LAS
On porte d’abord le diagnostic de rhumatisme articulaire franc, d'autant plus que la malade en a tout le facies.
La température continue à s’élever pour atteindre ses maxima de 3908 et 3907 au dixième jour.
Le salicylate de soude et le sulfate de quinine à haute dose sont sans effet.
Si les articulations des poignets, du coude deviennent moins douloureuses, l’état du genou droit va en s’aggravant; le gonflement est plus considérable et la douleur locale plus vive.
Les jours suivants la synoviale se distend de plus en plus, la fièvre présente de grandes oscillations et comme la malade a eu au début de ses couches un écoulement lochial fétide, qui avait nécessité l'emploi d’injections intra-utérines, on craint une
arthrite suppurée puerpérale, qui serait venu compliquer une
simple arthrite rhumatismale du genou.
Le 15 octobre. — On fait une ponction dans l'articulation qui ramène 3 centimètres cubes de pus verdâtre, épais.
Immédiatement on ensemence avec ce pus trois tubes de gélose et un tube de bouillon.
Les ensemencements sur gélose et sur bouillon sont stériles,
A l'examen direct, sur six préparations du pus prélevé dans
les tubes et coloré avec le bleu de Kühn, on rencontre sur cinq
préparations, de-ci, de-là, englobés dans les globules blancs po-
lynucléaires quelques coques ressemblant au microbe de Neisser. Enfin, sur une sixième préparation, on trouve des gonocoques rares, mais très nets, les uns inclus dans des cellules lymphatiques, les autres situés en dehors de ces éléments. Aucun autre microorganisme n'existe dans le pus sur cette préparation.
Le mucus vaginal ne renferme aucun gonocoque. Par contre,
dans le mucus uréthral on peut facilement reconnaître, tant
dans les globules blancs que dans les espaces libres de nom-
breux gonocoques,
Observation VI
Bar (Presse médicale, 1895, 28 novembre).
Femme de 24 ans, accouchée pour la deuxième fois le 3 novembre. Rien de spécial, dans ses antécédents.
Elle a ses dernières règles du 12 au 17 janvier 1895.
Depuis longtémps, elle est atteinte d'une leucorrhée assez abondante, qui, d’après les renseignements qu’elle fournit, n’a jamais été compliquée d’uréthrite et n’a pas davantage donné lieu à de la vaginite ou de la vulvite.
Pendant le premier moisde la grossesse actuelle, l’écoulement leucorrhéique prend une intensité plus grande, sans que cependant la malade y attache de l’importance. Dans le courant du deuxième mois, sans qu’on puisse accuser aucune cause apparente, cette femme ressent dans l’articulation métacarpo-phalangienne du médius droitune douleur assez intense, continue, avec crises d’exacerbation spontanées et s’exagérant pendantles mouvements ainsi qu'à la pression. Il y a en même temps un peu de raideur articulaire ; mais, c’est à peine si l’on constate un léger gonflement de la région malade. Dans le courant du troisième mois, vers la mi-avril, l’articulation du poignet droit se prend à son tour ; les mouvements deviennent pénibles et douloureux ; pourtant, ici encore, le gonflement reste minime, aussi la malade peut-elle continuer son métier de cuisinière.
Ces phénomènes se continuent sans grands changements jus-
que dans les premiers jours du mois d’août. Pendant ces trois
71e mois, la leucorrhée persiste avec la même intensité et se complique d'épreintes vésicales, de mictions douloureuses, liées sans doute à l'envahissement de l’urèthre par l'infection. La malade ne se soucie pas plus de ces accidents que de sa leucorrhée. Vers la mi-août, se produit une notable aggravation : les accidents articulaires prennent rapidement une acuité plus grande, l'articulation du poignet droit devient plus douloureuse et le
gonflement s’accentue ; les plus légers mouvements sont impos-
sibles.
A cette époque la malade entre à la clinique. À partir de ce moment on observe la marche lente de cette arthrite, et son évolution sans s’accompagner d'un seul mouvement fébrile.
Cette femme accouche le 3 novembre, ses suites de couches sont normales. L'enfant, dans les yeux duquel on a fait après
À la naissance une instillation de nitrate d'argent, n’a pas eu d’ophtalmie.
