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CHAPITRE III

De l'invention, première partie de Poésie.

Le fondement et première partie du Poème ou carme, est l'invention (i). Et ne doit on trouver estrange si je donne en l'art poétique les premières

5 parties a celle. Iaquéle les Rhetoriciens ont aussy nombrée première part de tout leur art. Caria Rhétorique est autant bien espandue par tout le poème, comme par toute l'oraison. Et sont l'Orateur et le Poète tant proches et conjoinz (a), que semblables et

10 égauz en plusieurs choses, différent principalement en ce, que l'un est plus contraint de nombres que

(a) Ciceron I. liv. de l'Orateur a Ou: ni son frère. 5)

10 différents DEFG

11 Cf. Ronsard \iArl 'Poétique, VI, p. 449 et 452/ qui déclare que l'invention est « le principal poinct » et la « mère de toutes choses » et Du Bellay pour qui la « richesse d'invention » est la » première et principale pièce du liarnoys de l'orateur » Deff. et (Illustr. I. 5, p. 84).

2> 11 faut entendre, au sens latin, le premier rôle (primas par '. I, taudis que, plus bas, le mot part correspond bien à la première des " cinq parties de bien dire >j qa'énumère Du Bellay (I, 5, p. 82-85) d'après Cicéron et Quintilien. Cf. l'emploi analogue du mot, infra il, 8) : « lequel avec raison s'attribue en cest endroit les premières parties <> et |II, 8) : « les premières, secondes et tierces parties ».

(3) Cicéron De Oratore, I, 16 : « Est enim finitimus oratori poeta. numeris adstrictior paullo, verborum autem licentia liberior, multis vero orn.uidi generibus socius, ac p:ene par ».

Pautre (i). Ce que Macrobe (a) con ferme en ses Saturnales, quand il révoque en doute, lequel a esté plus grand Rhetoricien. ou Virgile, ou Ciceron. Supposé donc que celuy qui se veut exercer en la Poésie

? françoise, soit autrement bien versé et entendu en toutes les parties de Rhétorique, il doit toutesfois estre plus expert en l'invention, comme celle qu'il ha particulièrement plus commune avec l'Orateur: et de laquéle résulte toute l'élégance de son poème.

10 Car aussy peu profite le vide son des vocables (b), soubz lesquelz n'y a rien de solide invention, comme le papier lavé de couleurs que légère mouilleure légèrement efface. Pour cela disoit Horace n'estre pas assez que le vers ayt ses nombres et syllabes pour faire

i^ nommer son autheur poète : mais faut, disoit il (c),

(a) Cinquième livre, chap. 1 2 .

(b Ciceron au premier livre de /'Orateur. $J

ici Horace eu la 4. satyre du premier des sermons. 4)

2 il faict doute B, etc.

(1) L'idée est reprise par Du Bellay : « En quoy (Lecteur) ne t'ébahis, si je ne parle de l'orateur comme du poète. Car outre que les vertuz de l'un sont pour la plus grand' part communes à l'autre,

etc » (I, 12, p. 161); Sebillet et lui ne font du reste que continuer

la vieille tradition française qui comprenait sous le même nom de Rhétorique l'art de la prose (rhétorique vulgaire) et l'art de la poésie (rhétorique métrifiée .

2 Macrobe Saturnales. V, I : <• Si non aliis, hoc certe praeferendum esse Ciceroni Vergilium, quod îlle in unotantum, hic in omnibus dicendi generibus excelluerit. »

(31 T)e Oratore I, 5 : « Lst enim et scientia comprehendenda retum plurimarum, sine qua verborum volubilitas inanis. atque

irridenda est » Cf. îhid. I, 12 : c quid est autem tam furiosum.

quani verborum, vel optimorum atque ornatissimorum, sonitus inanis, nulla subjecta sententia, nec scientia. »

(4) Horace Satires Liv. I. Satire iv, v. 40 et sqq. neque enim concludere versum

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