CHAPITRE VIII
Dès Diphthonges ( i ) usurpées au langage François, et de leurs usages.
Je ne voy plus rien qui te puisse garder de faire un carme François, el a ce vers fait entreprendred'en adjou-
5 ter un autre, si tu ne dis que tu ne says comment il faut faire Epigramme, ou Rondeau, ou autre poème, et pource que tu n'en feis jamais, tu n'entens point l'usage de la ryme, ne comment il la y faut observer. Et en.cest endroit je te priray d'attendre jusques au
10 second livre pour estre satisfait de ce que tu desires : Car je te montreray là toutes lés différences dés Poèmes l'une après l'autre, et l'usage de la ryme qu'il sera besoin y garder. Ce pendant je te vœil déclarer lés diphthonges (2) usurpées en notre langue fran-
15 çoise : l'usage désquéles a fait naistre controverse
1. etc. Diphthongues C 7. fais DEFG 13. Nous corrigeons je, faute évidente de VEd. ,:/.
(1) Nous indiquons ici, une fois pour toutes, l'échange continuel et très capricieux entre les formes diphthonge et diphtbongue sans relever dans le détail ces variantes, d'intérêt purement orthographique.
(2) Il ne faut pas s'étonner de voir Sebillet introduire ici un chapitre de Phonétique, qui nous semble aujourd'hui assez déplacé, l'étude des diphtongues ne devant figurer dans un Art Poétique que dans la mesure où elle intéresse le compte des syllabes. Mais notre auteur ne fait que suivre la tradition constante de ses prédécesseurs, depuis E. Deschamps (VII, 2731, qui étudie, au début de son Art de Didier, les « voveulz » et les consonnes, jusqu'à Gracien Du Pont, qui, à propos de la synalèphe, consacre un long et obscur passage (fos lxvii et sqq.) à l'étude des diphtongues. Il est juste d'ajouter que si les *Arts de 2e Rhétorique prennent souvent la peine de définir la lettre, la syllabe, le mot, l'étude particulière des diphtongues n'y est pas abor-
entre lés savans : et a semblé difficile a autres et a moy, comme je pense semblera aussy à toy. Premièrement donc, supposé que le François a emprunté quelcunes dés diphthonges du Grec (i), et quelques unes du Latin, advise aussy que il en ha de propres incongnues a l'un et a l'autre.
Françaises diphthonges empruntées du grec. — Les empruntées du Grec sont
ai,
oi,
ei,
ou.
Lesquéles il prononce tout ainsi que le Grec (2),