‹ Art poétique françoysChapitre 45 sur 173 · esprit CDEFG 18. la volue BCDG · texte numérisé non relu

esprit CDEFG 18. la volue BCDG

G. Du Pont. La différence entre la rime goret et la rime de village ou rime rurale n'est pas toujours nettement établie (cf. Arts de 2" Rbét., p. 249-253, 314-316; L'Infortuné: De viciis, 11, v°; Fabri (II, 119) qui l'appelle boutechouque ; G. du Pont, xxxvn et lxvii).

(1) L'expression ne date que de la fin du xve siècle. Elle a été appelée antérieurement couplette, doublette, commune, rimes jointes, rime bourdonnée (cf. %Arts de 2' Rbct., passim et notamment p. 34 et 253; P. Meyer, Romania, XXIII. p. 1-35; Châtelain, Le vers jr. au XVe siècle, p. 83). L'Infortuné (vu, r°) et Fabri (II, 28, 29), l'appellent léonine, G. Du Pont, rime plate (xi, v°). Tout ce passage, relatif à la rime plate et à la rime croisée, a été textuellement copié par Foclin (Rbét. Jrauçoise, p. 58-59).

(2) Marot, II, 228 ; Epitaphe XIII : De Maistre Jacques Charmolue Var. : v. 6 : que dont.

Quant à l'esprit qui du ciel est venu, Seigneurs passans, croyés qu'il n'a tenu A estre bon, et de vertus orné, Que d'où il vint, il ne soit retourné.

5 Aucunesfois aussy lés vers ne se suivent pas symbolisans l'un incontinent après l'autre, ains sont croisez, en sorte que le premier fraternise avec le tiers, et le second avec le quart : comme en cest épigramme de Marot (i), • o Veus tu savoir a quelle fin

Je t'ay mis hors dés œuvres miennes, Je l'ay fait tout exprés, affin Que tu me mettes hors dés tiennes.

Ryme croisée. — Ceste ryme s'appelle, croisée (2), 15 pource que lés vers y sont divisés par un entredeus comme les branches d'une crois. Et est usitée coustumiérement es épigrammes et autres sortes de poèmes, comme plus a plain entendras au second livre, ou je te montreray plus au long la diverse 20 forme de ces usages.

Il y a maintes autres manières de situer et varier lés vers fraternizans (3), toutes résultantes de ces deus (4) : lesquéles pource qu'elles n'ont appellation

(1) Marot, III, 23. Epigramme XLIX : A un quidam.

(2) C'est le nom généralement et presque exclusivement appliqué à la combinaison abab..., depuis les plus anciens %Arts de Rhétorique (Ed. Langlois, p. in et passim, cf. la Table, p. 438), et bien antérieurement à la date de 1525 indiquée par M. Kastner. [Revue des langues romanes, 1904, p. 1-29.)

(3) Comme plus haut symboliser, le verbe fraterniser est pris ici dans le sens de rimer. Cet emploi parait spécial à Sebillet; Littré ne cite que cet exemple (d'après Lacurne de Sainte-Palaye).

(41 Des exemples nombreux et variés de ces agencements divers avaient été donnés par L'Infortuné (vu, v°) et surtout par Fabri (II, p. 32 à 60), plus complet et plus clair à cet égard que G. Du Pont (xvi-xvii). Plus loin (II, i),à propos du quatrain, Sebillet définira ce qu'il appelle la rime meslèe et que nous nommons aujourd'hui rime embrassée.

certaine, et qu'elles consistent toutes en l'arbitre du Poète, je ne suis point délibéré te spécifier et déclarer singulièrement., pource que seroit œuvre long pour moy, et inutile pour toy. Te suffise donc d'aller voir

y auz Psalmes. chansons et estrénes de Marot ces variétéz de ces usages, pour lés suivre, ou en innover après elles, en sorte que l'analogie y soit toujours gardée, et qu'il n'y ait ryme sans raison (i).

Simple bien rymè contre son composé. — Avise toy

io ce pendant que tu peus rymer bien et deuement le simple contre le composé, combien que aucuns (2) vœillent soutenir le contraire, mais sans apparence de raison. Car je ne voy point pourquoy on puisse appeller mauvaise ryme, faire, contre refaire : mettre,

1? contre permettre : dire, contre mesdire : assembler, contre desassembler : joindre, contre conjoindre : et

3. Xons corrigeons l'accentuation fautive de ^A, (singulièrement).

(1) Cette alliance de mots est déjà tout à fait proverbiale : Littré en cite un exemple emprunté à la farce de Patbclin, et R. Estienne traduit, dans son Dict. fr. -latin : « Il n'y a ne rime ne raison en cela. »

(2 On ne voit pas à qui Sehillet fait allusion ici : ni L'Infortuné (De viciis, 11, v°), ni Fabri (Des vices de incongruité, II, p. 112 et sqq.),ni G. Du Pont [Vices de Rhétorique, lxvii et sqq.) ne comptent au nombre des fautes à éviter la rime du simple contre le composé, ni la rime d'un mot contre son homonyme. Fabri montre même II, 4) les facilités qu'y gagne la poésie fiançaise. Mais Du Bellay se sépare nettement de Sebillet sur ce point : « Ces équivoques donq' et ces simples rymez avecques leurs composez, comme un baisser et abaisser, s'ilz ne changent ou augmentent grandement la signification de leurs simples, me soint chassez bien loing » (Deffence et Illustration, II, 7, p. 263-265). Si l'on rapproche ce passage de celui de Sebillet, on voit que Du Bellay n'a pas voulu y blâmer la rime équivoque, considérée comme un raffinement, mais la rime d'un mot contre son homonyme, considérée comme une facilité; le passage, considéré seul permettait de s'}- tromper; c'est ce qui explique la réponse du Quintil et la note de M. Chamard {Ibid., 263-264).

télé ryme a proportion pareille : attendu nomméement que Marot, Saingelais, Sale!, Héroet, Scéve, et tous lés savans et famés Poètes de ce temps en usent ordinairement et sans scrupule. Maisaussv regarde bien 5 que tu ne tombes de là en une faute, qui est de mettre un mot rymant contre sov mesme : si d'adventure n'estoit diversifié par signification, ou partie d'oraison a), comme si l'un fut nom. l'autre verbe ou adverbe, toutesfois soubs une mesme vois : exemïo pie du premier en ce quatrain de Marot a Abel (i).

Poétiser trop miens que mor savej.

Et pour certair meilleure grâce avéf A ce que voy que n'ont plusieurs et mains Qui pour cest art mettent la plume es mains.

15 Tu vois, mains, rvmé contre mains, mais en diverse signification. Exemple du second en cest Epigramme de Marot à Anne 2 .

Si jamais fut un Paradis en terre, Là ou tu es, là il est sans mentir :

20 Mais tel pourroit en toy 'Paradis querre,

Qui ne viendrait fors a peine sentir : Non, toutesfois qu'il s'en deust repentir, Car heureûs est qui souffre pour tel bien. Donques celuy que tu aimerois bien

25 Et qui serait recet. en si bel estre.

Qui serait-il ? Certe je n'en say rien. Fars qu'il serait ce que je voudroie estre.

(a) Le mot rytné centre sov viesmes diversifié par signification ou partie d'oraison, est appelle des anciens Equivoque.

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