‹ Art poétique: Connaissance du temps; Traité de la connaissance au monde et de soi-mème; Développement de l'égliseChapitre 6 sur 10 · ARTICLE PREMIER · texte numérisé non relu

ARTICLE PREMIER

Vraiment le bleu connaît la couleur d'orange, vraiment la main son ombre sur le mur; vraiment et réellement l'angle d'un triangle connaît les deux autres au même sens qu'Isaac a connu Rébecca. Toute chose qui est, de toutes parts, désigne cela sans quoi elle n'aurait pu être.

Cela, donc, sans quoi rien qui soit ne saurait être, que ces mots pour le présent supportent notre idée de la connaissance. Tout d'abord, il est évident que la partie ne peut exister sans le tout, ni toutes choses sans chacune, et voici, pour éclairer cette interdépendance, le corps humain. II y a, entre les différents organes qui le composent, union d'échange comme du cœur au poumon, qui ne vit que du commerce qu'ils entretiennent; union de moyen comme de l'œil au pied, de la main à la bouche; union de proportion, comme des poids respectifs de la chair

et des os; union simplement de fait, comme des cheveux et des doigls de pied parce qu'ils tiennent au même individu. Tous ces rapports répondent réellement à des ordres divers de Ta connaissance; ils en sont réellement hors de nous des exemplaires matériels et opéiants. La naliire connaît avec ses mers et ses monts, avec ses mines et ses volcans et le point minutieux de ses brins d'herbe, comme nous avec l'équation, le théorème, le syllogisme et la métaphore.

Si donc nous déHnissons connaissance l'établissement et la constatation des rapports qui sont entre les choses, avant tout, qu'elles se puissent toucher, et qu'elles soient, sous ce qui fait chacune, semblables en leur fond. Ce semblable, quoi? Le mouvement d'abord, ou ce sens que j'ai décrit de la direction, appel et résistance. De la solidarité et de l'appui qu'il rencontre dans son travail, le mobile déduit sa //m.çse et sa quantité] de sa différence des autres mobi-

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les les définitions de distance, de dimensions et âe proportions. Tels sont les éléments de l'univers mathématique et la première édition du Pont-aux-ânes. Tout se réduit à l'addition de l'unité, comme 2 qui contient i n'exig"e pas 3. Toute nécessité n'est qu'analytique; les lig^nes inscrites au folio du sédiment, au rôle de l'arbre, ne tiennent pas tout notre bilan; à chaque article est ouvert un compte où jour à jour s'inscrivent la recette et la dépense, et il y a cela seulement de nécessaire, que chacun balance les autres, que chaque mo^wenient de fonds puisse être vérifié. La caisse n'est jamais fermée, ral);ique ne connaît point chômage. Si les choses dans leur fond se peuvent représenter par un symbole uniforme en tant que soumises au mouvement, comme nous représentons en monnaie leur valeur d'échange et de circulation, on voit (pie toute l'activité de la nature se réduit à Yopérdtion arithmétique, ses mutations aux virements d'une cote à l'autre, sa nécessité à la correspon-

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dance de ses comptes. Et je n'imagine pas à l'épicurienne cette provision préalable d'atomes^ qui ne peuvent être distincts puisqu'on les suppose indifférents : rien sans doute du grand au plus petit n'apparaît qu'org-aniquement et composé. Cela seul est commun et sous tout traduit par l'unité solitaire ou simultanée, que toutes choses sont soumises au mouvement, à \a passation comme aux colonnes d'un sommier Le chiffre ne déserte un total que pour en intégrer un autre : addition-soustraction. La multiplication comme un épi est le produit de la comparaison d'une quantité avec elle-même. Partout les forces en conflit opèrent la division : les parois du vase calculent au plus juste le poids de l'eau qu'elles renferment, le couvercle du sol, comme une barre tracée entre deux nombres, l'effort du feu, l'eau qui bout, la pression de l'atmosphère. Tout chiffre est une équation, de l'unité ajoutée à elle-même qui, total, représente l'Etendue dans les différents objets qui la composent, et dont la

mise en œuvre forme ce que nous appelons durée, le Temps.

Ici s'offre un doule, préliminaire, à résoudre.

