CHAPITRE XVII
JE revins encore au pont Tchinevad ^ J'y vis Tâme du damné, souffrir dans ces trois premières nuits ^ plus de maux et de niisères que jamais elle n'en avait éprouvé dans le monde physique 3.
Je demandai au saint Sérôche et à l'Ized Aiar : « A cjui est cette âme? »
Le saint Sérôche et l'Ized Atar me dirent : a C'est l'âme d'un damné 4 qui çrre près de la tête et dit ces paroles des cantiques : • O Créateur Ormazd, vers quelle terre irai- je me réfugier et qui prendrai-je pour me protéger ^? » Cette seule nuit-là elle endure autant de maux et de misères qu'a pu en endurer sur Ja terre un homme qui a vécu toute sa vie dans les maux et les misères. »
Alors un vent froid, fétide, alla à sa rencontre qui lui parut venir du côté du nord, de la région des démons ^, un vent
le plus infect de tous ceux qu'elle eût vus sur la terre.
Dans ce vent elle vit sa propre loi et ses propres actions, sous l'apparence d'une femme de mauvaise vie ^, sale,
[nourrie, furieuse, les genoux en avant, 'anus en arrière s, pécheresse endurcie, animal malfaisant, le plus impur et le plus nauséabond.
Alor^ Tâme du pervers dit : c Toi, qui est-tu ? car jamais, parmi les créatures d'Ormazd et d*Ahriman, je n'ai vu rien de plus repoussant, de plus infect, ni de plus fétide que toi. »
Elle lui répondit : «r Moi, je suis tes mauvaises œuvres, ô jeune homme aux mauvaises pensées, aux mauvaises paroles, aux mauvaises actions, à la mauvaise loi. Cest pour tes passions et ta conduite que je suis aussi hideuse, mauvaise, pécheresse , souffrante, pourrie, nauséabonde, déshéritée de fa victoire et en proie à la haine, que je te parais. Tandis que tu voyais quelqu'un accomplir le sacrifice, consacrer les pains, réciter les louanges , la prière et l'adoration des Izeds, préserver de l'impureté et protéger Teau, le feu, les troupeaux, les plantes et toutes les autres bonnes créatures, toi, tu as accompli le désir d'Ahriman et des démons, et commis des actions coupables, et tandis que tu voyais des gens faire des dons et des aumônes avec convenance, en
faveur des bons et des dignes ^, tant de ceux venus du lointain, que de ceux venus du voisinage, et leur donner Phospitalité ^ et leur faire la charité, toi tu as agi envers eux avec avarice et tu leur as fermé ta porte; et alors que j'étais méprisable ^S tu m'as rendue plus méprisable encore; quoique j'inspirasse Thorreur, tu mas rendue plus horrible; quoique je fusse plaintive ^^ tu m'as fait plus plaintive encore; quoique je fusse assise au nord, tu m'as fait asseoir dans une contrée plus au nord ^3, et cela par ces mauvaises pensées, par ces mauvaises paroles, par ces mauvaises actions que tu as commises. Cest à moi, après toi, que les damnés adresseront leurs malédictions pendant la longue période de perpétration du culte d'Ahriman et d'entretien coupable avec lui **. »
Alors d'un premier pas, Tâmedu damné atteignit le lieu de la mauvaise pensée, d'un deuxième, celui de la mauvaise f)arole, d^un troisième, celui de la mauvaise action, et au quatrième pas elle se rua en Enfer l^