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PIERRE LOTI

Qui donc annonçait la mise en réforme du Bougainville? Cet été encore, la légendaire corvette a promené les « Bordassiens » (1) sur les côtes de France. Maintenue en activité par un ministre novateur, il y a des chances pour que se prolonge son service. Vieille pourtant, elle a gagné sa retraite, comme le plus chevronné des gabiers. Lente marcheuse, elle le fut toujours, mais jolie, avec une sveltesse distinctive et un déhanchement, une grâce d'oscillation.

Tous les ans, pour leur « acclimatation physique au métier de la mer » , elle emporte à son bord les élèves, un mois durant. Tous les ans

(1) Élèves de l'École navale embarqués sur le Borda, vaisseau-école, en rade de Brest.

aussi, dès que le moment approche de recevoir ces jeunes gens, comme une personne d'âge se reprenant de coquetterie, elle « se repeint, se nettoie, se remplume » . C'est dans le «journal » de l'un d'eux que nous lisons la malicieuse formule de ce ragaillardissement sénile. Car, en même temps que les facultés purement professionnelles de nos futurs officiers, cette expédition éprouve leurs aptitudes à rédiger un rapport, et ils tiennent par ordre un journal de route.

Comment m'est-il échu, ce petit cahier? Si régulier que soit mon titre, je veux m'en taire. Que Pierre Loti désavoue Tœuvre de Julien Viaud, je n'en ai crainte. La prose du romancier se reconnaît en ces pages adolescentes, toutenve loppée et contrainte soit-elle, comme les feuilles et la fleur dans une gaine de bourgeon. Il n'est que de savoir la dépouiller. Encore la peine nous en sera-t-elle épargnée quelquefois. En telles de ces notes, nous trouverons plus qu'à demi dégagée, à peu près nette de contour et animée de teintes vives, la phrase du descriptif. Descriptif, en effet, il se montre déjà — et surtout — dans ce devoir de vacances. On peut presque nommer ainsi cette relation commandée, le voyage du vieux bateau précédant tout juste

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le congé annuel. Il y paraîtra, d'ailleurs, au ton de ce récit, impressions d'amateur, sans rien de technique, ou presque rien, où ne manquent ni la vision pittoresque, ni le dessin exact, ni la couleur, et où, par endroits, les reliefs d'un caractère s'accusent en saillie d'indépendance, la discipline sauve, bien entendu. Et peut-être sera-t-on peu renseigné sur 1' « acclimatation » de l'élève Viaud en août 1866. Mais on trouve là, nous le répétons, de quoi pressentir l'écrivain que sera Loti et, a quelques égards, l'homme qui mûrira en lui avec l'artiste.

C'est dans une humoristique « préface » que « l'auteur » badine sur la toilette annuelle de la corvette. Il raille, vingt lignes plus loin, la médiocre cuisine qu'elle offre à ses hôtes. Laissons, pour l'instant, ces plaisanteries. Avant d'apprécier la jovialité plus ou moins superficielle du Bordassien et de conjecturer son moral, prenons sur le fait son observation de peintre.

La mer, comment la voit-il? Au sortir du goulet de Brest, elle lui apparaît sous un "brouillard d'abord léger » , qui « se condense peu à

peu, devient compact » , ne laissant apercevoir tout proche « que les lames d'une houle longue et énorme, qui se succèdent avec lenteur et nous bercent, écrit-il, désagréablement » . A une quinzaine de là, toujours dans les eaux bretonnes, il peint de nouveau une mer « grosse et sombre » , sous un « ciel rouge, chargé de nuages obscurs» , que finit de traverser « un large disque terne et rougeâtre » .

Gela lui semble d'une « effrayante beauté » . Peu après, à la hauteur des côtes vendéennes, pendant ses heures de quart, un soir que « le ciel est pur, les étoiles brillantes et l'air tiède » , il navigue pour la première fois sur des eaux phosphorescentes. « C'est là, dit-il, un bien curieux spectacle. La crête de chaque lame, l'écume que nous faisons bouillonner en marchant, répandent une lumière semblable à celle de la lune, quoique plus douce encore; notre sillage s'étend derrière nous comme un long ruban lumineux, et des marsouins, qui viennent gambader autour de la corvette, laissent après eux des traînées qui se croisent et s'entortillent comme des serpents de feu. »

De ces lignes, il serait, sans doute, imprudent de rapprocher telle page de Mon frère Yves, tel

tableau d'une mer équatoriale qui «couvait de la lumière » . Mais les impressions comme celles que nous venons de transcrire abondent-elles chez des écrivains de seize ans? Ce qui nous frappe dans ces esquisses, c'est le non imité, le non appris. Entendez, outre la sincérité première du sentiment, sa non-réfraction à travers une couche de rhétorique. Traduction nette d'une vision personnelle, nulle réminiscence livresque ne s'interposant, voilà ce que nous eussions crayonné en marge si nous avions corrigé ce « devoir » . Et c'eût été un éloge, s'il est vrai que, d'ordinaire, les tout jeunes gens se laissent embarrasser de leur lecture, si courte soit-elle, et en dégagent rarement ce qui sera leur dire propre.

