VUI
petit nombre d'érudits. Il ne trouve^ même de nos jours, dans les fidèles de la Bonne Loi, que des lecteurs convaincus et croyants. Naguère encore on en faisait dans les occasions solennelles des lectures au peuple assemblé : la description des supplices de V enfer frappait de terreur les âmes qui se savaient coupables, et les larmes arrachées aux pécheresses témoignaient de l effet puissant des mena* ces d'un autre monde. Les versions persanes et surtout les versions gu^eraties qu'on pourrait appeler des éditions populaires de VA Vpehlevi^ avaient encore des mérites littéraires que l'original ne pouvait connaître au temps des Sassanides ; profusion des détails, amplification des descriptions, rajeunissement de la forme et du sujet, c*est-à dire adaptation de V ouvrage ancien à des idées plus familières au parsisme moderne dont le goût s'^était éveillé avec la poésie nationale iranienne plus connue et mieux comprise par les Guèbres de VHindoustan que par les Persans musulmans. Le livre d' Arda Vtrâf ainsi popularisé ne pouvait plus donner aux Orientalistes une idée scientifi-
quement exacte de l'original^ du texte pehlevi qui seul ait une véritable valeur au triple point de vue religieux, historique et philologique.
S'il est vrai qu'on ne puisse reconnaître à l'œuvre primitive de mérite littéraire^ on ne pourra cependant lui dénier le mérite de l'originalité. Car dans toute la littérature pehlevie, c'est le seul ouvrage de ce genre, et tout médiocre que soit V agrément de sa lecture il tranche encore avantageusement sur les débris de cette littérature sassanide si sèche de sève poétique y si pauvre d* imagination et si maussade d'humeur; il contraste même souvent avec la gravité et la modestie chaste du style de cette époque par le burlesque de certaines descriptions, V immodeste crudité de quelques expressions et la trop grande vivacité de plusieurs tableaux; mais que le lecteur dont la pruderie veut être rassurée se rappelle que ce sont là des scènes d'un autre monde.
Voici le sujet du livre :
La Loi que Zoroastre avait reçue d'Orma\d, et qu'il avait fait embrasser au monde, resta pendant trois siècles dans
sa pureté première. Mais au bout de ce temps, Ahriman suscita Alexandre le Grec contre l'Iran : cet envoyé du démon fit périr les satrapes, ruina Persépolis et brûla le Zend-Avesta qui était conservé dans les archives de laxapitale. L'anarchie la plus complète dans l'ordre politique et religieux s'en suivit. Cet état de choses durajusqu^à ce quAdarbad Mahrespend vint prouver, en laissant couler de l'airain fondu sur sa poitrine sans en souffrir, que sa loi était bien la Loi même de Zoroastre, et mettre ainsi fin aux hérésies.
Plus tard, à une époque que notre texte ne dit pas, mais probablement de peu postérieure au iV siècle^ des destours se réunirent dans le Temple du Feu Farn- '
bag, — dans quelle contrée, le texte est également muet sur ce points — pour I
aviser aux moyens de savoir si la Loi \
telle qu'ils l'observaient était bien celle de Zoroastre. Les destours ayant décidé d'un commun accord d'envoyer dans Vau- j
tre monde un messager avec la mission j
d'apprendre des habitants du ciel la vé- '
rite sur cette question, appelèrent alors ï
dans le temple tous les fidèleSy pour procéder^ par voie d'élimination, au choix de leur envoyé; enfin ils désignèrent un homme recommandable par sa sainteté, Viraf, choix que d'ailleurs vint confirmer le tirage au sort par les flèches. Chapitre I.
Virafy s' étant acquitté de divers devoirs religieux, prit un narcotique et s* endormit sur une couche qui lui avait été préparée dans le temple. Pendant les sept jours et les sept nuits que dura sa mission dans Vautre monde^ il fut veillé par les fidèles et les destours qui ne cessèrent d'^accomplir tous les rites du culte. Ch. IL
Cependant l'dme de Vira/ revint de son voyage ultramondain et rentra au bout de ces sept jours et sept nuits dans le corps quelle avait quitté.^ et Vira/ se réveilla. Il fit venir un écrivain et lui ordonna d'écrire sous sa dictée. Ch. III ,
Les chapitres IV -CI contiennent la relation du voyage de Viraf. Guidé au sortir de ce monde par Séroche, protecteur des dmes des justes trépassés et par ri:{ed Atar, la divinisation du feu, il arriva au pont Tcbinevad : il y vit les âmes des justes dont la mort ne remontait pas à
— xu —
plus de trois jours : durant les trois premières nuits qui suivent la mort, elles jouissent de la vue d'une belle jeune fille, image de leur vertu et de leur piété, Cli. IV.
Au ch. V, Viraf, assisté des I^eds, passe le pont^ et ses deux guides lui promettent de lui montrer les joies du paradis et les douleurs de l'enfer.
