‹ Artâ Vîrâf-Nâmak, ou Livre d'Ardâ VîrâfChapitre 10 sur 134 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

VOICI ce qu^il lui dicta : « La première nuit, vinrent au-devant de moi Séroche le saint et Atar IMzed ^, ils me tirent la révérence et dirent : « Sois le bienvenu. Arda Virâf. car lu as devancé le temps pour venir ici 2. — Je suis porteur d'un message, répondis-je. t> Alors le victorieux Sérôche le saint et Atar rized me prirent par la main. Le premier pas pour les bonnes pensées, le deuxième pas pour les bonnes paroles, le troisième pas pour les bonnes actions et j'atteignis ainsi au pont Tchinevad, qui protège beaucoup les âmes des justes, puissant, créé par Ormazd.

Quand je fus arrivé là, je vis les âmes des trépassés dont la mort ne remontait pas au-delà de trois jours. Durant les trois premières nuits après la mort chaque âme ae juste siégeait au chevet de son corps

et elle récitait ces mots des gâlhas : « Ouchtâ ahmâi yahmâi ouchtâkahmâitchid », c'est-à-dire : « Bonheur à celui dont le bonheur fait celui de qui que ce soit » Et dans ces trois nuits, l'âme ressentait autant de bonheur, de paix et de bien-être qu'il lui avait été donné d'en goûter pendant son séjour sur la terre, et autant qu'a pu en goûter un homme qui durant toute sa vie a vécu dans Taisance la plus complète, la joie la plus grande et le bonheur le plus parfait.

A la troisième aurore, Pâme du saint ^ se mouvait dans les parfums délicieux des plantes; et ces parfums lui semblaient plus suaves que les parfums les plus délicieux qui chez les vivants lui eussent frappé l'odorat; et cet air parfumé arrivait de la direction du midi, du côté de Dieu.

Sa propre Loi et ses propres œuvres lui apparurent sous la forme d'une jeune fille, belle à voir, à la taille svelte et haute, aux seins proéminents et fermes ^, longs et ravissant Tàme, et dont le corps était si éclatant de perfection que c'était la chose du monde la plus agréable à voir et la plus désirable à contempler. L'âme du saint demanda à celte jeune fille : « Qui es-tu.

et quelle personne es- tu, toi, dont je n'ai jamais vu dans le monde des vivants l'égale en beauté et eii grâce ^? » Elle qui n'était autre que sa propre religion et ses

propres œuvres, lui répondit : « Je suis tes œuvres, jeune homme aux bonnes pensées, aux bonnes paroles, aux bonnes actions, à la bonne Loi. C'est grâce à ta volonté et à tes œuvres que je suis aussi grande, aussi bonne, aussi parfumée, aussi victorieuse, aussi prospère qu'il te paraît. Car toi sur la terre tu as chanté les gathas, tu as sacrifié à l'eau bonne, tu as préservé le feu de la souil^ lure, tu t'es rendu propice Thomme pur, qu'il vînt de loin, qu'il vînt de près.

Quoique je fusse déjà prospère, je suis devenue, grâce à toi, plus prospère; quoique je fusse bonne, tu m'as rendue meilleure encore; quoique je fusse méritante, tu m'as rendue plus digne; quoique je fusse assise au lieu des illustres, tu m'as fait asseoir avec plus d'éclat encore; quoique je fusse exaltée, je suis devenue par toi plus exaltée; et cela grâce à ces bonnes pensées, bonnes paroles et bonnes actions que tu as accomplies. Cesl à moi après toi que les hommes justes offriront le sacrifice pendant la longue période d'accomplissement du sacrifice en l'honneur d'Ormazd et d'entretien avec lui ^.

Que paix s'en suive ! »

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