DIAZ
arcisse Diaz occupe une place à part dans la phalange glorieuse de l’école de i83o. Il lui a manqué très peu de chose pour y être classé au premier rang, mais il est néanmoins une personnalité considérable dans l’art.
Il eut, avec ses contemporains, la communauté de la lutte et de ses difficultés; il eut même l'apprentissage dans une fabrique de porcelaine; tout le temps qu’il ne dépensait pas, aux heures de début, à son travail professionnel, il l’employait à peindre et dès 1 83 1 , il paraissait au Salon.
Il s’était, lui aussi, placé en face de la nature, mais il n’y voulait pas voir des paysans frustes, comme Millet, ni des nymphes à l’ingénuité poétique, comme Corot. Il ne cherchait pas non plus le labeur difficile, comme Rousseau. Né dans le Midi, le Midi spécial de Bordeaux, — qui n’est pas celui de Marseille, — avec du sang espagnol dans les veines, il avait la fougue et l’imagination, et il fut surtout un merveilleux improvisateur.
Nul plus que lui n’a voulu, sans peine, traduire les sensations très vives qu’il éprouvait, et son rêve est essentiellement
souriant ; mais il le veut rapide, lestement enlevé, brillant et jeune, plein d’éclat et de fantaisie.
La fantaisie, voilà quelle a été la grande préoccupation,, la grande soif de son tempérament d’artiste. Il avait bien vu et bien compris la splendeur de la forêt, à Barbizon, mais, à côté des arbres vêtus des plus belles frondaisons, il voyait, comme si l’écrin lui eût paru nécessairement devoir être habité par de rares joailleries, des formes païennes caressées d’un pinceau opulent, ou des figures parées de riches costumes. Il aime, dans le décor de la forêt, une évocation de conte de fée ou d’églogue antique, de mythologie familière. Il lui faut de belles châtelaines aux [robes de brocart, de jeunes seigneurs en habits de velours, sur lesquels jouent des chaînes d’or, de hauts lévriers qui semblent avoir conscience de la pureté de leur race ; ou bien des jeunesses, en coquets falbalas, que des sorcières intéressent à des curiosités d’avenir, sorcières drapées ainsi que le veut la légende; ou bien encore des nymphes, des Diane, des Vénus, autour desquelles de jeunes amours joufflus papillonnent.
Quand, au contraire, c’est la forêt seule qui le prend, quand c’est le pittoresque qui l’emporte au point de ne plus laisser au rêve le temps de peupler le site, il relègue en un coin, très loin, comme un modeste coquelicot jeté parmi les herbes, les paysannes à la coiffe d’un rouge éclatant.
Bien qu’il ne fût jamais allé en Turquie, ainsi qu’il appert d’une lettre de lui, publiée en 1876, il avait imaginé des scènes de harems et des paysages turcs qui répondaient bien à son goût. Il aimait ce qui était rare; il aimait la vie dans ce qu’elle a d’aimable et lorsque, dans ses Délaissées , il fait pleurer des femmes, il leur donne une émotion telle, un charme si réel d’arrangement et d’abandon, qu’on se sent ému, plus pari enchantement qui s’en dégage que par la détresse qu’elles expriment.
A la fin de sa vie, Diaz regrettait de n’avoir pas fait de grandes toiles; il eût voulu recommencer une carrière, pour s’adonner à une étude plus précise, plus serrée. Mais combien ne devons-nous pas nous féliciter qu’il ait été l'artiste charmant,