Le premier lieu qu'il visite est le Hamestakan, correspondant quelque peu au Purgatoire, ch. VI. Puis il/ait trois pas :
au premier pas il arrive au Houmat, lieu des bonnes pensées et sphère des étoiles ch. VII, au deuxième au Houkhte, lieu des bonnes paroles et sphère de la lune ch. VIII^ au troisième au Houvarchte, lieu des bonnes actions et sphère du soleil ch. IXy il fait un quatrième pas et arrive au Garotman, à la demeure des Bienheureux nia^déens ch. X, chacun de ces quatre étages du paradis correspondant à un degré de vertu. Au ch. XI il est conduit par Vohouman ou Bahman devant Orma:{d^les Amchaspands, les férouhers de Z oroastre, de Vichtaspe, deDjamaspe.
Orma\d ordonne aux deux guides de Virafde lui faire parcourir le ciel et l'enfer.
// visite le Garotman, cA. XII-XV, dans toutes ses parties. Puis il arrive au fleuve des larmes ch. XVI.
Il revient au pont Tchinevad : iljr voit errer Vâme du méchant, devant laquelle se dresse V image repoussante de son impiété et de ses vices. En trois pas cette âme damnée traverse les trois étages myi?r/2^i^jc, /^ Douchmat,/(? Douchhoukhic et le Douchvarchte, correspondant respectivement aux mauvaises pensées, parôles, actions, et du quatrième pas est précipité» en enfer ch. XVIL
Description de l'enfer ch. XVIII.
Enumération des diverses sortes de pé^ chés et description des châtiments correspondants ch. XIX-XCIX : enumération sans graduation marquée et sans ordre apparent.
Au ch. C, Vira/ voit Ahriman au fond de V enfer, flagellant les damnés de ses amer es railleries.
Au ch. CI et dernier, il est reconduit devant Orma:[d qui l'exhorte au bien, puis lui recommande d'apprendre à ses mandants qu'il ny a de voie que la voie de la Pureté, et que la fidélité à la Loi de
Zoroastre et la récitation de /'Achem Vohou sont les seuls moyens d'assurer à l'homme la résurrection et la vie éternelle.
Alors Viraf reconduit par Séroche retourne sur la terre.
A QUELLE ÉPOQUE VIVAIT ArDA ViRAF ET QUELLE EST LA DATE DE LA COMPOSITION DU LIVRE?
Notre texte pehlevi, ch, /, présente Adarbad Mahrespend comme ayant subi l'ordalie avant que Viraf eût accompli son voyage céleste. Or, comme Adarbad vivait au temps de Chapour II (Sog- 3yg de notre ère) (voir note 8 du ch, /;, // s* ensuit que Viraf n'a pas été antérieur à la fin du iv« siècle de l'ère chrétienne :
c'est à quoi se bornent nos informations positives \
I. D*après riniroduction placée en tête d'une version pazende et sanscrite, Arda Viraf serait contemporain du roi Gouchtaspe et rassemblée des destours dans le temple aurait eu lieu dès après la mort de Zoroastre, chose fon invraisemblable. — Une version persane le fait vivre
D'autre part, nous appuyant sur la vraisemblance, nous ne pouvons faire vi' vre notre visionnaire au-delà de 65i, année de la mort du dernier Sassanide.
En effets si Arda Vira/ eut été contemporain de la domination arabe, comment Vauteur du livre de l'A V qui, à son dé* but, expose que les raisons pour lesquelles les prêtres convoquèrent le peuple des fidèles de la Bonne Loi à une sorte de synode, et ensuite chargèrent d'un message pour les Amchaspands V homme le plus saint de leur communauté, furent Vanarchie politique et religieuse que la lointaine conquête d* Alexandrie avait entraînée sur riran, eût-il passé sous silence un fait aussi récent et aussi contemporain pour lui que la conquête arabe avec ses conséquences les plus funestes, telles que la ruine de la dynastie nationale, les conversions forcées des Guèbres à la religion
à répoque ou Ardéchir Babagan fit tous ses efforts pour restaurer la Loi de Zoroastre, ei cela dans une exposition qui n^est pas dénuée de vraisemblance ; mais Tauihenticité de cette préface est sérieusement infirmée par le fait qu'aucun texte peblevi ne la donne.
du vainqueur^ les persécutions qui pous* sèrent un grand nombre d'entre eux à /V« migration? Comment eût-il pu passer sous silence un événement dont les effets n étaient pas moins désastreux pour l'Iran que le premier, bien plus une catastrophe non seulement aussi grave^ mais même incomparablement plus présente à sa mémoire que le fléau de Vinvasion grecque? Ensuite un fait aussi saillant que celui d'une assemblée du peuple resté fidèle à la religion persécutée eût-il été toléré par les gouverneurs musulmans?
Cest donCf selon toute vraisemblance, avant la chute de la dynastie des Sassanides qu'a vécu Viraf, En résumé^ il dut vivre entre la fin du iv® et le milieu du vii« siècles de l'ère chrétienne.