Nos remarques ne se fussent pas bornées là. En cette droite expression d'une émotion pittoresque vraie, s'annonce le sûr instinct de l'écrivain qui excellera au choix du trait significatif . D'autres fragments le montreront mieux que ces « marines » . VTues de contrées, replis de rivières, levées de côtes, on reconnaîtra, dans les brefs morceaux que nous allons découper, les essais d'un artiste en puissance.

A peine le jeune Rochefortais accorde-t-il un

coup d'œil — sans doute parce qu'il le connaît trop — au fleuve de Saintonge, dans les eaux duquel s'amarre, un matin, le Bougainville. Il indique cependant « les sinuosités de la vaseuse Charente » , et, je ne sais pourquoi, ce croquis en trois mots me remet en mémoire tel dessin rapide d'An pays du Rhin, cette échappée sur le paysage de Kehl : «la rive plane et morne des deux côtés... » Le peintre Loti se devine plutôt à ce regard jeté sur les entours du Mont-Saint- Michel : «Ces sables humides reflètent les nuages comme un miroir; ils sont moirés d'ondulations douces comme celles de l'eau et traversés par une rivière lente, tortueuse et divisée en une infinité de bras. C'est le Coûesnon qui se traîne péniblement vers la mer. »

Ailleurs, c'est un aspect lointain de sa terre natale qu'il esquisse avec légèreté : un profil de « côtes basses et sablonneuses n'apparaissant à l'horizon que comme des lignes bleuâtres inondées de lumière. Pays bien différent de la Bretagne, où on ne voit que pics de granit, que ^rochers sombres et fantastiques surgissant au milieu des brumes » .

Il donne de la Bretagne mieux qu'un aperçu

k distance. Négligeons son escale à Saint-Malo et Dinard, où il remarqua surtout des Anglais et des Anglaises en villégiature. L'Armorique « sauvage » , la vraie, imprima dans son souvenir une trace moins banale, et Ton peut s'intéresser à ce premier contact du futur poète de Pêcheur d'Islande avec le pays d'Yann et de Sylvestre.

Il y fait une allusion brève dans l'autobiographie qu'il a intitulée le Roman d'un enfant : « La Bretagne, que beaucoup de gens me donnent pour patrie, je ne l'ai vue que bien plus tard, à dix-sept ans, et j'ai été très long à l'aimer, — ce qui fait sans doute que je l'ai aimée davantage. Elle m'avait causé d'abord une oppression et une tristesse extrêmes. » Sol et habitants, il paraît, il est vrai, en avoir avant tout senti la rudesse. Longtemps après seulement, il devait, comme Michelet,se laisser séduire à la « noblesse de la race », à sa « finesse de caillou » . Mais de cette âpreté même le premier choc lui fut vite amorti, et peut-être faut-il en rabattre un peu de l'honneur qu'il veut faire à son « frère Yves » de son initiation au charme mélancolique de la terre bretonne. Du moins en avait-il soupçonné et même formulé quelque chose,

et, si Kermadec V « a fait pénétrer dans l'intimité des chaumières et des chapelles des bois » , ses juvéniles ébauches témoignent d'une âme toute prête à en comprendre mieux que le dehors.

Donc, le 15 août, la corvette en grand pavois étant mouillée dans la baie « très sauvage » de Laguiri, de frustes visiteurs l'envahissent, «Bretons et Bretonnes de tous les âges, » « qui piétinent, sabotent, jargonnent, veulent tout voir et mettent les timoniers sur les dents. » Le lendemain, congé, excursion de Laguiri à Paimpol; expédition pédestre, et « par le chemin le plus long» , au retour du moins. Aussi la campagne a-t-elle été bien vue, son caractère exactement saisi, celui même qu'on remarque dans la plus grande partie de la Bretagne, et « empreint ici au plus haut degré : les bois n'y sont pas touffus, les chênes y sont tordus et rabougris, mais tout cela est frais, vert et rongé par la mousse. Il y a des petites chapelles grises enfouies au fond des bois, des crucifix dans tous les carrefours, des maisons antiques dans les arbres et de bonnes vieilles en coiffe assises à leur porte. Toutes ces bonnes vieilles sourient en regardant les Bordassiens qui passent en chan-

tant et les matelots un peu gris qui font des extravagances en chemin » .

