CHAPITRE V
De la manière de manier des métaux incandescens , et de passer sur des dalles en fer rougies.
Le pavé d’une chambre, quoique voûtée et soutenue par des arceaux, peut, malgré cela, s’échauffer à un tel point qu’il ne soit plus possible d’y marcher, et de parvenir à l’endroit où il faut opérer contre le feu. Il convient alors de donner aux pompiers les moyens de passer impunément au dessus des endroits incendiés: c’est à quoi je suis parvenu dans les expériences dont je vais rendre compte; elles furent exécutées le 3i mai 1828.
J’avais fait disposer sous un portique deux grilles de fer de la longueur de deux mètres, appuyées sur des supports en pierre arrangés de manière à former quatre foyers, qu’on avait eu soin d’alimenter avec du bois pendant trois heures. On avait aussi disposé, à l’instar de ces grilles, des plaques
île fonte , de deux mètres de longueur , et que l’on avait aussi chauffées pendant trois heures. Les pompiers, à qui j’avais fait prendre leurs vètemens de drap préparés, leurs cothurnes et leur bonnet métallique, se mirent à marcher à pas lents, devant tous les spectateurs, sur la surface que présentaient les barreaux de fer de ces grilles, à travers lesquels s’échappaient d’épaisses colonnes de flammes provenant du bois qui brûlait dessous. Les pompiers parcoururent ensuite tout aussi lentement les dalles en fonte, dont on avait porté la chaleur à un tel degré, que l’une d’entre elles se fendit en plusieurs endroits. Après de tels faits, comment un pompier craindrait - il de traverser non point lentement, mais avec rapidité un pavé brûlant ou à l’état d’incandescence et qui sera dans quelques endroits d’une température moindre , parce qu’il n’est pas à supposer qu’il sera partout d’une chaleur uniforme. 11 peut arriver que, sur un de ces pavés ainsi échauffés, on ait besoin d’exécuter quelque opération qui exige un certain temps , comme, par exemple, de faire une ouverture dans des murs, ou d’établir quelque communication avec les édifices contigus qui ne seraient pas atteints par le feu. Dans ces cas-là, il faudra faire usage d’un tabouret, mauvais conducteur du calorique et haut d’environ un demimètre. Ce tabouret doit consister en une planche
île bois circulaire, ou rectangulaire, garnie de petites traverses destinées à l’empêcher de se déjeter par l’effet d’une forte chaleur; cette planche sera creusée à sa face supérieure de manière à y former un rebord pour contenir une couche de substance non conductrice du calorique, telle que de la cendre; on attachera tout à l’entour un fort tissu métallique, auquel on donnera une hauteur telle qu’elle suffise pour garantir les pieds du pompier monté sur ce tabouret. Des clous enfoncés dans le bois , ou , mieux encore , des vis en fer retiendront ce tissu ; les pieds du tabouret seront en fer; un carton d’amiante sera posé par dessus la cendre , et un autre carton de même matière, retenu par une gaze métallique, sera mis par dessous, afin de garantir la planche de bois. (PL I, fig. 8.)
Souvent enfin , au milieu des décombres en feu , on peut découvrir des objets de prix qu’il faut sauver: c’est pour cela que j’ai pensé qu’il fallait apprendre aux pompiers à manier des pièces de fer et des métaux rougis au feu, en se Couvrant la main d un gant d’amiante recouvert d’un gant de mailles de fer ou simplement d’un second gant d amiante. Avec ces appareils, des pompiers ont pu traverser de vastes appartenons, tenant dans leurs mains deux morceaux de fer qu’il fallait emporter pour les mettre en lieu de sûreté. Cette
facilite avec laquelle ils ont pu manier les métaux leur a aussi permis d’enlever de la braise au milieu du feu le plus ardent, et de tirer d’entre des charbons allumés des pièces de cuivre et d’autres métaux tout aussi incandescens. Pourquoi donc, après des expériences de ce genre, les pompiers ne pourraienti,s Poi,1t, au milieu des débris enflammés, chercher de l’or , des pierreries et d’autres objets de piix, et sauver ainsi des richesses que ces débris pourraient contenir et qui seraient infailliblement devenues la proie des flammes?
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