Quant à la date de la composition de VA V, elle est sans aucun doute postérieure au héros du livre. Elle n'est pas antérieure au milieu du ix* siècle, puisque cet ouvrage fait allusion au DK, dont le premier éditeur, Atar-Farnbag,fils de Farroukh:[ât (cf. dernier chap. du IIP livre du Dinkart)^ est du milieu du w*" siècle fcf. Guj. Ab , introd., p. i et 2). On
objectera peut-être à cette conclusion que si VAda Vira/ a été composé au plus tôt au IX'* siècle, c^est-à-dire en pleine époque musulmane^ il est étrange quon n'y lise aucune allusion à Vislamisme et aux Arabes. La réponse la plus naturelle est quil faut trouver l'explication de ce silence dans le /ait que le sujet traité dans VA V étant antérieur à la cofiquête arabe ; toute allusion aux conquérants ne pouvait être quun anachronisme, — Enfin le plus ancien ms. de l'A Vêtant du commence^ ment du xiv* siècle, nous fixerons cette époque comme Vextrême date de modernité.
Conclusion : i*" Arda Viraf a vécu entre la fin du w^ siècle et le milieu du vii«.
20 L'Arda Viraf Nameh a été composé entre le milieu du ix* siècle et le commencement du XIV*.
Ses ouigines kt ses sources.
Si nous comparons l'A V aux ouvrages actuellement existants de la littérature ma\déenne^ il nous apparaît comme une
œuvre à part, isolée et sans précédents .
Non point que les visions n'aient pas été à la mode avant et sous les Sassanides^ mais le seul récit iranien d'une descente aux enfers que nous puissions citer est VA V. La vision a pu exister avant VA V, il est admissible qu'ail y ait eu des vision-naires en Perse avant Viraf, mais jamais, que nous sachions^ elle n'est entrée comme genre dans la littérature ma\déenne avant la description que Viraf fait de son voyage dans Vautre monde. L auteur inconnu de la vision pehlevie, pour quelques détails, a certainement puisé dans leZend-Avesta, \end et pehlevi; pour Vensemble, nous ne trouvons nulle part un modèle qu il ait pu imiter : c'est bien^pour nous du moins^ un ouvrage original de plan et déforme.
Voyons quelles données VAvesta a pu fournir au narrateur. Ce travail de comparaison deviendra bien plus aisé si on divise la question en deux. Dans la descente d'Arda Viraf aux enfers, ily a une vision et une description du sort réservé à Vume dans Vautre monde jusqu'à la Résurrection exclusivement.
Examinons la première partie de la
question : quelles sont les sources de VA V en tant que vision? VAvesta ne parle point de visions, à moins que Von ne veuille désigner de ce nom les entretiens de Zo* roastre avec Orma^d ; seulement le Khorda-Avesta mentionne les vertus du narcotique : la femme de Z or o astre, Hvogvi, demande à son mari de lui don»
ner de son « bon narcotique > vohu banghem, afin qu'elle puisse penser, parler, agir conformément à la Loi (Dîn Yt, i5j.
Or le narcotique est la cause de ta vision, celle-ci ne va pas sans celui là ; si VAvesta mentionne le premier^ il est permis de croire que la seconde devait se trouver dans ce qui ne nous est pas parvenu des livres sacrés de Zoroastre,
Le narcotique et la vision sont inséparables y comme on le voit par le ch. II de VA V et les deux passages suivants.
Dans le BYt, p. 2, lig. 12 à p. 3, lig. 2 1 . Zoroastre ayant demandé à Orma\d V immortalité, Orma:{d lui refuse ce don qu'il ne pourrait lui accorder sans compromettre la Résurrection; mais pour le consoler de ce refus, il lui verse dans la main quelques gouttes de Veau
d'omniscience : Zoroastre boit et se sent aussitôt pénétré de la sagesse divine. Il a une vision qui dure comme celle de Viraf, sept jours et sept nuits, et il s'écrie à son réveil : « J'ai dormi long* temps, et je ne suis pas rassasié de ce songe délicieux, don d'Orma^d. » // décrit ensuite sa vision à Orma^d en termes qui rappellent asse\ la façon dont Viraf raconte la sienne.
Dans le Zertoucht Nameh, Gouchtaspe avait dans un des quatre vœux dont il exigeait la réalisation comme condition de son adhésion à la loi ma^déenne^ exprimé le désir de voir la place quHl occuperait dans Vautre monde» Zoroastre consacra une coupe de vin, de lait et et de fruits, et présenta la coupe au roi; Gouchtaspe but et tomba dans unprofond sommeil qui dura trois jours. Il vit le ciel et la place qui lui était destinée au paradis, ainsi que diverses choses dont il éprouva beaucoup de plaisir.
Si nous ne trouvons plus rien dans VAvesta même, la littérature pehlevie la plus ancienne nous dédommage un peu.
Le DK IV question i63 note et surtout
les deux passages du même ouvrage traduits dans le Commentaire du ch, 7, note <y, contiennent une théorie sur le but de la vision. Le don de voir le monde céleste des récompenses et le monde infernal des châtiments est une faculté surnaturelle qu'accordent les Amchaspands à certains prêtres éminents quils choisissent pour remplir auprès des hommes une mission apostolique, pour leur rapporter ce qu'ils ont appris du monde invisible, et en leur transmettant la science recueillie à sa source pure et divine, les éclairer sur la vraie foi, les arracher à leurs hérésies et les ramener à la bonne Loi d'Orma\d, Les miracles accomplis par Zoroastre au début de sa mission prophétique, V ordalie subie victorieusement par Aderbad Mah^ respend n'avaient pas eu d'autre but que de prouver la vérité de la Bonne Loi.