Que sont, au rapport de l'une à l'autre, les réalités désignées sous le nom de matière et d'esprit? Si elles sont radicalement hétérogènes, séparées jusque dans leur fond, comment pourraient-elles co-naître l'une à l'autre? et se connaître, ne se connaissant pas? On doit donc leur refuser non pas la différence qui est féconde, mais un isolement de nature qui est inconcevable. Toutes deux sont des créatures et relèvent, dès lors, de l'état de mouvement.

Il faut considérer en effet que l'état de mouvement ne s'applique pas uniquement aux choses corporelles et n'est pas synonyme d'un déplacement local. Il y a mouvement, partout où il y a variation dans l'existence. Une apparition suivie d'une disparition, cela constitue un mouvement, que ces faits s'attachent, par exemple, à une idée ou à une tache sur le mur. Ces appari-

lions et ces éclipses peuvent constituer un rythme récurrent, un individu arithmétique jouissant de propriétés distinctes. Bien plus, je dis que, sans aucun lieu, subsistent les idées d'intérieur ou d'extérieur, ce qui est et ce qui n'est pas la chose même, ce qui est la chose et ce qui est sa condition. D'où découlent aussitôt les idées de direction, de sens, d'intention, d'attention, d'intension et d'extension, et leurs degrés. Avec la seule idée de son existence une^ l'esprit peut créer toute la g-éométrie.

Les signes de la géométrie, en effet, par euxmêmes, ne s'appliquent pas plus à des grandeurs matérielles que les chiffres ne désignent des étoiles ou des choux. L'arithmétique et la géométrie partent toutes deux du principe d'une existence une, que celle-ci traduit par un point. Nous disons d'une chose qu'elle n'est point, pour exprimer la négation la plus absolue. Ce point est un signe pur, indépendant de toute expérience extérieure positive. Or, cette possibi-

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lité de concevoir la réalité désignée par le point implique celle d'en concevoir une seconde identique, et cela indéfiniment. Ce pouvoir co/i^iViH, actualisé ou non, est désigné par la ligne. Le point unique nous fournit l'idée d'initiation et de départ. Un second point nous fournit l'idée de direction. Une série de points interdépendants et s'eng-endrant l'un de l'autre de telle sorte qu'on ne puisse arriver au dernier sans passer par tous les autres, nous fournit l'idée de la droite, de la parallèle et de la perpendiculaire. Une série de points, tous séparés par un nombre égal d'unités d'un point de départ unique, nous fournit l'idée du cercle et de la courbe. Un nombre d'unités en croissance proportionnelle nous fournit l'idée de l'angle. L'expérience ne fait que nous fournir, pour ainsi dire, le papier et l'encre, le moyen de représenter ces idées, le champ sur qui projeter l'ombre de notre «nilé.

Loin de moi la pensée niaise, parce que notre

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intelligence à elle seule peut créer des fibres g:éomé triques et que nous vovons le monde estérieur tout entier se réduire à ces mêmes figrures^ que celui-ci soit l'œuvre de celle-là. Je constate seulement que le monde et moi sommes animés de la même force géométrisante, que je retrouve indifféremment et commodément en moi ou hors de moi. C'est ainsi que, devant une toile peinte, l'oeil de lui-même recule et situe les plans, établit la troisième dimension. Nous faisons partie d'un ensemble homogène, et comme nous co-naiss<ins à toute la nature, c'est ainsi que nous la connaissons.

Mais nous ne parlons en ce premier article que des choses matérielles, selon quelles se connaissent communes : voyons-les se connaître différentes.

Tout est mouvement, ou, ce qui revient au même, tout est exprimé par lui. Or, le mouvement est, je l'ai dit ailleurs, l'impossibilité p4^ur le mobile de sabsister, de garder la place qu'il

occupait ; il tend de nature à s'en éloigner, il fait effort pour fuir. Dans cet écart, il est amené en contact avec les autres corps qui l'entourent et constate le champ qu'ils lui laissent. Il ne pourrait sans eux tenir cette position, qui est la sienne. Il évalue par eux l'intensité de son travail, de la résistance qu'ils lui opposent et de la réaction qu'il détermine. Il provoque ou subit leurs œuvres. Il trouve hors de lui-même sa définition, sa mesure et sa fonction. Il connaît, c'est-à-dire qu'il se sert de soi pour connaître ce qui n'est pas lui-même, et, à l'inverse, il connaît qu'il est cela, sans quoi tout le reste ne saurait être, ni en qualité, pas plus que le total sans chacune des unités qui le composent, ni dans sa qualité concrète, pas plus que l'heure sans le rouage.

