LA JEANNE D'ARC DE M. BOUTET DE MONVEL
lui-même, il a subi l'étreinte plus forte de son idéal, il s'est échauffé. Et nous vibrons avec lui, sa haute passion nous gagne; il a touché dans nos cœurs de Français la fibre profonde et endolorie. Qu'il soit remercié.
FA.NTIN-LATOUR
Allez entendre du Wagner; puis venez voir au Luxembourg la belle interprétation qu'en peut faire un crayon d'artiste. On parle, en ce moment, de Tristan et Iseult. M. Fantin-Latour a dessiné sur la pierre lithographique la grande scène du deuxième acte. Entre l'épouse du roi Mark et le jeune héros avec qui elle a partagé le philtre d'amour, un signal a été convenu. Tant que brûlera une torche allumée devant la porte de la reine, ce sera l'avertissement d'un danger possible. Que l'ami se tienne donc éloigné. Si le flambeau s'éteint, il peut accourir. Or, des bruits inquiétants arrivent de la forêt voisine ; Brangien, la servante fidèle d'Iseult, l'a suppliée d'attendre. Mais elle, le cœur palpitant, n'a rien voulu écouter; elle a saisi la torche, elle en étouffe la flamme contre terre. C'est cet instant, ce geste, que raconte la belle planche de M. Fantin-Latour, le Signal dans la nuit.
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Vingt autres exposées au Luxembourg sont des illustrations de l'œuvre wagnérienne. Le Vaisseau Fantôme^ le Tannhàuser, Lohengrin, Y Or du Rhin, la Valkyrie. . . l'ont successivement inspiré. Non qu'il ait visé jamais à une traduction littérale du maître; il semble qu'au contraire il s'en soit gardé. De même que Gustave Moreau enfermait dans le contour des mythes classiques ses propres imaginations, il verse sa moderne sensibilité dans le moule des légendes septentrionales dont il eut, à Bayreuth, la révélation. Et c'est un renouveau qu'il leur infuse. M. Léonce Bénédite, dans l'élégante étude qui sert de préface au catalogue, parle de la grâce qui transfigure, par la vertu de cet art si français, les vieilles divinités germaniques, et il rapproche les feuilles du lithographe, libre interprète des Niebelungen, de ces trumaux de ïrianon où se transposent en des pastorales enrubannées les inventions chevaleresques de l'Arioste et du Tasse. M. Fantin-Latour tient, certes, du dix-huitième siècle. Mais une comparaison plus prochaine s'est offerte à nous dans cette salle du Luxembourg qu'il occupe, en hôte temporaire, après Gustave Moreau.
Ce sont des Diaz, oui, des Diaz monochromes,