‹ Art poétique françoysChapitre 22 sur 173 · DE L INVENTION · texte numérisé non relu

DE L INVENTION

qu'il ayt entendement et esprit divin pour mériter l'honneur de ce nom : désirant par ces mos l'invention subtile au poète, comme il a plus clérement exprimé incontinent après, disant en ce 5 mesme lieu (i) : N'y a ne véhémence d'esprit, ne force auz mos et auz choses, et ne sont différais les vers ides mauvais poètes entendoit-il) du langage vulgaire d'autre chose que de leurs nombres et leurs piedz, Mais la nécessité et utilité de ce fondement est

io assez prouvée : reste cercher des pierres pour l'asseoir * Trouve donc le Poète avant toute autre chose, qu'il puisse proprement dire et commodément adapter au subjét qu'il veut déduire en son Poème (2), tant soit grand, ou tant soit petit. Expliquer ce que

15 je dv. par le menu, seroit de plus grand labeur et rétardation, que de plus apparent profit. Et quand tout est dit, entreprendre de le spécifier, ne seroit

11 Touteslois donc C

Dixeris esse satis; neque si quis scribat uti nos

Sermoni propiora, putes hune esse poet.im.

Ingenium cui sit, oui mens divinior atque os

Magna sonaturum, des nominis hujus honorem. il Id. Ibid, v. 44 sqq :

Idcirco quidam, comeedia neene poema

Esset, quaesivere, quod acer spiritus ac vis

Nec verbis nec rébus inest, nisi quod pede certo

DifFert sermoni. sermo merus etc.

Sebillet, qui cite sans doute de mémoire, dénature la pensée d'Horace en appliquant aux o mauvais poètes » ce qu'il dit des poètes comiques. (2) La liaison des idées, autant que l'expression, est bien flottante dans tout ce passage; la construction même est quelque peu embarrassée. 11 faut ou modifier la ponctuation 'fronce donc le 'Porte avant toute antre, chose qu'il puisse...), ou entendre qu'il puisse = ce qu'il puisse, latinisme courant au XVIe siècle. Le sens est donc : <• Que le poète trouve d'abord des idées qu'il puisse exprimer convenablement et adapter au sujet qu'il veut traiter en son poème » etc.

autre que retixtre (i) la toile de Pénélope. Pource me contenterav d'estendre le doigt vers la fontaine (2), et dire que le premier point de l'invention se prend de la subtilité et sagacité de l'esprit n : =- laquéle si Dieu a déniée a l'homme, pour néant se travaillera-il de dire ou faire en despit de Minerve a : singulièrement en l'art de poésie, que Ion tient

(a) Horace en l'art poè. 4)

1 autre chose 1)1: F G que deffiler que la toile DEF

(1) La même expression se trouve textuellement reproduite dans Du Bellay [Deff. et lllustr. II. .S, p. 274 et Tabourot des Accords Bigarrures, ch. 1, d'après Godefroy). On peut rapprocher le passage de Cicéron AcaJ.. II, xxix, 951, cité par M. Chamard dans l'édition de la 'Detfence (p. 275 . Le verbe retixtre est en usage dans tout le XVIe siècle: il est enregistré par Cotgrave : on s'explique donc mal la variante, qui d'ailleurs change complètement le sens de la phrase.

2 L'expression est encore empruntée à Cicéron : «. ... Sed ut commonstrarem tantum viam, et. ut tieri solet, digitum ad fontes intenderem. » [De Oratore, I, 46.1

5) Sebillet donne ici son avis dans la question, si controversée, du rôle de la nature et de l'art dans la formation du poète. On voit qu'il s'inspire surtout d'Horace. Nous ne prétendons pas rappeler ici toutes les opinions émises sur ce sujet rebattu. Il importe seulement de remarquer : 1" que ce n'était pas une nouveauté de voir aborder cette question dans un Art Poétique. — l'idée est déjà indiquée chez Eust, Deschamps [Art Je dictier, VII. p. 270-2721: elle a été longuement débattue par les humanistes italiens (cf. P. Villcv, les Sources ittliennes delà Detfence et Illustration, Paris, 1908, in-8, p. 73-74) — 2" que la Pléiade accordera pkrs à l'art et moins à la nature (cf. Du Bellav 'Defteuee et Illustration II, 5, p. 195-201 et Pcletier. Ai: 'Poétique I, 2, p. 11-12). Les positions respectives des différents théoriciens ont été très nettement établies par M. Chamard, dans sa thèsefrançaise sur Du Bellay (p. 140 sqq' . dans sa thèse latine. De Jaeol-i Pclctai'n Cenomaitensis .-trie Poetiea, Lille, 1900, in S. ip. 11-12 et da»s les abondantes notes de son édition de la Dejfence (p. iqj 194 et

(4I Horace, Art Poétique, v. 385 :

Tu nihil invita dices faciesve Minerva.

Id tibi judkiûm est. ea mens.

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