Cependant le poignet se montre très déformé. A l’examen de la région on constate que les plis cutanés de la face antérieure du poignet ont disparu ; il n’existe plus trace des fossettes radiale et cubitale : la tabatière anatomique est à peine marquée, et, sur la face dorsale, il subsiste un gonflement qui ne permet pas de percevoir avec une aussi grande netteté qu’à l’état normal les tendons des extenseurs. Le relief des extrémités inférieures du radius et du cubitus est masqué par l'empâtement des parties molles ; à la pression, la région est un peu douloureuse ; les extrémités inférieures des deux os de lévantsbree ont conservé leur mobilité l’une sur l’autre, Les mouvements d'extension et de flexion sont limités et encore douloureux. A la main les éminences thénar et hypothénar sont à peine appa-
rentes, les doigts sont effilés ; il y a de l’atrophie des muscles
\ A 75 — interosseux ; la main est fortement inclinée sur son bord cubital. Si l’on compare tout ce segment de membre, avant-bras, poignet et main, avec les parties homologues du membre supé rieur du côté opposé, on se convainc que, pour avoir paru légère, cette arthrite du poigneta laissé des traces bien sérieu-
ses ; cette femme est presque une infirme.
M. Bar, pour étayer plus solidement son diagnostic d’arthrite blennorrhagique, a, dès le milieu d'octobre, procédé à l’examen bactériologique des écoulements vaginaux et du revêtement épithélial de la muqueuse du vagin, isolé par le raclage. Il a constaté que, dans le mucus vaginal, il y avait, autour et dans les
cellules épithéliales, de nombreux bacilles, parfois longs, le
plus souvent courts, avec quelques microcoques, mais rien qui
ressemblät à des gonocoques.
Au contraire des débris épithéliaux provenant du raclage de la muqueuse uréthrale ont montré, tant en dehors que dans l’intérieur des cellules, à côté des microcoques et de bacilles banals, des groupes de gonocoques, avecleur aspect caractéristique.
Cinq Jours après son acouchement, cette femme dont les suites de couches n’ont été troublées par aucun accident du côté de l’utérus, accuse quelques sensations douloureuses au niveau de son poignet gauche. Celui-ci est un peu tuméfié, et même il semble que l’on trouve un peu de fluctuation. Cependant la ponction capillaire qu'on pratiqua, prouva que cette articula-
tion ne contenait pas de liquide.
Observation VII
Bécouix (Gaz. hebdom. des Se. méd. de Bordeaux, 28 nov. 1897).
Marie Ch. est une jeune femme de 26 ans, qui tient un magasin de chapellerie. Quoique de tempérament lymphatique, elle n’a jamais été malade : et en particulier on ne trouve chez elle ou dans ses antécédents héréditaires aucune trace de rhumatisme ou de tuberculose.
Au mois de mai 1897 elle était au quatrième mois d’une deuxième grossesse jusque-là normale, quand, sans cause connue, elle fut prise d’une douleur légère au genou gauche, qui augmenta en même temps de volume. Elle peut cependant continuer à marcher pendant quelques jours, en boitant. Mais dix jours plus tard environ,le 18 mai, elle ressent subitement pendant la nuit une très vive douleur dans son genou. Elle fait aussitôt appeler notre ami, le D' Estradère, qui trouve tout le
genou gauche tuméfé; il a 38 centimètres de circonférence tan-
dis que l’autre n’en présente que 33. La peau est rosée, chaude,
tendue, On perçoit de la fluctuation dans la synoviale, et tout autour de l’articulation il y a un empâtement œdémateux.
Les mouvements sont impossibles, ils arrachent des cris à la malade,
L'état général est cependant très bon, cette jeune femme a bon appétit, elle n'a qu'une fièvre très légère qui atteint à peine 38°,
En face de ces symptômesle D' Estradère pensa à une arthrite blennorrhagique. La jeune femme avait en effet une leucorrhée
assez abondante depuis quelques mois, et son mari présentait
— ie
un léger écoulement urétral qui avait succédé à une blennorragie datant de quatre ans et qui n’avait pu guérir complète-
ment, bien que soignée par un des meilleurs spécialistes de
notre ville,
Le 26 mai. — M. Estradère voulut bien me montrer sa
malade.