Mais ces divers miracles ne doivent pas être confondus avec la vision. Et avant Virafy Zoroastre^ comme le raconte le passage ci-dessus du BYt, avait eu sa vision.
Passons au second côté de la question.
Nous avons vu que l'Avesta, du moins tel
— xxri —
qu'il nous est parvenu, ne dit rien de la vision et presque rien du narcotique. Il nest pas beaucoup plus précis ni plus explicite sur le sort de l'dme après la mort, les récompenses des justes , les peines des méchants et la description de Vautre monde. Ce quil dit se réduit à quelques indications. Voy. Yasna XLV, II et Vd F, 4(^4)'
La mort est la séparation du corps et de la conscience psychologique (baodhangh)^ Vd VIII, 252, autrement dit de l'âme.
Lame après avoir erré autour du ca^ davre pendant trois jours et trois nuits, rencontre Vimage de sa vie et arrive au pont Tchinevad : rame du méchant après avoir vu le spectre repoussant de sa vie coupable, est traînée au pont par le démon Vi^areca, qui de là la précipite en enfer; par contre, Vâme du juste passe le pont et est transportée par delà VHarabere:{aiti : « Elle va vers le trône d'or « d'Orma\d^ des Amchaspands, vers le ^paradis, demeure d'Orma\d, demeure « des Amchaspands, demeure des autres « êtres purs, » Vd. XIX^ vers la fin.
L'âme de l'homme pur va tout d'abord au lieu de la bonne pensée, puis à celui de la bonne parole, puis à celui de la bonne action, puis à celui des lumières sans commencement — Udme du méchant va dans le lieu de la mauvaise pensée, puis dans celui de la mauvaise parole, dans celui de la mauvaise action et enfin dans les ténèbres qui n'ont pas de commencement. Cf. Yacht XXII.
Le paradis est « le monde excellent des purs, lumineux, qui procure tout bien être; » le plus haut du paradis est le Garonman ou Garotman, « la demeure d*Orma\d et des Amchaspands ». Vd.
XIX, 120-121. C'est dans le Garonman qu'on chante des cantiques à la louange d'Orma^d. — Par analogie, V enfer est le monde le plus mauvais et le qua^ trième étage de l'enjer, le séjour des ténèbres éternelles et infinies, est le lieu d*Ahriman
Quant au Hamestagan, bien qu'il ne soit paj mentionné en toutes lettres dans l'Avesta, VAvesta y contient pourtant une allusion très claire, dans un des pas sages les plus anciens; le Yasna, XXX, i .
distingue entre les bons, les méchants et ceux en qui le bien et le mal sont égaux ' .
Pour les péchés, le Vd en fournissait la description et Vénumération ; mais la pénalité établie par le Vd n étant pas asse^ sévère pour Venfer^ napu être reproduite par VA V. Voici tout ce que dit le seul passage de VAvçsta qui contienne une allusion aux supplices de Venfer, Yasna, XXX, 2 o ; « Celulqui essaye de tromper le Pur, à celui-là, après la mort, pleurs, long séjour dans les ténèbres de l'enfer, nourriture déplaisante et paroles d'insulte, »
Pour suppléer à l'insuffisance des textes anciens , l'auteur pehlevi aurait pu tirer de la pénalité usitée en Perse de son temps des descriptions complémentai • res sur Vart de torturer son semblable, art qu'ont possédé les Iraniens de tous les âges à un rare degré de raffinement.
I. Yèhydcd hdm yasaité mithahyâ yacâ hôi à ere\vâ. Le commentaire pehlvi reconnaît bien les hamâstânik (lire haméstakdnik). Le Vendidad pehlevi p. gS, 1. i6, disant que quand le mal et le bien sont égaux, on va dans VHaméstakdn^ cite à Tappui ce vers du Yasna. (Cf. Roth, Zeilschrift der D, M G. i883; 223-229).
Notre auteur ne l'a fait qu'incomplète'^ ment et il n'a pas su tirer grand parti d'une ressource aussi facile et aussi abondante, car il ne sort pas d*une certaine quantité de supplices, comme s'il en avait coulé quelque chose à sa sèche imagina-tion d'apporter quelque variété à ses descriptions.
Quant aux récompenses des justes de VA V., elles sont peu variées et consistent en vêtements somptueux, divans couverts de riches étoffes^ en éclat et splendeur, en joie sans bornes.
Enfin si cette œuvre nous parait originale, elle le doit non à sa propre valeur, mais au hasard des temps qui, en faisant périr les autres du même genre, ne nous a conservé que celle-là.
Les descentes aux enfers.
Ici sont analysées quelques-unes des visions qui ont des airs de ressemblance
avec le voyage d'A V, sans qu'il y ait lieu de penser à un degré de parenté entre celui-ci et celles-là.
