‹ Artâ Vîrâf-Nâmak, ou Livre d'Ardâ VîrâfChapitre 4 sur 134 · XLIV · texte numérisé non relu

XLIV

sions monastiques et la tournure grotesque et vulgaire introduite dans ce genre par les trouvères est marquée par la Vi • sion de saint Paul, poème du moine normand Adam de Ros^ publié par 0:{anam (Dante et la Philosophie catholique au XIII» siècle). On y reconnaît le fond de l'Enfer de Dante ^ on y retrouve même certains points de ressemblance avec VA V: ainsi V archange saint Michel con»

duit saint Paul aux enfers, comme VI\ed Séroche y conduit Viraf; saint Paul voit un pont que franchissent les justes réconci»

liés à l'exclusion des pécheurs endurcis, ce pont s'appelle le Tchinevad dans VA V.

Après la Vision de saint Paul, le genre, grave jusqu'alors, se détend et dégénère, dans des productions comme la Voye de Paradis de Rutebœuf^ peu inventif avec ses allégories; le Voyage de Paradis du trouvère Raoul de Houdan; le grotesque SoHi^e d'Enfer ûfw même; La cour du Paradis qui est du dernier burlesque; le conte du Jongleur qui va en enfer, r^cueilli comme le précédent par Barba- \an, charge sans intérêt; le Vilain qui

gagne le paradis par plaid, histoire pour rire.

La littérature na pas toujours été seule à parler de Vautre monde : Vart chrétien du moyen âge a aussi décrit sur la pierre et le verre les légendes infernales et les visions célestes. Les sculptures des portails et les peintures des vitraux de nos cathédrales, toutes duxn* ou du XIII* siècle, sont des textes qui présenteraient plus d'un trait de ressemblance, plus d'un point de comparaison avec la Divine Comédie et même avec VAV.

Avant d'arriver à Dante, nous devons une mention à son précepteur Brunetto Latini dont le Tesoretto a certainement inspiré parfois Alighieri.

Dante vient clore la série des visionnaires ; son poème résume le passé chrétien, le moyen âge : c'est le dernier des croyants. Ceux qui l'ont suivi méritent à peine P honneur d'être nommés : Le Décaméron du cynique et sceptique Boccace n'est pas une œuvre de conviction. Citons rapidement les noms de FolengOy moine italien qui dénoue brusquement par un

enfer burlesque sa célèbre macaronée de Baldus; Rabelais^ dont V enfer est bien au-dessous même de celui de Lucien; sainte Thérèse, croyante et mystique^ isolée et comme perdue au xvi« siècle; Caldéron^ qui met sur la scène la légende du Purgatoire de saint Patrice, bien appâlie à côté du ton vigoureux de la chanson du Romancero ; enfin V Espagnol Quevedo avec sa bouffonnerie des Etables de Plut on.

De toutes les visions que nous venons de passer en revue, aucune ne ressemble autant à VAV, que la Divine Comédie de Dante, quoique par le mérite littéraire celle-ci soit incomparablement supérieure. Nous constatons la ressemblance, mais nous n'osons pas conclure à la parenté, car rien ne nous y autorise.

Les traits de ressemblance que Von peut trouver entre la vision ma\déenne et la vision chrétienne tiennent bien plutôt à la similitude du sujet qu'à la continuité d'une tradition orientale, qu'à l'existence cachée d'une parenté, qui comme un lien secret rattacherait Vœuvre de Dante au livre de lArda Vira/,

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