La semaine suivante, à Port-Louis, a ville tout entière désolée, envahie par les herbes et le lierre,, » d'autres « vieilles » sont au jeune voyageur une vision plus morose, — « la tête baissée, » le « corsage garni de médailles et coiffées du voile noir traditionnel que porte Anne de Bretagne dans tous ses portraits » . Aux environs, il « constate » , chez les naturels du pays, une « sauvagerie » dont il rapporte ce trait : « Les petits enfants qui gardaient les vaches sur les routes se sauvaient à notre approche, en poussant des cris affreux... Une troupe de petites filles, en nous voyant, ont fait le signe de la croix et poussé des cris incohérents, parmi lesquels nous avons cru distinguer plusieurs fois le mot de Korrigans, Korrigans.., Or Korrigans est le nom de ces petits démons légendaires qui hantent les champs druidiques de la Bretagne. »

Malgré tout, on Ta vu, la sensation de dureté et de sauvagerie s'atténue. Fraîcheur et verdure corrigent Tâpreté du paysage. Leur vêtement de mousse amollit la raide torsion des arbres. Estce donc, au surplus, une apparition farouche

que ces aïeules, sur le pas des portes, souriant à la gaieté un peu avinée des matelots et à leurs gamineries d'enfants? Vision initiatrice, quoi qu'en dise le Roman d'un enfant. L'officierécrivain qui, des années après, viendra si souvent enToulven, comme dans une « patrie adoptée» , peindra avec plus d'art, non avec plus de sympathie, ces bonnes femmes au corsage chamarré de broderies. Des images de douceur entrevues par le permissionnaire du Bougainville, qui sait si quelque chose ne revit pas dans la Marianne de Plouherzel, la «jolie vieille à peindre » , endormant petit Pierre au refrain de la berceuse antique :

Boudoul cjalaïchen! boudoul galaïchdu !

Et tel tableau du maître ne semble-t-il pas l'achèvement des tracés sommaires jetés par l'impressionniste adolescent? Chaumières basses aux murs de granit, « où poussent les pariétaires et les mousses ; » calvaires aux sculptures naïves, « retouchées bizarrement par les siècles ; » petites chapelles « barbues de lichens » , « fermées et mystérieuses » , qui se cachent dans des bouquets de chênes à la membrure nouée, — revoyez ces vignettes dont le lieutenant de vais-

seau illustre ses voyages au hameau du quartiermaître, son ami, et dites si les notations d'il y a trente ans ne sont pas des premiers crayons, repris et poussés?

Nous n'en avons pas encore fini avec la Bretagne. Son vieux sol intéresse les curieux de géologie, et quelques-uns de ses aspects offrent au regard des poètes mi-savants des apparences de monde originel. Or le goût du préadamisme s'éveillait en Julien Viaud. Ce lui fut donc une joie de trouver entre Port-Louis et Hennebon un semblant de marais liassique, et c'est sur mi ton de lyrisme qu'il raconte sa découverte. Mouillé jusqu'aux genoux, il détaille les vagues similitudes de ce lieu à hautes herbes — hélas! inscrit au cadastre « sous quelque nom baroque ou commun » — avec les « fouillis marécageux de la période du lias » : la vue est « bornée de tous côtés par des chênes ou des châtaigniers énormes, et des pins maritimes imitent assez bien les gigantesques calamités des forêts primitives. La température est lourde , le ciel brumeux et plombé rappelle l'épaisse atmosphère de l'ancien monde... enfin un calme, un silence profond, quelque chose d'indéfinissable complète l'illu-

sion. Nous restons longtemps en extase devant ce pays étrange (1) » .

Nous accusera-t-on de forcer l'analogie si, de ce tableau où l'imagination s'enrichit des toutes récentes acquisitions d'un jeune savoir, nous rapprochons telles pages de l'écrivain mûr, épris toujours d' « antiquité imprécise et obscure »? Les songeries sur 1' « incalculé » du passé lui sont si habituelles qu'il lui arrive d'en prêter de pareilles à ses incultes héros. C'est ainsi que Ramuntcho sent la poésie de ce recul indéfini dans le temps. Un soir de Pâques, au murmure de la mer de Biscaye, 1' « Esprit des vieux âges » , planant sur l'estuaire enténébré de la Bidassoa, pénètre et inquiète le jeune Basque. Sur la côte d'Islande, un paysage, où ne se voit «rien que l'éternité des choses qui sont et qui ne peuvent se dispenser à' être » , éveille aussi au cœur de Yann Gaos des « pensées indicibles » . Bien loin des brumes du Nord, sous l'équateur, par dés nuits « pâmées de chaleur pleine de phosphore» , c'est, cette fois, l'auteur de Mon Frère Yves qui médite sur un océan « plein de vie latente à

(1) Notons que, par ses traits caractéristiques, cette description se rapporte plutôt à l'époque houillère qu'à celle dit lias. Mais une querelle géologique serait ici hors de propos.

l'état rudimentaire » , figurant à ses yeux « les eaux mornes du monde primitif » . Or, ici comme là, sur la mer équatoriale comme devant la silhouette abrupte des Pyrénées, comme en face de l'horizon cerné par le brouillard islandais, cette inclination à une rêverie colorant son objet d'un reflet de préhistoire, n'est-ce pas le penchant même qui s'annonçait chez le contemplateur émerveillé du marais breton?

