‹ Art de se preśerver de l'action de la flammeChapitre 6 sur 20 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Vu bouclier en toile métallique propre à détourner les Jlammes.

Pour vaincre l’impétuosité des flammes , il faut se servir d’un bouclier dont le tour, de forme elliptique, est en fer de petit échantillon, afin qu’il soit très léger. Le grand axe de l’ellipse est d’un mètre 5o centimètres, et le petit axe de 80 centimètres. Ce châssis soutient un tissu métallique.

Le bouclier est un peu bombé vers son centre et dans sa hauteur , afin de tourner avec plus de facilité les flammes : en effet , en leur opposant cet obstacle, on leur fait prendre différentes directions, et c’est ainsi que le pompier parvient à les traverser sans danger. Au moyen de cette construction , le bouclier ne peut pas s’échauffer trop fort , comme s’il était fait avec une lame métallique, et il se refroidit en peu d’instans. Comme il n’est recouvert que d’un filet en fer, il n’empêche point le pompier de voir les objets vers lesquels il marche, et qu’il rencontre dans son chemin. Enfin , cette armure se laisse manier avec plus de facilité, à cause de sa grande légèreté.

Différentes précautions sont nécessaires pour assurer et faciliter l’emploi du bouclier. Il faut que le grand axe soit plus épais à son milieu, afin de donner plus de solidité au manche qui s’y trouve fixé, et pour rendre aussi plus ferme l’assemblage des deux barres qui forment la carcasse de ce réseau. En appliquant le îéseau métallique sur son cadre, on aura soin de lui laisser un peu de jeu, pour que le métal, en se dilatant lorsqu’il est exposé à l’action du feu, et lorsqu’il éprouve une résistance produite par la tension du lil, ne se torde pas, et que le bouclier ne change pas déformé. Observez encore que ces armures, avec une poignée comme on les fait habituellement, a l’inconvénient d’embarrasser la main, et de lui ôter le moyen de pouvoir faire aucun autre service. Il sera par conséquent utile de placer, à une certaine distance , un anneau de fer revêtu de substances non conductrices du calorique, afin de pouvoir y passer le bras , et de laisser à la main toute liberté d’agir. Dans les incendies ordinaires, on peut se contenter d’un bouclier fait avec un simple filet métallique, en ayant soin de ne pas le présenter perpendiculairement à la flamme, qui, dans ce cas, pourrait facilement passer à travers. On pourra aussi faire ce bouclier en fils de fer parallèles, traversés, à angles droits, par d’autres fils, et assez rapprochés l’un de l’autre pour empêcher le passage de la flamme.

Le bouclier, garni d’un double filet métallique devra être employé dans le cas de grands incendies ; mais quelle que soit la structure de cette piece, le pompier qui en fera usage devra prendre garde de présenter aux flammes toute la surface de son • corps; il se mettra toujours dans une position oblique, et, par ce moyen, le bouclier le préservera beaucoup plus aisément et avec une plus grande efficacité. Outre les boucliers de grande dimension, il en faudra quelques autres plus petits, qui serviront à éloigner les flammes qui s’échappent des fenêtres ou autres ouvertures , et à préserver de toute atteinte les pompiers chargés de diriger le jeu des pompes dans les endroits les plus convenables. J’insiste sur l’emploi le plusx fréquent et le plus étendu de ce moyen de défense, parce que je suis intimement convaincu de son importance dans le plus grand nombre de cas.

Si le bouclier présentait une grande surface , il pourrait, étant appliqué à la porte d’un appartement, empêcher le passage des flammes dans les chambres voisines , et borner ainsi les progrès d’un incendie. Mais ce qui servirait beaucoup mieux dans un cas semblable et pour une opération de ce genre, ce serait un double filet métallique, de forme rectangulaire, ayant, à ses extrémités , deux barres de fer terminées par deux trous, représentés dans la Planche III , fig. 3. Cette espèce de

châssis peut, à l’instant même, moyennant deux clous que l’on passerait dans les trous qui se trouvent a l’extrémité des deux barres , se placera l’ouverture d’une porte ou d’une fenêtre, ou de toute autre ouverture correspondant à une chambre menacée par le feu; ce qui empêcherait la propagation de l’incendie.

Lin bouclier de très grande dimension suffira pour procurer aux pompiers l’accès des escaliers incendiés , et les mettre en état de les franchir. L’expérience en a été faite dans la caserne de Saint- Jérôme, à Milan, comme je le dirai plus loin. Dans ce cas, les pompiers auront la précaution de se munir la bouche d une éponge. Je recommande que les boucliers destinés à cet usage soient très grands, afin que 1 homme qui en est armé soit mieux couvert, qu’il puisse traverser les flammes avec ses habits ordinaires, au moyen de ce seul obstacle, qui rejettera de part et d’autre les torrens enflammés. Aucune autre application de mes boucliers n’est aussi importante que celle-là, ni d’une utilité aussi fréquente, aussi immédiate.

Dans les campagnes , où l’on est dépourvu de secours contre le feu, quoiqu’il y soit encore plus désastreux que dans les villes, il conviendra de se munir d’un ou deux boucliers , tels que ceux dont je parle, et de les tenir dans un dépôt où ils soient toujours sous la main.

Ces instruments coûtent peu, durent indéfiniment, et rendent, au besoin , des services de la plus grande importance. On ne peut regretter les peines que l’on prendra pour en répandre l’usage.

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