‹ Art et natureChapitre 7 sur 35 · CH. -F. DAUBIGNY · texte numérisé non relu

CH. -F. DAUBIGNY

es Bords de l’Oise ! C’est tout Daubigny qui rayonne dans les chefs-d’œuvre qui portent ce titre, les plus purs peut-être, et les plus reconnus de l’œuvre du maître. On y voit Daubigny écouter pour ainsi dire la confession intime du paysage, après en avoir étudié les lumières, analysé les harmonies, fouillé les profondeurs. On pourrait en donner une analyse synthétique, en prenant les éléments dont il compose ses toiles et qu’il arrange — ou mieux qu’il choisit — suivant son inspiration du moment : et c’est là une preuve de la souplesse du talent de Daubigny, là où nous ne trouvons qu’un même système descriptif, lui improvise d’extraordinaires variations, que son œil découvre et que son âme écoute et recueille. Au fond, sous l’ambiance grise et chaude du jour, des collines bleuissent ; des fois, un pont de pierres a des transparences de gaze blanche; l’eau qui miroite coule ses frissons diamantés le long des rives, et le long de ces rives, qui s’arrondissent en un coude, toute une forêt se penche, aux arbres d’essences diverses. Ici un bouquet de chênes aux robustesses capricieuses, aux majestés d’ancêtres ; là, des peupliers haut empanachés, qui prennent à l’éloignement, sous le

ciel qu’ils touchent, des tons de vieille orfèvrerie d’or; à côté, des bouleaux, des hêtres, des châtaigniers, des saules qui semblent las de porter leurs branches, et laissent dans le courant plonger le bout de leurs lianes, dont la masse s’arrondit en une ombrelle de verdure. Pour cacher le sol, des mousses et des bruyères poussent au hasard, et le long des troncs noueux grimpent des lierres parasites.

Daubigny, qui a sa place au premier rang des maîtres de l’école [de] i83o, en est certainement l'artiste le plus inégal : son exécution est toujours large et libre; mais, parfois, dans ses nuages, comme s’il voulait marcher contre son désir et son goût, il fait s’envoler des flocons qui n’ont pas l’impondérabilité nécessaire, et cela par un procédé d’exécution qui exagère les pâtes. Seulement, quand il ne regarde ni Corot, ni Rousseau, quand il veut être lui-même — et on sait qu’il sut assez tôt s’affranchir de toute influence, et rejeter de son inspiration les ingrédients hétérogènes, - — il est admirable. La touche est légère, quoique solide, libre et suffisamment précise pour ne pas prétendre qu’à une sensibilité évocatrice de poésie.

Le ciel, la terre et l'eau sont d’un tel accord de tons, qu’on a vraiment la nature vraie sous les yeux : tout s’enveloppe d'une lumière blonde, à travers laquelle on sent vibrer la vie. Cela est infiniment beau, parce que cela est pénétré d’un charme infini.

On se rappelle, devant ces paysages d’une si auguste sérénité, le maître, assis dans sa barque arrêtée au milieu de la rivière, et coiffé d’un béret de velours; il demeurait calme d’apparence, mais empoigné jusqu’à s’isoler dans le recueillement, bercé par le silence plein de murmures; et c’est elle qu'on retrouve dans ses chefs-d’œuvre, c’est cette sensation d’une palpitation insaisissable, dont il a conquis cependant la formule, comme un reflet d’âme qui demanderait à sa palette, pour être traduit, un reflet de lumière.

Pour le bien connaître, d'ailleurs, il faut lire le cahier de pieuses confidences qu’a écrit et gravé sur lui et sur son œuvre

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