DU STYLE DU POETE 3 I
de la leçon des Historiens et Orateurs françois : Entre lesquelz il pourra choisir ceuz qui au jugement dés sa vans qu'il hantera, auront mieuz esçrit. Et s'il est besoin de nommer, s'il escrit au gré dés Damoiselles
5 (lesquéles de toute ancienneté ont esté la plus fréquente matière du carme, et la sont aujourd'huy plus que jamais) il se trouvera toujours avoué d'elles parlant avec Amadis ou Oriane : le langage desquelz est receu en la bouche d'elles, comme plus dous et
10 savoureuz(i ). Les versions pareillement des bons et anciens auteurs, faites par Macaut et Jan Martin 2 , et autres telz gentilz espris, qui s'éveillentd'heureaautre en l'illustration (3) et augmentation de notre langue
10 savoreux C
(i) Tout ce passage est singulièrement confus. S'agit-il d'écrire pour plaire aux « damoiselles »? comme semblent l'indiquer l'expression a au gré des damoiselles » et l'allusion à Amadis, ou de les faire parler en vers ? comme le prouveraient les mots « en la bouche d'elles » et le nom d'Oriane. C'est ce qu'il n'est pas facile de décider. Du Bellay vise sans doute ce passage quand il recommande aux remanieurs de romans de recueillir plutôt nos anciennes chroniques, pour en taire une histoire à l'imitation des Anciens 11,5, P- 2 56-? 57;.
(2 Sebillet indiquera plus loin (II, 14 d'autres traducteurs beaucoup plus importants. Antoine Macault, valet de chambre de François I", traduit de 1534 à 1348 le P10 Marcello, trois livres de Diodore de Sicile, la Batracbomyotnachie, les Pbilippiques de Cicéron. Jean .Martin, poète et architecte, secrétaire du cardinal de Lénoncourt, avait déjà publié, à l'époque où écrit Sebillet, un grand nombre de traductions d'auteurs grecs, latins, et surtout italiens, entre autres VArcadie de Sannazar, les Aqolains de Bembo, Y Architecture de Serlio, et peut-être le Roland furieux. On trouvera la liste des traductions qu'il a publiée.-,, revues, ou auxquelles il a pu collaborer dans Niceron, Mémoire?; pour servir à l'histoire des hommes illustres d? la République des lettres. Paris, 1727-1745, 44 vol. in-12, t. XLII, p. 310-540.
(}) M. Chamard (Ed. de la DeJJeme, p. 341 cite ce passage parmi ceux où le mot illustration est pris dans le sens où l'emploiera Du Bellay : on y trouve presque par avance le titre de la 'Deffence et Illustration.
françoise, peuvent beaucoup faire a la copie du futur Poète : et a l'usage des mos, qui pour leur novation : sembleraient autrement rudes. Car leur authorité en a ja beaucoup fait recevoir incognuz a nos majeurs :
5 leur authorité dy-je soutenue par l'art, et par l'industrie, qui sont en l'innovation dés mos singulièrement requis. Mais pource que lés préceptz appartenais a cecv, sont escriz au long dedans Quintîlian, Ciceron et autres Rhéteurs, je voeil seulement en cesl endroit
io aviser le futur Poète, qu'il soit rare 2 et avisé en la novation dés (a.) mos : et comme il est contraint souvent en emprunter, pour, ainsy que dit Horace ; , descouvrir par notes récentes lés secretz dés choses, aussy le face il tant modestement, et avec tel jugement.
15 que l'asprété du mot nouveau n'égratigne et ride lés aureilles rondes (4). Car l'envie, toujours compaigr.e de vertu, gardera j risques au bout sa meschante
a Horace en l'art. Poét < ', .
1 L'édition A donne peuvent, faille évidente. 7 apperieuans BDE.
11 A. met nu accent sur /'e de comme, tante évidente.
fil La novation et Y innovation des mots signifient, dans ce passage, la création de mots nouveaux, acception très conforme à l'étymo S mais notable à cette date: le mot novation est ancien dans la langue; mais on ne le rencontre guère que comme terme de droit.
[2 Latinisme. Ct : « Cassar... rarus egressu •> [Tacite, Annales, XV. 5} . « Leones rari in potu » (Pline l'Ancien, VIII, 16, 18 . 5 drt Poétique, v. 48-49 :
... Si forte necesse est.
Indiciis monstrare recentibus abdîta rerum... (4) C'est le latin teretes aines : Cicéron, Oralor, ch. IV : « ... Ad Atticorum igitur aures teretes et religiosas qui se accommodant... »; de Optini) Génère Oialoruin, IV : <■ Si teretes aures habent inte!!igensque judicium... »
j ' Art Poétique, v. 46 :
In verbis etiam tenuis cautusque serendis...