Connaître donc, c'est être : cela qui manque à tout le reste.

Rien ne s'achève sur soi seul ; tout est dessiné aussi bien que du dedans par lui-même du dehors

par le vide qu'y tracerait absente sa forme, comme chaque trait est commandé parles autres. Le lac peint le blanc cygne en lui suspendu sur le ciel ovale, l'œil du bœuf la pâture et la pastoure.Le coup de vent du même trait rafle, emporte la crache de la mer, la feuille et l'oiseau du buisson, le bonnet des paysans, la fumée des villag^es et la sonnerie des clochers. Comme un visagi^e g^ag-né peu à peu par l'intellig-ence, quand l'aube naît, les règnes végétal et animal ont fini de dormir. Ainsi des thèmes communs sont proposés à la réflexion des choses diverses. Toute la surface de la terre avec l'herbe qui la couvre et les bêtes qui la peuplent est sensible comme une plaque travaillée par le soleil photographique. C'est un vaste atelier où chacun s'eflorce de rendre la couleur qu'il prend au foyer solaire.

Les choses ont deux moyens de se connaître, c'est-à-dire, au sens adopté dans ce paragraphe, de se compléter dans l'étendue en s'avérant soit contiguës, soit complémentaires. Toutes s'ins-

crivent dans une forme plus générale, s'ag^encent en un tableau : c'est une question de point de Aue à chercher, ce regard à qui elles sont dues, le retrouver. Et de même que nous connaissons les choses par la détermination d'un caractère général que nous leur décernons, de même les choses se connaissent entre elles par l'exploitation d'un principe commun, soit la lumière semblable à un œil qui voit. Chacune obéit à la nécessité d'être vue. La rose ou le pavot signe rouge l'obligation au soleil d'autres fleurs d'être blanches ou bleues. Tel vert ne saurait pas plus exister à lui seul qu'une masse sans ses points d'appui. Chaque note de la gamme appelle et suppose les autres. Aucune ne prétend seule à rassasier le sentiment. Elle existe à la condition de ne pas être ce que sonnent les autres, mais à la condition, aussi, impérative, que cela, les autres le sonnent à sa place. Il y a connaissance, il y a obligation de l'une à l'autre, lien donc entre les différentes parties d'i

monde, comme entre celles du discours pour former une phrase lisible ; et de même qu'il y a suite des sentiments comme des mots qui les expriment, il y a composition dans les mouvements dont Iheure est autour de nous le témoin. Pas plus que le temps ne saurait s'arrêter, ainsi des rouages qui le fabriquent.

Le mouvement n'est pas un état momentané de la matière, local, accidentel ; il n'en est pas seulement un caractère, une c puissance » inséparable ; il est son acte permanent et le suppôt même de son existence. La pesanteur n'est point l'effet d'une « attraction » exercée du dehors sur une masse d'ailleurs inerte. C'est celle masse elle-même en qui son essor est inclus et la pierre vole au sol comme un oiseau vers l'arbre.

Or, tout mouvement a pour résultat la création ou le maintien d'un état d'équilibre. Cet équilibre, dans le domaine de la matière, que ce soit organisée ou brute, ne se trouve que dans l'établissement d'une forme ou figure de compo-

jsilion. Tout ce qui est travaille à être d'une manière plus complète ; c'est-à-dire à construire l'idée en qui il puisse s'agréger à ses différences organiques. Ces formes ont par elles-mêmes une valeur permanente, absolue, obligatoire, exigence mécanique et nécessité de représentation. Ce sont réellement des corps et toutes choses prennent corps en elles.