L antiquité hébraïque est fort peu explicite sur les ravissements d*Élie^ de i/^'nocet d'É\échieL
L'Ascension du prophète IsB^itest déjà postérieure à l'apparition du Christian nisme^ encore est elle mise sous la forme éthiopienne, que lui a donnée l'Église d'Abyssinie. La version éthiopienne a été publiée avec une double traduction (latine et anglaise)^ sous le titre : 'Ergata'Isâyeyâs nabîye Ascensîo Isaiœ vatis, opuscu*.
lum pseudepigraphum, multis abhinc seculis, ut videtur, deperditum, nunc autem apud iEthiopas compertum, et cum versione latina anglicanaque public! juris factum a Ricardo Laurence, LL. jD. etc., Oxonii i8ig ^
Mais comme l'a fort bien montré Haug
I. Il en a paru une édition beaucoup plus moderne sous le titre : Ascensio Isaice^ œthiopice et latine cum prolegomenis, adnotationibus cri^ ticis et exegeticis, additis version um latinarum reliquiiSf édita ab Augusto Dillmann, Lipsiœ, 1877, in-80.
— xxvn —
(Sitzungsberichte der bayerischen Akademie der Wissenschaften. 1870. /, 3^ pag, 327-364), rien ne justifie les tentatives faites pour montrer que les visions de l Arda Vira/ dérivent de celles conte^ nues dans V Ascension du prophète Isaïe, car elles n'ont entre elles aucune relation historique. Le seul trait commun est le fait que Isaïe et Arda Viraf en parcourant le ciel, voient que les diverses régions sont éclairées d'une lumière de plus en plus éclatante, et qu'il y a des trônes, des couronnes et des vêtements splendides des* tinés aux âmes des justes.
L'histoire du rabbin Josué ben Lévi, qui appartient à 1/ ancienne littérature juive "ïlS ]2 V^M'^ ^ni n^rvn (voir A, Jellinek, Bet-Hamidrash II, page xviu-xxi, et pag. 48-53), voyage que fit ce rabbin (au m® siècle de notre ère) au ciel et en enfer, ria aucun trait qui puisse autoriser à rattacher notre livre pehlevi au livre juif Passons à V antiquité classique.
Le premier auteur qui mentionne une vision, est Hérodote, livre IV,\% i3 et 14. La vision d'Aristée de Proconnèse se réduit d'ailleurs àfort peu de chose. Celui"
— XXVIFI —
ciy au dire du père de Vhistoire, raconte dans un poème épique que, possédé de Phébus^ il arriva dans le pays des Issédons, peuple voisin des A rimaspeSy qui n'avaient qu'un œil, et des Griffons qui gardaient des mines d'or (§i3J. Au%i4, Hérodote assure avoir ouï dire y à Proconnèse et à Cy:{ique, qu'Aristée étant mort dans la première de ces deux villes, sa famille se mit en devoir de lui faire des funérailles ; mais que quand on pénétra dans la chambre mortuaire, on ne trouva plus trace du poète défunt. Sept ans après, Aristéere^ parut à Proconnèse et y composa son poème des Arimaspées, après quoi il disparut à tout jamais. Tel est le récit d'Hé^ rodote ; ce quil ne dit pas, mais qui ressort de la comparaison de ces deux passages, cest que ce fut pendant sa pre^ mière disparition qu'Aristéefit ce voyage che\ les Issédons, et que ce fut pour ra* conter son voyage, c'est-à-dire sa vision, qu'il composa son poème.
La vision d*Er V Arménien que Platon rapporte dans sa République, a bien quel* que chose d'oriental et ressemble davantage à la descente aux enfers de notre Ira-
nien . Le soldat Er avait été tué dans une bataille. Dix jours après, comme on enlevait les morts à demi putréfiés, il fut retrouvé dans un état parfait de conservation. Il venait à peine d'être couché sur le bûcher funéraire qu'on le vit revivre : voici ce qu'il raconta. Son âme, s' étant séparée du corps y avait été transportée en grande compagnie dans un lieu merveilleux, où le ciel et la terre étaient percés de deux ouvertures correspondantes. Entre ces deux régions siégeaient des juges; après l'arrêt, les bons allaient à droite avec un écriteau sur la poitrine^ et les méchants à gauche avec un écriteau sur le dos. Le tour d'Er vint enfin; mais au lieu de pro* noncer sur son sort, les juges lui ordonnèrent de retourner dans le monde, et de dire aux hommes ce qu'il avait vu. Et voici le spectacle qu'il avait sous les yeux : par les ouvertures qu'il avait d'abord remarquées^ des âmes montaient et descendaient sans cesse, les premières sans tache, les autres souillées de fange.
Plus loin, dans une vaste prairie, arrivaient deux bandes d'âmes diverses qui semblaient venir d'un long voyage. Les
unes^ sortant de l'abîme, racontaient les tristes aventures d'un exil souterrain qui s'était prolongé pendant mille ans; le^ autres descendant du ciel, disaient les délices quelles avaient goûtées. Le mal ou le bien était payé au décuple à chaque âme vertueuse ou coupable. Aucun supplice n'est montré à Er, le seul nom qui lui soit révélé est celui du tyran de Pamphylie, patrie de ce soldat^ Ardiée, qui était tramé à travers les ronces, et que tourmentaient des personnages hideux au corps enflammé.
