EMPLOYÉS DANS LA CONSTRUCTION
Nous avons exposé dans le paragraphe précédent les connaissances géométriques les plus nécessaires dans l’art du Maçon; nous allons maintenant soumettre à un rapide examen les matériaux que le maçon met en œuvre ; après quoi nous traiterons des différentes parties du bâtiment » et des principes desquels il ne faut pas s’écarter dans leur construction.
De la Pierre eri général .
La pierre étant au premier rang parmi- les matériaux que le maçon met en œuvre, et en même tems de l’usage le plus répandu, on sentira combien il est important de savoir en apprécier les défauts ou les qualités , et de connaître- la manière de l’employer, et les façons qu’on lui donne.
On divise généralement les pierres en deux classes , celle des pierres dures et celle des pierres tendres : les pierres dures sont celles que l’on ne débite qu’à l’aide de la scie saris dents ; et en faisant usage d’eau et de grès; et les pierres tendres sont celles que l’on peut débiter à sec, et avec la scie à dents.
Pierres dures.:
Les pierres dures , aussi bien que les tendres, sont de diverses qualités, suivant les pays. Les pierres dures les plus connues à Paris sont le liais, dont on connaît plusieurs espèces, que- l’on tire de divers endroits, comme de la plaine des Maisons et de Creteil , et des plaines de Bagneux et d’Arcueil ; La pierre de roche
et de tbanc franc , que Ton tire des fouds dé Bagneux et des lieux environnans ; la pierre que l’on lire à Passy , à Sèvres, à la Chaussée de Bougival,à Vile- Adam, et enfin celle d z Saint-Non, près Saint- Germain, de Saillàncourt entre Triel et Meulan , à dix lieues »
de Paris, et de J^ernon , à vingt lieues.
Toutes ces dernières arrivent à Paris par la Seine , et la livraison s’en fait sur le port du Louvre.
On fait aussi usage depuis quelque tems, à Paris, d’une sorte de marbre, que l’on nUinme pierre dè Chiitèau- Landon. Il est beaucoup plus ditficile à travailler que les autres pierres dures, et il pèse 1 85 ‘ livrés le pied cube environ; *.
La généralité des départemens de la France possède de belles carrières de pierres dures dont les qualités sont particulièrement appréciées par les maçons du pays , et dont il serait hors de notre sujet de parler ici. Les pierres dures ont sur les pierres tendres l’avantage de
E ouvoir ètie employées dans la partie aSse des grandes constructions , où elles doivent supporter, un poids très-considérable, qui -pourrait écraser ou faire-
ÈTUÜE DES MATÉRIAUX.
fend rc les pierres tendres. Elles résistent en outre avec plus d’avantage que ces dernières à l’intempérie des saisons. La pluie en altère moins la surface; l’hu— ■ midité les pénétré moins profondément, et elles ne redoutent que peu ou point les effets de la gelée , pendant que les
E ierres tendres sont presque toutes ge- . ves. • V
Là propriété qu’ont les pierres dures de résister à la gelée, provient sans doute de ce qu’elles ne contiennent presque pas d’humidité à l’intérieur lorsqu’on. les tire de la carrière , pendant que les pierres tendres qui.sont plus poreuses en sont d’ordinaire profondément pénétrées^ Ces parties aqueuses ayant une disposition à occuper un plus
I jrand volume au moment de la eongéation , brisent la pierre dans laquelle elles sont contenues, et en émiettent aussi , pour ainsi dire , toutes les parties. Cet inconvénient se fait surtout ressentir lorsque les pierres tendres sont récemment extraites de la carrière, parce que leurs parties intérieures sont encore abreuvées d’humidité ; mais on le pré-:
vient d’une manière assez elficace lorsque l’on fait ressuyer les pierres pendant
long-tems en plein air avant de les employer, en ayant soin de les abriter contre le froid le premier hiver, si elles-
ont été tirées en automne.
Pierres tendres
Les pierres tendres dont l’usage est le plus général à Paris, sont la Lambourde, le Cônjlans, 1 eJTergelé, et le Saint-Leu.
La Lambourde se tire des carrières de> Saint-Maur.prèsVineennes,.deGentilly,
de Montesson et de Nanterre. La première est la plus estimée de toutes.
Le Conflans se prend à Conilans- Sainte-Honorine , sur les bords de l’Oise..
On en connaît de trois espèces,, dont une offre des parties très-dures*
' Le Yergalé se tireàSaint— Leu. C’est la partie supérieure d’une masse de vingt à trente pieds de hauteur, et qui pressente deux qualités à gros grains ; 1 une très-dure , que l’on* débité a la scie’sans dents , et l’autre plus tendie , que l’on débite à la scie à dents. Le Saint-Leu est la partie inférieure de la même masse.