De là deux étals ordinaires de la matière, suivant qu'elle établit ou maintient son équilibre; «fférence et vibration. Le premier, suivant qu'on l'envisage d'un côté ou de l'autre, répond assez aux mots dans notre esprit de conception et d'imagination. Ou plutôt, il en est l'expression actuelle, mais accidentelle et passagère, un arrangement démoli qui se refait. La matière ne saurait pas même exister sans une série de formes de plus en plus générales et comme concentriques en qui elle se dispose et se constitue. Le second état est la constatation de cet arrangement auquel elle est parvenue. Rien, dans la

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nature, ne se trouve à l'état d'inertie. Le niaihfe où le sculpteur le copie est aussi vivant que le bras même dont Hercule maintient son monstre, et le vaste assemblem.ent de muscles et d'os qui construit le corps de la terre ne suffirait pas plus à l'asseoir en place sans l'énergie de l'effort commun qu'il fait, qu'à contenir nos entrailles les toiles savamment bandées de notre ventre sans la marche réglée de notre pile nerveuse. La vibration, c'est le mouvement prisonnier de la forme. Cette vibration se traduit selon un même milieu en un certain ordre qui est dérangé par tout contact ou choc reçu de l'extérieur : c'est le premier état de la sensibilité.

Les formes, telles que nous les avons définies, c'est-à-dire lieux ou figures de composition^ ne possèdent point le repos, mais intègrent perpétuellement le travail qui leur incombe d'être : se faire, se maintenir. On peut distinguer deux espèces de formes et, de même, deux espèces de formations. La première est de soi complète, et,

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à ral>il d'une influence extérieure suffisante à en détruire la balance, n'implique de nécessité aucun changement. Les corps chimiques sont fabriqués une fois pour toutes et le triangle rec» langle est de définition parfaite en dehors de sa révolution autour d'un de ses côtés. La seconde espèce comporte une série d'états successifs, obligatoirement et solidairement reliés l'un à l'autre, en sorte que tout arrêt dans leur production peut entraîner la disparition de la forme ellemême. Ce mode reçoit le nom de développement. Nous n'assistons plus au remplacement brusque d'une forme par une autre, comme il arrive dans une combinaison chimique par une transposition des équivalents : la matière passivement subissant les rapprochements qui lui sont imposés. Ici la forme se façonne et se produit ellemême. D'avance l'arbre en terre, l'homme dans le sein de la mère a une sûre connaissance de soi. Le développement, c'est la forme inscrite dans la durée, comme ailleurs sur le plan de la

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<iirface, et les parties successives en sont aussi Solidaires que les membres simultanés. Le germe sait tout ce qu'il a à faire, il remplit de point tn point son pros:ramme ; il choisit dans le milieu qui l'entoure la nourriture qu'il lui faut, comme un peintre ses couleurs, comme un maçon sa brique et son mortier. Les tours de Scapinj la machination des mélodrames, les combinaisons de Colombine et d'Arlequin pour se rejoindre en dépit du jaloux sont peu à côté des ruses qu'emploie le parasite pour parvenir à sa maturité à travers trois ou quatre organismes ditïérents. Le premier état, je l'ai dit, de la connaissance qu'un corps a de lui-même est la constatation du lieu qu'il occupe, c'est-à-dire de l'impossibilité où il est de sortir de l'arrangement dont il est ])arlie; la vibration, ou choc suivi d'un retour multiplié, est le premier tact intérieur. Nous en voyons maintenant le second état, extérieur et actif, dans cette image que l'être vivant produit, dans cette construction

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qu'il élabore de soi, il n'existe plus par une simple limitation opposée du dehors, il se fait du dedans lui-même.

Si nous retournons maintenant à notre principe : connaître, c'est constituer cela sans quoi le reste ne saurait être, nous éprouvons que fette connaissance comporte des degrés divers de précision ou de nécessité. Il y a une nécessité d'ordre absolu : le tout ne saurait être sans ses parties. Il y a des nécessités ou des convenances d'ordre concret et subordonné, suivant qu'il s'agit de l'être en soi ou qualifié. Rien n'est terme, que ce qui, terminant, exclut, terminé, l'extérieur, et la connaissance varie avec le contact. Tout corps constitue le terme final d'un ensemble de séries convergentes, leur aboutissement commun qui ne saurait manquer. Plusieurs de ces séries ont avec lui un rapport constant, de sorte que, sans leur apparition préliminaire ou simultanée, il ne saurait être, et tel ; d'autres un contact simplement accidentel, nécessaire