Clément d'Ahxandrie , Stromates , livre F, chap, xiv, attribue cette même vision à un fils de l'Arménien Er, nommé Z oroastre. « Ce Z oroastre, dit il, écrit sur lui-même ces mots : « Voilà ce qu'a « écrit Z oroastre, fils d'un Arménien, et « Pçunphylien d'origine ; étant mort sur « le champ de bataille, j'appris cela de la « bouche des dieux pendant mon séjour « aux enfers. » C'est de ce même Zoroastre que Platon raconte que , dix jours après sa mort, étant étendu sut le bûcher funèbre^ il revint à la vie* »
La vision de Thespésius que racontB
Ptutargue au i" siècle de notre ère, dans son traité Des délais de la justicedivine,*!
déjà une ressemblance plus sensible avec celle de Vir.df. L'histoire se passe autemps deVespasien Ce Thespésius, originairede Cilicie, s'était ruiné dans ta débauche, et il avait ensuite essayé derejairi: sa fortune par toutes sortes de dois, quand un jour il se tua dans une chute. Durant la cérémo nie des funérailles, il revint à la vie, et raconta qu'aussitôt après sa mort son âme avait été transportée à travers les astres jusqu'à un endroit oii se découvraient deux régions atmosphériques, l'une basse, l'autre élevée, dans lesquelles tourbillonnaient les âmes des morts. Chacune de ces âmfs arrivait jusque-là au milieu d'une bulle lumineuse qui se déchirait, et l'âme, paraissant alors sous ucie foime humaine, allait prendre son rang. Dans la région supérieure erraient doucement les âmes des justes; elles étaient transparentes, lumineuses, et gardaient leur couleur naturelle. Dans la région inférieure, au contraire, se heuriaieni en courant les âmes perverses ; elles étaient opaques; les unes étaient tachetées de
gris, les autres paraissaient d*un noir luisant comme des écailles de vipère. Les différentes couleurs correspondaient à différents vices : le rouge marquait la cruauté, le violet l'envie^ le bleu V impureté, le noir l'avarice. Celles qui se pU" rijiaient reprenaient peu à peu leur premier aspect. Au clignotement de ses yeux, à l'ombre que projetait son corps, Thespésius fut reconnu pour un vivant.
Puis y entraîné sur un rayon de lumière, il continua sa route jusqu'en un lieu où des âmes criminelles étaient punies, et étaient livrées à trois divinités vengeres^ ses. Après avoir traversé un espace infini, après avoir vu un gouffre mystérieux qui enivrait comme du vin, après avoir visité un cratère oîi venaient se déverser les eaux de six fleuves diversement colorés, Thespésius reconnut parmi les coupables le cadavre de son père couvert de piqûres. Il s enfuit terrifié, et s*aperçut qu'abandonné par son guide, il était maintenant conduit par d'affreux démons. Les damnés subissaient des supplices divers : ici c'étaient des hommes écorchés et exposés aux variations de l'atmosphère; là deux
ou trois ï entrelaçaient et s'entredéchiraient. Puis il vit trois vastes étangs, l'un d'or fondu^ Vautre de plomb liquide et Jroidf le troisième de fer aigre, dans lesquels les diables plongeaient les âmes des avares dans l'étang d'or bouillant et les éteignaient dans les deux autres.
Thespésius vit avec terreur des fils irrités, qui damnés par la faute de leurs pères, se vengaient sur eux en les déchirant. Plus loin il vit l'atelier où s'opérait la métempsycose de quelques âmes. Enfin^ il quitta l'enfer, poussé par un courant d'air impétueux, il rentra dans son corps, se réveilla et revint à la vertu.
Presque dès les origines de la poésie grecque^ les descentes aux enfers étaient devenues un lieu commun des épopées :
Thésée y allait par vengeance^ Pollux par amitié, Orphée par amour. Ces descentes se multiplièrent avec les progrés du scepticisme dans r empire romain.
Aussi la bonne foi de Plutarque est-elle une exception. Lucrèce, Sénèque le poète, Juvénal, Lucien^ ne parlent plus du monde souterrain qu'en raillant.
Voilà ce que nous montre ïantiquité
païenne; mais avec le christianisme commence une ère féconde en visionnaires qui se prolonge au-delà même du moyen âge.
Ouvrons la série par la simple mention de la Descente du Sauveur aux enfers sur laquelle lés livres saints ne contiennent pas de détails : Dante y fait brièvement allusion au 12^ chant de son Enfer.
Les premières visions chrétiennes^ c^està dire celles de saint Carpe^ saint Sature, sainte Perpétue^ les deux dernières rapportées par saint Augustin, celle de sainte Christine^ également du nV' siècle (Bollixnd.),sont d'une trop grande simplicité pour se prêter à une comparaison avec VArda Viraf.
A peu près à la même époque que saint Augustin^ vers le v« siècle, l'auteur inconnu de l'Evangile de saint Nicodème décrit (deuxième partie, ch.xwnàch xxvnj une Descente du Christ aux enfers :
Dans une assemblée de prêtres et de lévites, trois rabbins annoncent qu'ils ont rencontré sur leur chemin deux hommes, Carinus et Leucius, morts depuis long temps, et que leur ayant demandé :
« Comment se fait-il que vous existie:{ en
chair et en os^ vous qui êtes morts il y a bien longtemps ? » ils reçurent cette ré~ ponse : t Le Christ nous a ressuscites, puis nous a ordonné de parcourir les montagnes et les rives du Jourdain, en nous recommandant de n'apparaître et de ne parler qu'aux personnes qu'il voudrait, »
Rassemblée juive demeure incrédule, elle envoie Nicodème, Joseph et les trois rabbins à la recherche des deux revenants.
