‹ Artâ Vîrâf-Nâmak, ou Livre d'Ardâ VîrâfChapitre 5 sur 134 · XLVII · texte numérisé non relu

XLVII

Ces traits de ressemblance sont parfois asse:{^ frappants pour mériter d'être notés. Nous l'avons fait dans le commentaire pour le détail : quant aux ressemblances générales, nous les montrerons ici brièvement.

V ordre suivi par l'A V. est le Hamêstagan, le Paradis et l'Enfer, celui de la Divine Comédie est V Enfer, le Purgatoire et le Paradis.

Le Hamês tagan fch. vi) qu'on serait tenté d'' appeler le Purgatoire, est quelque chose de particulier à la religion ma\déenne : il s'étend de la terre à la sphère des étoiles, depuis le sommet de la mon tagne Tchikâtdaitik jusqu'au premier étage du paradis ; c'est un lieu intermédiaire efitre l'enfer et le paradis^ au-dessus de Vun et au-dessous de Vautre, Le purgatoire de Dante repose aussi sur une montagne et s'étend de i enfer jusqu'au premier cercle du paradis, le ciel de la lune. — Mais la destinée des âmes du Purgatoire dans la Divine Comédie n'a rien de comparable au sort des dmes du Hamestagan : c'est bien plutôt le vestibule de l'enfer de Dante qui rappelle le

Hamestagan. Là sont les dmes de ceux qui vécurent sans vertus et sans vices et le chœur des anges qui ne furent ni rebelles ni fidèles, à Dieu; le êiel les a chasses pour n'être pas moins beau et le profond enfer ne' les reçoit pas parce que les coupables en auraient quelque gloire; ces dmes- là n'ont pas r espérance d'une seseconde mort. De rnême Virafvoit dans le Hamestagan les dmès de ceux, qui indifférents au bien comme au mal y n'ont point montré de :{èle pour le bien; le paradis leur est refusé parce que leurs péchés équivalent à leurs bonnes œuvres ^ et leurs bonnes œuvres les préservent de V enfer ; ces dmes tièdes demeureront en ce lieu jusqu'à la Résurrection, sans espoir de pouvoir gagner le Paradis. — Le^ Purgatoire, lieu de purification des dmes mivertueuses mi- pécheresses y est inconnu au mazdéisme : de là la différence de conditions que le mazdéisme et le christianisme ont faites à ces dmes, alors même qu'ils leur reprochent des fautes analogues. Les châtiments qui sont infligés dans le Hamestagan sont le tourment du froid et du chaud. De même dans le Purga-

ioire : « La vertu divine, dit Virgile à Dante j rend nos corps capables de sentir les tourments^ et le froid et le chaud » .

Mais de plus que dans VAV.^ dans le.

Purgatoire dantesque, les âmes, celles des orgueilleux, des colères, des avares, des gourmands^ des luxurieux, souffrent des peines qui rappellent plutôt celles de l'enfer ma\déen que celles du Hamesta^ gan.

Du Hamestagan, Arda Viraf fait un pas et entre dans la première sphère du paradis^ celle des Etoiles et des bonnes pensées, au deuxième pas il arrive à la deuxième, celle de la Lune et des bonnes paroles, au troisième à la sphère du So^ leil et des bonnes actions^ au quatrième pas, il atteint à la sphère de la Lumière Infinie, au Garotman, le dernier étage du paradis, le séjour des dieux et des saints et des prophètes. — Le paradis de Dante comprend dix sphères : la Lune, Mercure, Vénus, le Soleil, Mars, Jupiter, Saturne, les Etoiles Fixes, le Premier Mobile et l'Empyrée. A part la différence du nombre des divisions du paradis^ il y a ceci de commun, c'est que

chacune de ces divisions répond à un astre. Quant à la répartition des âmes entre ces différentes sphères selon leurs mérites, elle diffère considérablement dans les deux œuvres : celle de Dante est étudiée, c'est l'œuvre d*un homme et d'un homme de génie, elle gradue, elle proportionne la récompense au mérite : au contraire l*Arda Vira/ est le résultat, V expression des idées religieuses qui couraient dans le monde sassanide, c'est l'arrangement imparfait et incomplet des croyances populaires de la société iranienne avant la conquête musulmane ; ce n'est pas l'œuvre logique et réfléchie d'un savant et d^un philosophe, c'est le tableau, le compendium sec mais exact des idées religieuses d'une époque.

Ce que l'A V, et la Divine Comédie présentent de commun^ c'est la glorification de la vie religieuse^ le bonheur des fidèles militants^ la gloire des rois qui sur terra ont administré la justice, Dante voit l'âme d^Adam, le père du genre humain, comme Virafvoit leférouher, c'està-dire Vidée divine et céleste de Gayomart, le premier être créé^ l'auteur des

diverses espèces d'animaux et de plantes et le père du genre humain, en un mot le démiurge ma^déen.

Dante j au ch. xxvm du Paradis, voit V Essence Divine sous l'aspect d'un point rayonnant d'une lumière si ardente que son tranchant aigu forçait le regard à se fermer. Viraf, au ch, ci, au moment ou après avoir terminé son voyage en Enfer il est reconduit au Garotman, entend parler Orma^d, niais reste étonné de n'avoir point vu Dieu sous une forme :

« Je voyais de la lumière, mais je ne voyais pas de corps et j'avais entendu une voix, »

Les chœurs des Saints et des Anges prennent la forme d'une couronne ou d'un aigle ou se déploient sur une échelle sans fin et font entendre des harmonies délicieuses : les saints mandée ns du Garotman chantent les louanges d'Orma:{d.

Quant Viraf contemple les dmes des bienheureux se mouvant dans la pleine lumière et vêtues de vêtements d or et constellés, elles lui semblent sublimes et victorieuses ; Dante voit au lo^ ciel dans

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