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cependant, pui.s(ju'elles contribuent à le définir, à déterminer son point sur la durée. De même que le coloré est limité par un autre coloré, il désigne de toutes parts autour de lui les derniers termes, constants ou non, de sé({uences venant de l'infini. Il les appuie, les arrête et les coordonne; il noue, il est le lieu du croisement infiniment complexe du fil avec la trame. Définir une chose, c'est littéralement la délimiter du fait du cadre aux éléments permanents ou fugaces où elle est encastrée. Toute chose donc est définie et définissante; elle est définie sur tous ses points, elle définit par un seul. Elle connaît par ce qu'elle exclut, de fait ou de nature. Elle est cernée du rayonnement de -ses indices. Définir, c'est isoler, c'est exclure : c'est dire pourquoi une chose n'est pas toutes les autres. Lorsque deux termes s'opposent, chacun des deux ajoute à la somme des différences dont l'autre est constitué. La formule serait à peu près telle : « Cette chose n'est pas celle-ci que je constitue; elle n'é-

puise pas l'être; rien que par mon seul fait elle n'intègre pas la somme et je l'enrichis en m'ajoutant au nombre des choses qu'elle n'est pas; je suis investi du droit de lui dénier la totalité et je rencontre en elle le point par où celle-ci m'est refusée. »

La chose, ne connaissant que ce qu'elle exclut, ne connaît que ce qu'elle n'est pas et ce qui n'est pas elle-même.

On le dira donc très bien : être, c'est n'être pas une chose, c'es-t n'être aucune autre, c'est être empêché de l'être, soit par une opposition matérielle, soit par le besoin qu'elle a de moi comme tel. La connaissance est la constatation de mon contour. — Or il y a la connaissance et il y a la reconnaissance, suivant que l'on considère la chose comme causante ou ayant cause.

(Cause : moyen fourni à la chose d'être ou se montrer ce qu'elle est. La cause de la chaleur, la Cause de la Justice, causer avec un ami.)

La connaissance donc, prise uniquement ici

dans son sens l'èel de causaliou et d'action sur le dehors exercée, c'est l'effet de soi-même suivi chez les autres. Cet effet se traduit, soit par une simple impossibilité pour l'autre d'occuper le lieu que je tiens, soit par une impulsion donnée, par un travail accompli dont je suis la source et dont il est le sujet. Cette connaissance peut pren-^ dre le nom d'information, puisque la fin en est la production d'une forme. C'est dans ce sens que la mer connaît le navire, la hache et le roc natal, tous deux, le chêne, le feu, la nourriture qu'il cuit, le métal qu'il fond, Rome qu'il embrase. Aussi loin que l'action va de sa source^ jusque-là la connaissance. Comprenez que plus une chose est générale, plus elle est génératrice.La chose estdélimitée ou définie par l'ensemble de ses actions, finie en fait, infinie en puissance comme le nombre des objets qui peuvent lui être présentés.

Réciproque à ce premier terme répond l'autre, qui est la reconnaissance. L'un donne et

l'autre demande. L'un propose et l'autre dispose. L'un prouve et l'autre éprouve. Il accepte par mesure de qui l'entoure opposition, impulsion ou aliment. Accident ou nécessité, passagère ou permanente, rencontreou accouplement. Le second terme reçoit du premier un contraste à établir, une énergie à transformer, une vertu à traiter. Or, tandis que les activités latentes en la matière brute attendent l'occasion qui les dégage ou l'objet qui les manifeste, comme la fumée dans un rayon de soleil, la plante et la bêle sont toujours en acte; elles se fabriquent de l'aliment qu'elles se procurent l'existence : leur vie n'est qu'une adhésion à la source d'où ils la tirent. Reconnaissance exige au préalable coU" naissance qui la provoque, le second terme ne peut être et tel sans le premier, mais non pas à l'inverse. La terre est toujours féconde, quelles que soient les moissons qui la couvrent ; paille ou livre, tout est bon au feu qui les dévore ; l'herbe nourrit les animaux divers qui

la broutent. Mais des roses sans tel sol, et tel insecte sans tel fruit, non pas. La cause peut être sans l'effet, mais non point l'effet sans sa cause. Le second est pour la première un moyen d'être parmi d'autres; la première est au second sa raison d'être. Le « connaissant » ne connaît que lui-même et les moyens sans quoi il ne pourrait être tel ; le « reconnaissant» connaît un autre sans qui il ne pourrait être et le désigne avec précision. Bien entendu, cette distinction n'est que log-ique, les deux ([ualilés pouvant se trouver réunies chez le même sujet.

Ces principes sont posés.

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