De sa complexion morale, comme de ses tendances intellectuelles, le Bordassien a laissé trace sur son papier écolier. Nous ne croyons faire à Loti nul déplaisir en le qualifiant d'individualiste, même d'individualiste violent. Plus d'une fois, il avoue, au cours de ses récits, un amour de l'indépendance capable de s'exalter. Il doit comprimer en lui un nomade toujours prêt à s'insurger contre la discipline de notre vie moderne. Ne cherche-t-il pas dans un « atavisme lointain » ou une « préexistence » le pourquoi mystérieux de l'émotion dont il vibre au son grêle des flûtes d'Afrique (1). « A moitié Arabe, » ce lui est un malaise, au retour de ses

(1) Au Maroc.

chevauchées marocaines, de se voir, à Tanger, ressaisi déjà par l'Europe, c'est-à-dire par la loi d'une existence « misérable » et « faussée » . C'est au désert qu'il se sent « pleinement vivre» . Qu'on lui rende « le cheval brun, large de poitrine, ébouriffé à tous crins » , qui l'emporta vers Fez. Galoper dans les espaces où ne se rencontrent « ni un village, ni une maison, ni une culture » , pour s'endormir le soir sur une couche de fleurs sauvages, voilà le rêve de ce Bédouin égaré dans notre monde policé. C'est pourquoi la note plaintive des musettes bédouines va toucher dans son âme une fibre profonde.

Or, cette impatience du joug social ne se laissait-elle pas pressentir chez l'élève en qui l'instinct personnel se cabrait au seul effleurement du lien lâche d'une association volontaire? « La liberté individuelle — écrivait-il sur ce cahier, pourtant rempli par ordre — est une des conditions indispensables de la vie. » Donc, se préserver autant que possible de toute sujétion, même consentie, voilà le principe. Quoi de moins despotique que la discipline de ces « groupes » qui, chaque année, dans les promotions de nos écoles, se forment selon les sympathies, les opinions,

les origines? Au Borda, cependant, pour sauver plus sûrement la franchise de son moi, Julien Viaud a cru devoir choisir « le moins tranché » , disons le moins organisé. Ce n'est pas, en effet, un groupe constitué, mais bien plutôt une fortuite rencontre « de gens qui tiennent à leur liberté, qui veulent être seuls, quand bon leur semble, et ne pas nouer des liens qui les gêneraient et établiraient un certain contrôle de leurs actions » .

Quel camarade faisait cet autonomiste farouche? Le plus gai des compagnons, si I on en juge au ton de sa jeune prose. Car la bonne humeur règne à peu près d'un bout à l'autre de ce journal. Témoin la satire des fristics (cuisiniers) du Bougainville, comparés aux cancrelas, ou encore l'aventure dans une pâtisserie, — accident de chaises qui s'effondrent, — narrée, du reste, avec plus d'entrain que d'originalité.

Voilà-t-il contredit ce Roman d'un enfant si pénétré de mélancolie, et dont le héros, à l'âge où l'on joue aux billes, connut 1' « effroi de la vie » ?. . . Tant il est vrai que, même avec un peu plus de quatre lignes d'un homme, on peut hésiter sur son caractère. Reconnaissons que son œuvre vérifie le portrait de Loti par lui-même.

Ce n'est pas assez dire qu'elle est mélancolique. Il a mis quelques-uns de ses récits sous le vocable de la mort (1). La mort plane sur combien d'autres : Aziyadé, Fantôme d'Orient, le Mariage de Loti, Propos d'exil. . . Qu'on la voit venir de loin dans Matelot! Le Roman d'un spahi s'achève sur un hymne macabre. Pêcheur d'Islande porte un crêpe. Avant même qu'une balle ait abattu Sylvestre dans la rizière tonkinoise, un pressentiment sinistre pèse sur cette histoire. Un mot, de temps à autre, sonne comme la note isolée d'un glas lointain qui se rapproche. Jusqu'aux fêtes de matelots qui sont en deuil : « Et, près d'eux, la mer, leur tombeau de demain, chantait aussi. » — Imposant témoignage que celui de ces livres dont plusieurs sont des fragments de mémoires personnels. Reste malgré tout à notre cahier sa valeur documentaire.

Littérairement, il a, ce nous semble, plus de prix encore. A travers des rudiments de perceptions, auxquels souvent l'expression manque, — et çà et là se rencontre mieux que des rudiments,

(1) Le Livre de ta Pitié et de la Mort.

