DE LA BALADE
quant au nombre dés vers : mais quant a la ryme, tu entends assez, sans mon avertissement, qu'a raison de l'analogie, lés vers de l'Envoy, en quelque nombre qu'ilz soient, doivent resembler en son, autant dés 5 derniers du couplet, qu'ilz sont en leur nombre : comme si l'épilogue ha cinq vers, ces cinq doivent estre unisones aus cinq derniers de chaque couplet précédent, et ainsi en plus grand nombre.
Refrain en la Balade. — Mais Sur tout faut que tu
10 avises au dernier vers du premier couplet, qu'on appelle. Refrain, pource qu'il se répète entier en la fin de chaque couplet, et de l'Envoy de mesme. Répète dy-je, non comme au Rondeau simple ou double, auquel la répétition du vers ou hémistiche est abon-
,5 dante, c'estadire qu'elle ne diminue point le nombre dés vers autrement requis au couplet, ains est supernumeraire. Mais en la Balade le refrain répété est conté pour un dés vers constituans le couplet, comme tu peus voir en ceste balade de Marot( i ) :
20 Quand Neptunus puissant dieu de la mer
Cessa d'armer Car raques et Gallées, Les Gallicans bien le deurent aimer.
Et réclamer ses grans undes salées:
Car il voulut en ces basses vallées Rendre la mer de la Gaule hautaine Calme et paisible ainsi qu'une fontaine. Et pour oster Matelos de souffrance.
Faire nager en ceste eau clere et saine Le beau Dauphin, tant désire en France.
tique de Marot, chez qui on ne rencontre pas pourtant l'envoi de sept vers avec le onzain, mais, une seule fois, avec le dizain (Ballade XIII).
(i) Marot, Œuvres. II, 68, Ballade VII : De la naissance de feu Monseigneur le Daulphin Françoys.
Nymphes dés bois pour son nom sublimer Et estimer, sur la mer sont allées :
Si furent lors, comme on peut présumer, 5 Sans escumer lés vagues ravallées :
Car lés forf vens heurent gorges halées, Et ne souffloient sinon a douce haléne. Dont Mariniers vogoient en la mer pleine. Sans creindre en rien dés orages l'outrance : 10 Bien prévoians la pais que leur amène
Le beau Dauphin, tant désiré en Erance.
Monstres ntarins veit on lors assommer,
Et consommer tempestes dev allées :
Si que les nef$ sans creinte d'abymer 15 Nageoient en mer a voiles av allées.
Les grans poissons faisoient sans et hulees,
Et lés petis d'une vois fort sereine
Doucettement aveques la Sereine
Chantoient au jour de sa noble naissance, 20 Bien soit venu en la mer souveraine
Le beau Dauphin, tant désiré en France
Prince marin, fuiant œuvre vilaine, Je te supply, garde que la Baleine Au Celerin plus ne face nuisance, 25 Afin qu'on aime en ceste mer mondaine
Le beau Dauphin, tant désiré en France.
Tu trouveras d'autres Balades a double refrain, l'un répété au mylieu du couplet, et l'autre a la fin : comme en la Balade de Marot a Frère Lubin(i) : et ceste 30 manière de refrain double, est autant rare que plaisante.
15. L'Edition A donne : halées, faute corrigée dans l'Erratum — halées BC alées D allées EFG
17. avec A (corrigé en avéques dans l'Erratum) — avecque B etc.
(1) Marot, Œuvres, II. 64, Ballade III. Cf. la ballade citée par Delaudun d'Aigaliers (L. II, ch. 5), mais qui n'a pas été reproduite 4ans l'édition Dedieu (p. 100).