‹ Art et natureChapitre 32 sur 35 · PAUL RENOUARD · texte numérisé non relu

PAUL RENOUARD

ul Renouard, on peut le dire sans crainte d’exagération, a renouvelé l’art spécial des journaux illustrés, qui se l’arrachent. Seules, sa débordante activité et sa production féconde, permettent que les directeurs de ces publications ne se prennent pas aux cheveux ; il est vrai qu’il y a entre eux la mer et l’océan, puisque Paris, Londres et New-York ont la bonne fortune de publier simultanément des dessins de lui.

Renouard, dont la vocation s’est révélée tout d'un coup — un coup de maître, s’il vous plaît — semble avoir été de suite en possession de son art, et il serait très difficile d’assigner une date à telle ou telle partie de son œuvre, au seul examen de cette œuvre.

C’est un voyant et un penseur qui, dans le moindre de ses croquis, est penseur et voyant ; donnant par l’attitude, le geste, l’expression, la façon même de rendre l’effet, la synthèse morale et physique de ce qu’il veut représenter. Et c’est justement cette souplesse à saisir la caractéristique de ce qu’il interprète, qui permet à l’artiste d’être toujours varié, dans une perfection égale, sans être uniforme.

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Il s’est glissé dans tous les mondes ; il a croqué avec justesse les êtres et les choses, les hommes et les bêtes, les grands et les petits, les illustres et les indignes, les richesses et les misères, les héroïsmes triomphants et les hontes qui se cachent. Il nous raconte, avec une vérité joyeuse ou poignante, le rire et les larmes; et la puissance de son trait, la vigueur de son coloris, qu’il sait obtenir à l’aide du blanc et du noir, ont réussi à créer quelque chose d’étrangement humain. On doit lui savoir gré de s’être départi de cette fadeur et de cette afféterie incorrecte de beaucoup de ses confrères, et il faut louer le genre précis et vécu qu’il a créé.

Ceux qui ont le plaisir de le voir en son grenier — en plein cœur du Paris des affaires et du mouvement — en son grenier où les rumeurs de la grande ville n’arrivent que comme le bruit d’une vague expirant au loin, ceux-là ne cessent d’admirer son extraordinaire fécondité, dont son activité de chaque instant, on peut le dire, a réuni l’immense et inépuisable document. L’ordre s’imposait à lui comme la méthode la plus élémentaire de travail, et croyez bien que ses cartons sont rangés avec infiniment d’ordre. Mais lorsqu’il daigne ouvrir ses cartons, c’est un voyage autour du monde — le monde géographique et le monde psychologique — qu’il vous fait faire, en vous servant de cicerone., — un cicerone solidement renseigné et d’une verve simple, qui manie l’ironie aussi bien que le crayon. Renouard est vraiment un maître et plus tard, dans un siècle d’ici, ses dessins et ses croquis seront la coquetterie des amateurs et l’instrument de contrôle des historiens.

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