Ceux-ci se présentent bientôt à l'assemblée des Juifs. On les presse de questions. Ils répondent par signes qu*ils désirent avoir du papier et de V encre et ils font par écrit le récit de ce qu'ils ont vu après leur mort. Ils racontent que tandis qu'ils étaient plongés dans les ténèbres de la mort^ une grande lumière les illumina, et la voix tonnante du Fils de Dieu vint annoncer que le Christ, le Seigneur, le roi de gloire, allait faire son entrée dans Vem^ pire des morts et de Satan. Le Plut on chrétien effrayé songea à repousser son divin ennemi. Mais Adam lui cria :
a Prince de la mort, quoi, tu trembles d* effroi! Voici venir le Seigneur qui dé" truira ta création entière et te reléguera
dans une captivité éternelle, » A ces mots les saints accoururent enfouie se grouper • autour du père du genre humain. Alors Adam s'entretint avec son fils Seth de la prédiction que V archange Michel avait faite à celui-ci de la venue du Christ, Isaïe, saint Jean-Baptiste^ David, les patriarches et les prophètes rappelèrent tour à tour les prophéties annonçant cet heu^ reux événement. Puis le chœur des saints chanta « Alléluia, béni Celui qui vient au nom du Seigneur! » Satan voulut fuir, mais Venfer le retint prisonnier, La voix du fils du Très- Haut retentit puissante :
« Eleve:{ vos portes les plus hautes; éleve:(' vous, portes éternelles, le roi de gloire va entrer, » L'enfer trembla, les portes en furent brisées et le Christ apparût éblouis^ sant de lumière et grand d'humilité. Foulant aux pieds le génie du mal, Satan, il le condamna au feu perpétuel; se tournant vers Adam, il lui annonça la paix pour lui et ses fils, les hommes, à travers les siècles des siècles; le père et la mère du genre humain se jetèrent aux genoux du Sauveur, et le chœur des saints chanta Alléluia. J^f la croix resta au milieu de Ven^
fer comme le signe de la victoire du Rédempteur. (( Puis nous sortîmes avec le Seigneur, ajoutèrent dans leur relation écrite les deux ressuscites, laissant Satan et l'enfer plongés dans le Tartare. Il nous fut ordonné, à nous et à bien d'autres, de ressusciter avec nos corps pour témoigner aux vivants de la résurrection de Notre^ Seigneur Jésus^Christ et de ce qui s était passé dans les Enfers. . . » Quand ils eurent terminé ce récit, et qu'il en eut été fait une lecture publique, toute l'assemblée tomba prosternée la face contre terre.
Vers le vi* siècle la vision apparaît comme un genre persistant. Dans les Dialogues de saint Grégoire le Grand (liv. IV, ch. xxxvi^, un soldat qui meurt revient à la vie, et raconte ce qu'il a vu :
une vaste plaine où sont d'un côté les mé^ chants entassés dans des cabanes fétides, et de Vautre les bons^ dans des palais lumineux; au milieu, un fleuve bouillant, traversé par un pont de plus en plus étroit, d'où tombent ceux qui le veulent franchir sans être puri^és. Au 23 oct. des Vitae sanctorum de Surius, le voyage au ciel .
de trois moines qui découvrent à leur re-
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tour saint Macaire priant dans une ca* verne, et dans Grégoire de Tours (Hist.
Franc , Vil, i) la vision de Sauve, ne présentent rien de saillant.
Un historien ecclésiastique de la fin du vi« siècle et de la première moitié du viï% Théophylacte Simocatta, raconte^ au livre V de son Histoire de Tempereur Maurice, les extases et le martyre d'une Persane qui se convertit au christianisme.
Du temps de Chosroès 11^ vivait à Hier apôle une femme nommée Golandouque, née à Babylone d'une famille de Mages, et mariée à un noble Perse. Un jour elle eut une défaillance suivie d'une extase. Rêve»
nue à elle, elle raconta qu'elle avait vu sous terre les supplices terrifiants réservés aux coupables et les récompenses giorieuses qui attendent ceux qui adorent le Dieu des chrétiens. Son mari traita d'abord cette vision de fable ridicule et ne s'en préoccupa pas autrement ; mais quand il la vitfermement résolue à se faire chrétienne, il employa tous les moyens pour la faire renoncer à cette apostasie Cefutenvain.
Elle eut une* autre vision. Un ange lui apparut, tout vêtu de lumière, qui lui
montra le spectacle quelle avait vu la première fois et déplus lui prédit la mort prochaine de son mari, La prédiction ne tarda pas à s^accomplir. Golàndouque se rendit aussitôt à Nisibe, raconta les apparitions célestes quelle avait eues, à de$ prêtres chrétiens, et embrassa le christianisme. A cette nouvelle, les Mages indignés la saisirent et renfermèrent dans une prison obscure que vint éclairer la lumière de la protection divine. Un ange la délivra et elle partit en pèlerinage à Jérusalem, A son retour à Hiérapole, elle prédit plusieurs événements à Chosroès, et peu après elle mourut.
