée au dessus de la flamme ; on interpose différentes matières non conductrices et l’on y applique la main ; on note le temps qui s’écoule, avant que la chaleur devienne insupportable; on essaie ainsi différentes substances non conductrices, on fait varier la distance à la flamme, et si les séries des résultats que l’on obtient ne révèlent point la loi de propagation de la chaleur, elles suffisent au moins pour diriger les applicacations que l’on peut en faire. Un des élémens qui entrent nécessairement dans ces résultats est le

degré de sensibilité de l’observateur; on ne peut le soumettre au calcul, et par conséquent il convient, dans certains cas, de recourir à un autre procédé, qui soumette à une évaluation numérique toutes les quantités variables comprises dans la question. Ce motif m’a décidé à substituer un thermomètre à la main de l’observateur, en plaçant cet instrument dans les mêmes circonstances, et en l’enveloppant de la même manière avec les mêmes précautions. L’appareil propre aux expériences ainsi modifiées est facile à imaginer ; il a cet avantage que le thermomètre peut être placé dans toutes les positions , soit au dessus de la flamme , soit latéralement , soit dans telle inclinaison que l’on voudra. Les observations faites de celte manière ont encore plus d’analogie avec les diverses situations des pompiers par rapport aux flammes, j en compléterai la série le plus tôt qu’il me sera possible. (PI. 1, IV, V,- VI.)

Le moyen de défense qui met l’homme en état de supporter l’action des flammes pendant un temps donné s’appelle généralement armure : si elle ne couvre qu’une partie du corps, c’est une armure partielle ; mais si elle est destinée à préserver tout le corps, on la nomme armure générale on complète. Ordinairement, les armures sont composées de mailles métalliques et de substances non conductrices du calorique, parmi lesquelles

on a jusqu’ici donné la préférence à l’amiante. Mais de quelques matières qu’on les fasse, et quel que soit le mode de combinaison de ces matières, il faudra toujours se conformer aux règles suivantes, que je regarde comme fondamentales pour donner le plus de sécurité possible aux opérations des pompiers.

i°. Que l’on évite soigneusement le contact dn corps du pompier avec les substances conductrices du calorique;

2°. Que les armures soient confectionnées de manière qu’il y ait le moins d’ouvertures possible;

3 . Que les parties composant l’armure des pompiers soient le moins pesantes que l’on pourra , sans nuire cependant en aucune manière à leur solidité ;

4 ’. Que les articulations soient libres et ne gênent que le moins possible les mouvemens de l’individu revêtu de cette armure ;

5°. Comme d’ordinaire la direction des flammes est de bas en haut, il devient nécessaire que les ouvertures indispensables dans les armures soient pratiquées dans le sens contraire;

6°. Que les pompiers dirigent leurs mouvemens de manière à présenter peu de superficie à l’action directe des flammes.

Page 1