C’est une pierre tendre , d’un grain doux et fin r et d’un grand usage.
Une carrière de Pile-Adam produit
aussi une espèce de pierre qu’on nomme Parmain , et qui l’emporte sur leSaiut- Leu, par la finesse du grain et l’homogé- . néité de la pâte.
Le poids des pierres tendres en général est de ia 5 à i55 livres le pied cube t tandis que celui des pierres dures est. de i4oà 1 7 oliv. Les pierres tendres ont l’avantage de se tailler plus facilement que les autres , et de se durcir à l’air ; mais leur nature poreuse doit [faire éviter de les employer dans des lieux humides.
Du reste on s’en sert toujours avec avantage dans les étages supérieurs , où des pierres dures chargeraient les constructions d’un poids inutile..
Dans toutes les carrières en général , les pierres qui sont situées à la fleur du sol sont de meilleure qualité et plus propres aux bâtimens que celles du fond,
Î >arce qu’elles ont éprouvé l’action de ’air. , et, qu’elles sont plus dures. etplus capables de résister à la gelée.. C’est uu avantage que les constructeurs ont toujours fort apprécié ; mais à Paris, où toutes les carrières environnantes sont exploitées depuis long-tems, on n’emploie guère que des pierres des couches intérieures .
Pierres Meulières et à Fusil .
Les pierres dures et les pierres ten dres comparables à celles que nous venons de pârlér , ne sont pas les seules que l’on emploie dans les constructions.
Ôfi fait aussi usage quelquefois d’unë sorte de pierre nommée meulière, qui est grise et très - dure , et qui s’unit mieux qu’aucune autre avec le mortier , à cause de la grande quantité de’ trOus dont elle est remplie. La pierre à fusil , dans les endroits où elle sé trouve en masses assez considérables, est également employée ; et en Norman-* dfé j où: On la connaît sous le nôm Àè'Ùîsârd', on en fait un usage trêsfÉéquent dans lés constructions de peu* d’importance. Enfin on emploie aussi , dans beaucoup de localités , différent tés espèces de grès ; mais en particulier de grès tendres. Cette substance qui 1 est fort aride , s’associe beaucoup mieux avec le ciment qu’avec le inôrtier de chaux et de sable. Avec ce ce dernier mortier, ou avec le plâtre, sa.
liaison n’est pas aussi bonne que celle des pierres ordinaires ; mais avec le ci-
ÉTUDE DES MATÉRIAUX. 33k
ment , elle forme des constructions dont toutes les parties sont si adhérentes , qu’elles semblent ne former qu’une seule roche. “
. Le moellon se tire généralement des mêmes carrières où se trouve la pierre de taille; seulement il provientdes bàncs lès moins homogènes. Quelquefois on l’extrait de carrières particulières dont les couches n’ont pas tes qualités nécessaires pour être exploitées dans une autre vue.
Pierre à Pldtre.
Dans quelques cantons on fait usage de pierre à plâtre comme pierre de taille ou moellon ; mais c’est toujours audéfaut de matériaux de meilleure qualité , cette pierre étant fort sujette à s’émietter et se déliter à l’Humidité.
; Emploi et Façon de la Pierre. ' *
L’emploi de la pierre nécessite quelques précautions qu’il est important de ne jamais négliger. Il faut avoir soin d’asseoir la pierre de taille eu lui conservant la même position que dans la?
carrière ; c’est la position où elle oppose
34 ÉTUDB DES MATÉRIAUX.
constamment le plus haut degré de résistance. Quant au moellon , les façon»
qu’on lui donne sont relatives à l’importance des murs. On l’emploie de quatre manières : en moellon plat , alors il est
Î >osé horizontalement sur son lit dan»
es murs de peu d’importanee ; et on n’en sépare que le tendre ou kousin ; en moellon d’appareil ‘ r alors il a son pai ement apparent , il est équarri à vives arêtes en tête , et posé en juste liaison ; en moellon esmillé 9 que l’on équarrit plus grossièrement et que l’on destine à iaire parement dans les lieux de peu d’importance : enfin , en moellon piqué que l’on pique sur son parement avec la pointe du marteau y après L’avoir équarri et ébousiné , et que l’on destine à la construction des voûtes de cave. On l’emploie aussi en moellon bourru , pour le»
fondations et l’intérieur des murs ; et on lui donne ce nom lorsqu’il est mal fait »
et qu’il n’a été nullement travaillé.
Qualités et Emploi de la Brique.
Après la pierre , celui des matériaux qui joue le plus grand rôle par son importance , dans ï’art du Maçon , est la
brique sans contredit. Mais comme toute celle que l’on fait , n’est pas également bonne , nous allons dire un mot des principales qualités qu’elle doit avoir.