Un autre historien ecclésiastique, anté^ rieur de quarante ans à Théophylacte, Evagre le Scolastique, mentionne dans /'Histoire ecclésiastique de Théodoret, continuée par lui, le martyre et les miracles de Golàndouque, mais sans détails ; il renvoie à la biographie de cette sainte faite par Etienne l'ancien, évêque de Hiérapole.
Cette biographie a été reproduite par Nicéphore Calliste, moine byzantin du xw"^ siècle, dans son Histoire ecclésiastique, xviir, 25 :
« Golinducli, qui s'illustra par le martyre, était d'une famille de Mages persans; son père s appelait Asmodoch et sa mère My\uch, Comme elle avait été élevée dans la religion de ses parents, elle pratiquait le culte du feu et toutes les abominables superstitions des Perses^ et elle était abandonnée à l'idolâtrie et à la magie exécrées et honnies de Dieu, On la maria à un des premiers du sénat. Elle devint mère de deux fils. Au bout de trois ans de mariage, elle tomba en extase.
Pendant son ravissement, elle fut initiée par un ange au mystère de la dispensation de notre salut. Ensuite livrée aux Mages, soumise à tous les mauvais traitements et à la torture, elle supporta tout et fit des miracles infinis et des prodiges merveilleux : au milieu de ses épreuves, range qui avait été son guide venait l'assister et Vaider à souffrir patiemment.
Elle révéla bien des choses cachées à la foule^ parce quelle avait reçu la faveur de l'assistance divine. Après avoir souffert des années, elle désira conquérir la palme du martyre. Alors lange qui avait coutume de lui apparaître, vint à elle, accompagné d'un jeune homme armé d'une
épée, pour accéder à son désir : sur l'ordre de range, le jeune homme lui trancha la tête, le sang jaillissant du cou se répandit sous son vêtement de lin qui fut ensanglanté entièrement C^tte tunique accomplit d'innombrables miracles, La martyre n'en continua pas moins de vivre.
Après avoir séjourné quelque temps à Circésium et Daras, sur la frontière romaine^ elle se dirigea vers Jérusalem. Là elle se fit voir à tous les fidèles, étonnés de ce spectacle nouveau j portant çà et là les stigmates du Christ crucifié sur son corps encore vivant. Quand les douleurs causées par les tourments qu'elle avait soufferts la poignaient trop cruellement, elle parcourait les villes, conduite par son ange; jamais elle n'employa de remède pour apaiser ses souffrances ; elle se contentait défaire ses ablutions dans des eaux thermales naturelles. Après avoir converti tous les gens de sa famille et tous ses amis et d'autres encore, à la foi du Christ, elle quitta le siècle pour se réfugier dans la vie contemplative à Hier apôle. L'empereur la fit appeler, mais elle refusa de se rendre à i ordre souverain.
Sa vie a été écrite par Etienne^ évéque de Hiéràpole, qui vécut de son temps et recueillit de sa bouche tous les détails de sa vie. Il lui fit faire, à sa mort, de magnifiques funérailles, »
A la suite de l'invasion des barbares, les visions changent de caractère; elles deviennent des satyres dirigées contre les mœurs du temps, et les ressemblances avec VA V, s'effacent : citons la viiion de Drithelme, rapportée par Bède (Hist.
ecclés, des Anglais, K, xin), une vision que décrit la 21'' lettre de saint Boni face, deux autres relatives, l'une au roi Dagobert et l'autre à Charlemagne (voy.
Lenglet Dufresnoy, Dissertations sur les apparitions, p. ij8 et 182 du t. /, lyiS), enfin celle de Wettin au ix* siècle {voye:{ Act. SS. s. Benedicti, Venise^ lySS, in-foL, t, V, p. 238),
Le ix« siècle est l'époque classique des visions (voy. Ampère, Hist. litt. de la France avant le xii« siècle, t, Illy p. ij6). Celle de Bernold, inventée sans doute par Hincmar, et celle de Charles le Gros dégénèrent en satyres politiques; la vision de saint Anchaire (t. VI
des Bollandistes) fait exception à ce mouvement.
Au xi" siècle^ citons : la légende latine de saint Brandaines, publiée par Achille Jubinal, i836, in-S^'y dont le héros est un saint irlandais du vi" siècle; le sermon de Grégoire VIl^ alors archidiacre, prononcée devant Nicolas II et qui contient le récit du voyage fait en esprit dans le séjour de la damnation par un saint personnage.
Au XII® siècle, nous citerons la vision d'Albéric qui entra au couvent du Mont- Cassin à la suite d'un songe ; la vision très populaire en France du Purgatoire de saint Patrice (Bolland,, ij mars, p. 5 8 y) et dont le héros est du vi* siècle et contemporain et compatriote de Bren • dan, elle présente des rapports nombreux avec le roman de Guerino il Meschino ; la vision byzantine de Timarion.
Avec le xiii® siècle, les visions deviens nent pour les trouvères de simples thèmes littéraires, des satyres burlesques de la vie, sous Vinfluence du Roman du Renard. La transition entre la gravité et le ton menaçant qui régnent dans lesvi-