— une âme d'artiste se devine, d'un artiste qui sera servi par un écrivain. Et cet écrivain s'annonce un descriptif, naïf interprète des spectacles ou, plus exactement, des modifications de sa sensibilité par ces « figures et choses qui passent » ; un impressionniste qui se livrera en une « écriture » innocente d'artifice. Insistons sur ce point : l'absence, chez Loti, de « littérature » apprise. Entre la nature et nous, il ne tend nulle gaze de rhétorique. Ce sont « choses vues » qu'il nous offre; vues, c'est-à-dire, sans doute, plus ou moins déformées par ce milieu réfringent qu'est tout cerveau humain, mais exemptes de ces altérations qui sont les méfaits du « style » .

Lorsque, dans son discours de réception à l'Académie française, il disait : « Je ne lis jamais, » Loti aurait pu invoquer pour preuve cette « copie » d'adolescent. Telles s'y traduisaient les réactions provoquées en lui par les phénomènes extérieurs, telles elles ont continué à se traduire, sans doute plus achevées dans leur formule^ parce que plus achevées dans sa conscience, mais aussi naïves de « rendu » . Car c'est bien l'ingénuité qui est la caractéristique de Loti. Il n'a pas lu, ou, s'il a lu, il ne doit rien à

ses lectures. Écrivant de génie, il n'a pas de « métier » . Par où il lui arrive de déconcerter les critiques, qui se prennent à ses livres pour voir « comment c'est fait » .

Une seule page de ces Juvemlia porte la marque d'une influence étrangère. Au Mont- Saint-Michel, parmi quelques déclamations enfantines sur les « hideux mystères » du moyen âge, le collégien frais émoulu laisse apercevoir un brin de romantisme. Mais on sait de reste qu'il n'en garda rien.

J'aurais fini, si un scrupule ne me prenait. Mes citations sont textuelles, — orthographe à part. A l'école, Julien Viaud écrit « platteforme, timonnier, scillage » ; il écrit « la pluie ne cesse guerre » ; il écrit aussi « réflection, acceuil » ; il écrit même « baroc » et « fournaux » . Il est distrait, apparemment, et peut-être phonétiste. L'académicien rougira-t-il du Bordassien? Non : démodée aujourd'hui est la traditionnelle orthographe. Plus d'un parmi ses mainteneurs officiels pactise avec les réformistes. Et ceux-ci ne comprennent-ils pas dans leurs rangs de notables universitaires, dont, si je ne me trompe, le professeur Bergeret?

15 janvier 1899.

Ces temps-ci, obligé, par profession, de lire les journaux, je me suis senti jaloux de ceux qui ne lisent que des livres ; j'entends de vieux livres, où ne se répercute nul écho de nos querelles. Heureux les travailleurs tranquilles, reviseurs sans passion des jugements de l'histoire ; critiques, philologues, courbés sur des bouquins vénérables; paléographes déchiffrant des manuscrits qui ne sont pas l'œuvre du commandant Esterhazy (2) !

De ces savants paisibles , j'en sais un que j'enviais particulièrement, ces jours derniers. Je le voyais devant sa table chargée de volumes, au fond de son cabinet orné de souvenirs d'Italie,

(1) Marie- Antoinette dauphine. Paris, Galmann Lévy. — La Reine Marie-Antoinette. Lemerre. — Pétrarque et l'humanisme. Bouillon. — Erasme en Italie. Kiincksieck. — Le Virgile du Vatican. Ibid. — Hélène de Surgères. Gharavay. — Paysages de France et d'Italie. Lemerre.

(2) Cet article a paru lors du procès Esterhazy.

dans ce château de Versailles protégé contre les bruits du dehors par cette grande cour et ce parc immense que n'encombre plus guère la foule, — à moins qu'il n'y vienne un tsar.

M. de Nolhac sait-il qu'il y a une affaire Dreyfus ? Ce papier sur lequel il est penché, c'est une lettre dont les feuilles publiques d'hier n'ont pas donné le fac-similé, dont celles de demain ne s'occuperont pas davantage. Il réunit la correspondance grecque et latine de Guillaume Budé. S'il se distrait de cette besogne, c'est pour vérifier une attribution de tableau, pour identifier un des portraits qui peuplent le musée dont il est conservateur. Ou bien, compulsant les comptes des bâtiments du Roi, il prépare cette histoire dont les travaux d'approche et des fragments achevés ont déjà paru dans la Gazette des Beaux-Arts , Y Histoire du palais de Versailles, après celle de la plus gracieuse et de la plus malheureuse de ses royales habitantes. Ou encore le jeune professeur des Hautes-Études assemble pour des élèves dont il est à peine l'aîné les notes d'un cours qui est une admirable initiation à l'humanisme. Et en même temps qu'il enseigne l'humanisme, il le chante, comme il chante l'Auvergne, sa terre natale, et

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l'Italie, qui lui « révéla la beauté » . Car il est poète, un poète à l'inspiration nourrie de science, de même que ce Giosué Garducci dont il a expliqué au public français les tentatives métriques et les raffinements érudits.