La brique, après avoir été formée avec une terre bien pétrie qu’on appelle glaise , doit être cuite à un degré suffisant , pour être insensible aux intempéries des saisons ; et surtout ne pas absorber l’humidité. La meilleure est celle qui a* été formée avec une glaise infusible et à laquelle on a fait subir, dans le four , une très 1
dure , compacte , sonore , résistante , et d’ordinaire d’une légère couleur de jaune rougeâtre. Celle qui n’est pas assez cuite rend un son plus sourd , s’émiette et se rompt aisément , absorbe l’eau et se divise à la longue dans ce liquide. Sa couleur varie , mais elle est généralement plus rouge que l’autre , et on la reconnaît en la touchant, au peu de cohérence que présentent ses particules. On en rencontre beaucoup de cette espèce , parce que les briquetiers , dans la vue de faire une économie de combustible, ne cuisent pas toujours autant qu’il faudrait. Quelquefois aussi la mauvaise qua»*
ture. On la reconnaît
lité des briques provient de l’impureté de l’argile qui a servi à les confectionner, et qui ne pourrait éprouver , sans se fondre , le degié de feu nécessaire pour la cuisson. Dans ce cas , les meilleures briques obtenues de si médians matériaux, sont celles dont la surface approuvé un commencement de fusion durant la cuisson. Elles présentent alors une surface vitreuse qui les protège contre les effets de l’iiumidiré. Les briques qui ont cet aspect , portent, dans différentes provinces, le nom de briques cuites en fer ; mais jamais on ne peut obtenir toute une fou ruée de briques semblables , parce qu’au moment où celles du bas ou du centre ont atteint ce degré de chaleur qu’on ne pourrait dépasser sans les fondre , celles des côtés et du haut n’ont reçu qu’une cuisson ordinaire , et se ressentent toujours, pour leurs qualités, du vice premier des matériaux. Nous renvoyons pour de plus amples détails sur l’appréciation des qualités de la brique , à un petit traité que nous avons publié sur cette fabrication , et qui fait partie de l’Encyclopédie populaire.
Dans les pays où la pierre est rare , la brique est d’un usage presque général
* étude totefc MÀi’iRiAtix. 3>3
pour la construction des maisons , où elle est toujours préférable au bois. Dans les autres , on ne laisse pas que d’en faire usage , et la pierre ne la saurait remplacer dans la construction des cheminées, fours et fourneaux, etc. Dii reste, quel que soit l’usage auquel on l’emploie pour mufs ou pour voûtes ^ sa légèreté la rend toujours prccieuSe , et en outre comme elle est de bonné assise , l’épaisseur des murs qu’elle sert à former peut être singulièrement réduite, sans que leur solidité en soit altérée.
Tuiles el Carreaux .
• La fabrication du carreau et de la tuile requiert une argile plus pure que celle que l’on emploie ordinairement pour la brique. Cette argile doit être en outre plus longuement façonnée et cuite à une température plus élevée. Les Objets qu’elle sert à confectionner sont de bonne qualité, lorsqu’ils ont une légère- couleur d’un rOuge jaunâtre, et cju’ ils sont dènses , très-sonores et trèsrésistans. •
AH du Maçon,
Qualités et Emploi du Plâtre .
Nous avons signalé la pierre à plâtre *> comme employée quelquefois comme moellon, ou pierre de taille , dans les constructions ; mais ses usages , à cet égard , sont peu étendus et toujours dé mauvais effet. La qualité principale de cette pierre est d’acquérir , par une légère calcination, la propriété de faire pâte avec l’eau , et de solidifier en peu d’i nstans une grande quantité de liquide.
IL y a plusieurs qualités de plâtre. Le plus fin , remarquable par sa finesse , son brillant et son onctuosité, est réservé pour les ornemens de sculpture.
Celui qui est moins doux et moins blanc est employé pour les enduits intérieurs, et le plus grossier sert à construire des cloisons et des murs. Les débris que l’on recueille dans les fourneaux, et qui sont mêlés de charbon , sont utilisés dans la construction des murs de clôture. Dans un même fourneau , on peut tirer , en choisissant , différentes qualités de plâtre. Dans tous les cas , on le réduit en poudre avant de l’employer, et cette poudre doit être d’autant plus fine , que
ÉÏUDE DES MATÉRIAUX. 89
les ouvrages auxquels on le destine sont plus délicats.