Travaux divers, assurément, et l'on comprend que M. de Nolhac en regrette parfois la multiplicité comme une dispersion de sa pensée. Pourtant^ l'unité harmonique n'y manque pas. Lisez, pour en juger, le gros volume qu'y consacrait, l'an passé, un distingué et fervent disciple (1). Car l'œuvre du jeune professeur a pu déjà fournir matière à un in-octavo . Et quel accent s'y soutient d'un bout à l'autre ! il faudrait, je crois, remonter au beau temps de la Renaissance pour trouver un élève célébrant son maître sur pareil ton.

Vouléz-vous que nous en parlions, nous aussi i de cette œuvre, non, certes, savamment, comme

(1) M. Pierre de Bouchaud, Pierre de Nolhac et ses œuvres, Paris, Bouillon,

Poète, comme celui qu'il appelle son maître, M. de Bouchaud nous a donné, l'an dernier, des Mirages, distingué recueil, où l'inspiration savante n'est point exclusive d'un sentiment toute moderne.

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Ta fait M. de Bouchaud, ni même avec méthode, mais au hasard de nos souvenirs de lecture et au fil d'une causerie? Commençons par la dernière publication de M. de Nolhac, Marie- Antoinette dauphine, dont notre mémoire garde tout vif le charme.

Croyez-vous qu'à la confection d'un tel ouvrage les habitudes d'esprit des Hautes-Études, la scrupuleuse curiosité des sources, la perspicacité exercée du fouilleur d'archives, n'aient été de nul emploi? Que certaines qualités du livre ne nous trompent pas. L'auteur n'a rien sacrifié de la sûreté de sa documentation au souci esthétique. Si peu apparente soit-elle, dans un récit qu'il évite de charger de références et de notes marginales, rejetant en appendice l'indication des textes, la critique y est partout; elle en soutient chaque page.

Mais il est bien vrai, et ce n'est pas pour déplaire à M. de Nolhac, que ce livre apparaît dès l'abord comme un livre d'artiste.

C'est le premier éloge que l'on en fait, pris à l'élégance fine de tels portraits qui se détachent en relief délicat sur le tissu d'une narration sobre, claire, émue par endroits, avec une discrétion exquise.

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Indiquons, entre plusieurs, celui de Choiseul. De la Dauphine elle-même, M. de Nolhac a fait mieux que de dessiner un portrait ; c'est une série, une galerie qu'il a peinte. Sans monotonie, avec un charme toujours neuf, de page en page, il nous remet sous les yeux la rayonnante figure. La voici petite fille, confondue encore dans « la jolie troupe blonde des archiduchesses » . Déjà pourtant elle est promise au futur roi de France. Choiseul lui a envoyé un coiffeur ; Loménie de Brienne, un précepteur. Larseneur l'embellit de frisures ; l'abbé de Vermond lui enseigne les belles-lettres. Bientôt Noverre la dressera à l'élégance des manières, la dépouillera des dernières gaucheries de l'enfance. Ce qui vaut mieux que les leçons de danse et de maintien, c'est le don de nature dont elle est parée, le charme singulier qui séduit tous ceux qui l'approchent, en dépit de ce front trop haut et trop bombé où Larseneur s'évertue vainement à arranger des cheveux médiocrement plantés.

La voici à son départ pour la France, « légère et ardente » devant la vie qui s'ouvre. La voici à Compiègne, où, en grande pompe, la cour est venue l'attendre; la voici allègre et souple, portant haut la tête, le teint frais, ce teint que « le

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sang d'Autriche avivait » par sa vigoureuse pureté. On admire l'éclat de son regard et le blond cendré de ses cheveux. La voici à Versailles, le jour de son mariage, fine dans ses grands paniers de brocart blanc, ce le visage à peine fardé, rose de jeunesse, souriante à tous, les yeux pleins d'un naïf triomphe... » La voici enfin sortie de l'adolescence, sa beauté plus faite commençant à s'éployer dans cet habit de cheval qui lui sied si bien.

Ainsi, d'année en année, avec une amoureuse délicatesse, l'artiste a suivi en leur progrès d'éclosion printanière les charmes de la toute jeune épousée. Plus tard, il peindra le plein épanouissement de la femme. Je me trompe. La Reine Marie-Antoinette a précédé Marie-Antoinette dauphine. Peu importe, d'ailleurs, cette chronologie. Les deux livres sont de même solidité de documentation et de même marque d'écrivain.

Et pour celui-ci comme pour celui-là, le poète a collaboré avec l'archiviste et l'artiste. Car autre chose s'y remarque que la conscience critique, l'adresse à filer un récit et la touche du portraitiste. Un sentiment, nous dirions volontiers un souffle, les anime tous deux d'une vie dont

vivent seulement les créations des poètes. Surtout une grâce pare l'héroïne et un rayonnement l'enveloppe qui, sans la faire sortir de l'histoire vraie, l'intronise dans le rêve. Celui qui a dessiné cette figure, c'est le même qui, pour ses débuts d'archiviste, s'essayait en prose, mais dans une prose tout près de se rythmer en vers, à ressusciter, robe bouffante aux épaules, fraise godronnée au cou, la dernière amie de Ronsard. Plus tard, son inspiration plus savante, mais non refroidie, devait offrir en hommage à Hélène de Surgères des strophes d'une fine sensibilité, faites pour fixer dans la mémoire ce nom sonore, ignoré des dictionnaires biographiques.

C'est dans les Paysages de France et a" Italie que se trouve le Sonnet pour Hélène, à la fin de ce bref et exquis recueil de Renaissance qui fait comme le dernier chapitre du livre . Au milieu du volume, sous le titre à' Auvergne, se déroule une série de petits poèmes que je veux signaler parce qu'une note de sentiment y chante qui ne retentit, je crois, nulle part ailleurs dans l'œuvre

de M. de Nolhac. Dirai-je aussi que je me plais à en parler, de ce Vieux Cratère, de cette Marche de nuit, de cette Impression de montagne.. . parce que cette terre natale que célèbre le poète, cette Auvergne, cette Limagne est la mienne comme la sienne et que de ces vers où s'évoque si bien ce sol, dont « chaque pli cache une cicatrice » , plusieurs sont éclos là-bas, sous mes yeux.

Je songe aux « tièdes saulées » des bords de l'Allier, où, tandis que le martin-pêcheur sifflait dans les joncs, paresseusement couchés, nous faisions la lecture. Devant nous, se dessinaient les montagnes, dômes et cônes, tronçons, gorges, crevasses superbes, grandes coupes des volcans éteints. Je cherche dans ma mémoire les lignes lointaines de cet horizon. Et voici que des mots tout trempés de cette haleine de l'âme dont Joubert veut voir perler l'humidité chaude sur les phrases de poète me retracent cette chaîne des Puys,

Décor effacé de mes jours joyeux.

Je peux chanter avec M. de Nolhac. Enfant, j'ai foulé la cendre brune, les scories calcinées qui craquent sous la semelle; j'ai vu, aux échancrures des cratères, les bavures monstrueuses;

j'ai parcouru le sol rugueux des cheires; mon pied a heurté dans l'herbe les coulées de lave qui affleurent.

Mais, si vif que soit dans le cœur de M. de Nolhac l'amour de sa Limagne, si beaux que lui paraissent

Les plis harmonieux du vieux sol auvergnat,

il est un pays qu'il chérit plus encore peut-être. L'Italie est pour lui une autre patrie. Venu sur cette

Terre de grâce et de clarté

pour y chercher la science, en même temps qu'il y entendit, parmi les ruines, les grands échos de l'histoire, il s'y ouvrit aux leçons de la poésie et de l'art. Il prétend bien, au reste, que sa tendresse pour la « mère auguste du sang latin » , vénérable et lointaine aïeule, ne nuise point à sa piété pour celle qui le berça de ses « rustiques chansons » . Il unit l'une à l'autre dans l'émotion de ses souvenirs, et il profite de fugitives ressemblances d'horizon, qui semblent leur faire des figures parentes, pour les associer dans la ferveur de ses élans. Si, par exemple, il a gravi avec de dévotes ardeurs les monts Euganéens, ce n'est

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pas seulement parce que Pétrarque y fixa son dernier séjour, c'est parce cette « terre aux formes sereines » lui rappelle, par la courbe de ses lignes, une autre terre aux collines sans cloute « moins insignes » , mais qui

... mêle aussi les vignes

Et les profondes frondaisons.