Pour l’employer on le met dans une auge ayant un poids d’eau égal à peu près, et on le gâche avecla truelle avant dë l’employer. Comme il se solidifie promptement , on n’en gâche jamais beaucoup à la fois. Pour certains ouvrages, tels que les enduits etplafondse, on doit le gâcher plus clair , c’est-à-dire, le plus abreuver que lorsqu’on l’emploie à de gros ouvrages.
Le plâtre doit être abrité avec soin de l’humidité et du contact de l’air, lorsque l’on se propose de le conserver. Autrement il s’éventerait, c’est-à-dire, qu’il absorberait peu à peu la plus grande partie de l’eau qu’il peut absorber , et ne serait plus bon à rien , si on ne le calcinait de nouveau. Cette substance offre d’assez grands inconvéniens lorsqu’on l’emploie à la construction des murs. Il se désagrège assez promptement par l’effet de l’humidité qu’il absorbe ; aussi 11e doit-on jamais en faire usagé dans leslieux humides. En outre, la propriété qu’il a de se renfler pendant qu’il est encore frais , nécessite des précautions dans la conduite du travail. Le meil-
leur pour la construction est celui qui contient un peu de chaux.
Qualités et emploi de la Chaux .
Rien n’est plus important pour les constructeurs que de pouvoir reconnaître les qualités de la cliaux , et de savoir comment ils doivent agir à cet égard dans les divers cas. Les bornes de ce Traité ne nous permettent pas d’entrer sur cette matière dans tous les détails que nous aurions désiré ; mais nous invitons le lecteur à recourir au Traité que nous avons spécialement consacré à la préparation de la chaux et du plâtre, et à la fabrication des briques et des carreaux. Il y trouvera toutes les lumières nécessaires pour se procurer les différentes espèces de chaux dont il peut avoir besoin dans les divers cas, et des détails sur leurs propriétés et sur leur emploi ; nous nous bornerons ici à rappeler quelques points de cette importante matière.
Les chaux qui proviennent de calcaires purs sont appelées grasses , et comme ces calcaires sont ordinairement très-lourds, il s’ensuit que les chaux
grasses contenant beaucoup de matière sous peu de volume, ont la propriété d’absorber beaucoup d’eau lors de l’extinction , et, en d’autres termes , de foisonner beaucoup. Ges chaux incorporées au sable commun forment des mortiers qui se dissolvent dans l’eau , et qui sont impropres aux constructions dans les lieux humides. Si l’on voulait en préparer des mortiers capables de durcir sons Veau, il faudrait remplacer le sable par des argiles, des grès, des ardoises calcinées et pulvérisées, ou par des fragment de tuiles et de poterie, et des cendres de charbon de terre. Ces substances, associées à une certaine quantité de sable commun , forment avec des chaux grasses des cimens de bonne qualité, résistant parfaitement dans les lieux humides et sous l’eau.
On reconnaît que les calcaires sont purs et capables de produire des chaux grasses lorsque , réduits en poudre , ils se dissolvent en entier, ou presqu’en entier dans du vinaigre fort j de l’acide hyclrochlorique , ou esprit de sel , ou dans de l’acide nitrique ou eau forte. Ils sont impurs au contraire , et susceptibles de produire des chaux maigres ou hydrauli-
ques durcissant sous Teau et foisonnant peu, lorsque, traités par l’un ou l’autre de ces acides, ils laissent un résidu considérabie. L’on conçoit que la nature de ce résidu doit varier dans beaucoup de localités ; mais on a observé que quelle que fut sa nature, les calcaires dont il provenait produisaient constamment des chaux hydrauliques, quoique dans des degrés différens. <■
Les chaux de cette espèce n’ont pas.
besoin d’être associées à des matières arides d’une nature particulière pour produire des mortiers hydrauliques, bé— .
tons ou ciinens. IL suffit de les associer au sable coinmun,et l’on en obtient con-.
stammen t de bons effets , alors même que les ouvrages sont exposés à être tan-, tôt so,us l’eau et tantôt à l’air ; ce qui est le point le plus difficile à obtenir lorsqu’on emploie des chaux grasses.
Qualités . et Emploi du Sable -
Lorsque nous parlons du sable com-.
mun , nous entendons des parties siliceuses, en grains plus ou moins gros,, mais totalement purgées d’autres matières terreuses, et pouvant êl<re lavées. à
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grande eau sans troubler sensiblement ce liquide. On rencontre fréquemment du sable de cette espèce, soit dans les rivières, soit dans la terre. O11 le choi sit rude et à grains anguleux, parce qu’il est plus propre à se lier avec la chaux , et on le passe à la claie toutes les fois qu’il contient du gravier de trop gros volume. Lp sable de cette espèce est excellent pour la plupart des constructions. Cependant, lorsque les chaux sont très-grasses, on préfère un sable contenant un peu d’argile.