Malgré tout, je soupçonne le savant de s'oublier parfois à un sentiment plus fort pour le vieux sol « plein d'histoire » . La « plaine triomphale» , semée de tombeaux, qu'il contemple des marches du Latran, a de quoi lui faire oublier le plateau de Gergovie, si riche soit-il en vestiges romains. Et les musées ! Et les bibliothèques ! Remarquez, à la table de son recueil de vers, quelle place y occupent l'humanisme et les humanistes : Aide Manuce, Érasme, du Bellay, Pétrarque . . . Les plus parfaits de ses courts poèmes, ceux dont le fier travail, dont l'élégante et ferme plénitude, donnent le mieux l'impression du définitif, sont dédiés aux grands initiateurs de la Renaissance. Et qu'on le ^devine bien de leur race! Si sentis que soient les paysages esquissés au contour de ses strophes, y compris ceux d'Auvergne, ce dont il rêve le plus volon-

tiers , c'est le temps où les « bons rimeurs » étaient aux princesses « en souci singulier » , où,

Dans la docte Ferrare au seuil hospitalier,

a Mme Lucrèce, » accueillante aux poètes, payait l'hommage du sonnet familier en donnant à baiser « les crins d'or de sa tresse » ; le temps où « la dame de Mantoue » faisait ses délices de relire, « toute fraîche au vélin, » sa propre louange dans une préface en grec de Manuce ; le temps enfin de la reine de Navarre et de cette autre Marguerite,

De la perle des Marguerites Eclose dans les royaux prés.

Ce qu'il célèbre de préférence, ce sont les doctes leçons, les fiers essais et les beaux pressentiments d'un Ronsard, la « verve subtile » d'un Érasme, les presses savantes et les « clairs parchemins » d'un « Messer Aldo » , et aussi les ambitions de beauté et les joies d'artiste d'un Ghiberti.

Pures voluptés, qu'il se donne à lui-même par la fine ciselure de ces sonnets longtemps travaillés et « pochetés » , dirions-nous volontiers

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avec Chamfort, puisqu'il les porte avec lui, sinon dans sa poche, au moins dans sa mémoire, les retouchant au gré de l'inspiration fortuite, cherchée parfois, demandée à la musique; et je sais tel concert de l'hiver dernier d'où quelquesuns sortirent embellis.

Les humanistes et leurs œuvres, il ne les chante pas seulement. Il met au service de leur mémoire, quand d'aventure elle est offensée, sa science armée à la moderne. Ainsi, défend-il Érasme contre le reproche d'ivrognerie et de goinfrerie, qui lui fut si injurieusement adressé, sur la foi de certaines apparences. Que l'auteur des Adages ait pu se plaire à Venise aux vins de Chypre et de Candie, M. de Nolhac le confesse. Que plus tard il ait aimé le vin de Bourgogne, son apologiste n'a non plus garde de le nier. La dithyrambique lettre à Marc Laurin sur « l'heureuse Bourgogne » , qui possède « un tel lait dans ses veines » , en est un trop probant témoignage. Du moins, Érasme, qui prétendait soigner sa gravelle avec ce lait-là, ne fut-il pas le « triple Géryon » que disaient ses ennemis. M. de Nolhac s'en porte garant.

Ailleurs, il venge Hélène de Surgères du

soupçon d'infidélité au souvenir de l'ami qui la fit immortelle.

Mais c'est pour Pétrarque qu'il a dépensé le meilleur de son zèle érudit. Demandez aux pétrarquisants ce qu'ils lui doivent : une chronologie nouvelle des voyages du grand homme, des éclaircissements décisifs sur la question de son séjour en Suisse, de fausses attributions de manuscrits redressées. . . Car personne au monde ne connaît comme M. de Nolhac l'écriture de Pétrarque. Il distingue, à travers les transformations de l'âge, la grâce native et les caprices de sa main de poète. Et, le cœur aidant sans doute aux divinations de la critique, il a eu le bonheur de découvrir un des livres précieux (1) qui remplissaient la petite armoire, armoriolum, chère au maître. N'a-t-il pas aussi retrouvé le nom de son relieur d'Avignon?

Nous parlons des intuitions du cœur. Quelque chose, en effet, comme de la tendresse, se sent chez M. de Nolhac pour « le premier homme

(1) Un Tite-Live donné à Pétrarque par Raimondo Soranzo.

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moderne » . Non seulement il définit avec enthousiasme son rôle dans la Renaissance, suivant les progrès de son génie, dénombrant sa bibliothèque, lisant, dirait-on, par-dessus son épaule ses annotations à la plume sur les feuillets de garde et les marges de ses volumes, mais il dessine avec un scrupule à la Durer le profil du poète incliné sur son pupitre, dans le silence de son cabinet d' Arqua. Et de ce crayon, qui ne veut qu'être exact, mais religieusement, un charme exquis se dégage, pour qui se plaît à l'intimité des grands esprits, dans le détail matériel de leurs entours.

C'est dans un pareil studio que vit M. de Nolhac, pareil au moins par le recueillement qui l'habite. Et, célébrant d'avance les « jours de paix » de son lointain « vieil âge » , ne se promet-il pas de fixer sa retraite dans un paysage d'Auvergne qui lui rappelle celui où s'encadrait la villetta d'Arquà? Je le vois, d'ici bien des années, dans cet « ermitage » , non fatigué de l'étude, fidèle encore à l'histoire et à la poésie, attendant la même mort qui endormit Pétrarque, le front penché sur un livre.

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