Je trouvai les mêmes symptômes que ceux déjà notés, mais la douleur s'était un peu calmée et on pouvait faire exécuter quelques mouvements à l’articulation sans occasionner trop de
souffrances.
Comme la synoviale était fortement distendue nous décidâmes dé faire une ponction évacuatoire, qui donna issue à 80 grammes environ d’un liquide séro-purulent,. RAR
: J'en recueillis aseptiquement deux pipettes, dont j’examinai aussitôt le contenu au laboratoire de M. le professeur agrégé Sabrazès, qui voulut bien contrôler nos recherches.
L'examen direct au bleu de méthylène de Kühne montra quelques leucocytes remplis de cocci associés deux à deux, se regardant par leur concavité, et qui se décoloraient par la méthode de Gram. C’étaient donc bien des gonocoques.
Les cultures restèrent négatives. Nous les avions faites, à dé-
faut de sérum d’ascite, sur de la gélose ensanglantée (méthode de Pfeiffer).
Ce résultat négatif des cultures, sans être naturellement aussi démonstratif que si on avait pu y trouver des gonocoques, serait déjà à lui seul une présomption en faveur de la nature blennorrhagique du pus, les autres microbes se développant en effet bien mieux que le gonocoque.
Ce fait vient une fois de plus montrer la supériorité, pour la recherche de certains microbes, de l’examen direct.
EE
La malade fut, le 30. mai, placée dans une gouttière métallique. Toutes les nuits, de minuit à 4 heures, elle souffrait beauai coup. Le membre fut alors mis dans un appareil plâtré, les douleurs n’ont plus reparu depuis.
Aujourd'hui, 12 juillet, le genou est gros, empâté, mais sans liquide et presque indolent. Les mouvements y sont possibles et ne déterminent pas de douleur ; mais il y a une atrophie très
marquée du quadriceps crural.
| ‘. Observation VIII
y eu * BéGouin (Gaz. hebdom. des Sc. méd. de Bordeaux, : ,
28 nov. 1897).
Le 20 avril 1897, il entrait à la Clinique obstétricale de l’hô-
pital Saint-André une jeune femme de 24 ans, tailleuse, quires- 4e sentait les douleurs d'accouchement.
Marie G... avait perdu son père, en 1891, de phtisie, sa mère était bien portante., Elle-même, réglée depuis treize ans, d’une façon régulière, a toujours joui d’une bonne santé ; jamais elle n’a présenté de signes de scrofule ou de rhumatisme.
Bien qu’elle ne soit pas mariée, elle a déjà eu trois enfants ; chaque fois l’accouchement a eu lieu à terme et s’est bien passé, de même que les suites de couches.
Elle est actuellement enceinte de cinq mois et demi et présente les apparences d’une bonne santé, Le soir même de son entrée, celle malade accouche d’un enfant du sexe masculin de 670 grammes, qui ne vit que quelques instants,
La délivrance se fait aussitôt ; on constate que le placenta était inséré très bas, et c’est à cette cause qu'on rattache l’avor tement dont on ne trouve pas d’autre explication.
SLT, dr
Quarante-huit heures après son avortement, la malade ressent une douleur très vive dans le poignet gauche, le poids du drap ne peut être supporté, le moindre mouvement lui arrache des cris. Toute la région du poignet est empâtée, sans rougeur. La tuméfaction s'étend sur le dos dela main et à la partie inférieure de l’avant-bras.
La température est de 38°. L’état général reste bon, il n’y a pas de sueurs, pas de douleurs dans les autres articulations.
Du côté de l'utérus, rien d'anormal.
On apprend alors que cette femme a eu des pertes jaune ver-
dâtre abondantes depuis deux mois, ainsi que des douleurs en urinant.
La pression fait encore sourdre du pus de l’urètre.
Examiné au bleu de méthylène de Kühne, on voit que des leucocytes sont remplis de cocci disposés par groupes,en forme de grains de café se regardant par leur convexité.
La méthode de Gram les décolore : on ne peut songer qu’à des gonocoques, dont ce sont là tous les caractères. Le diagnostic d’arthrite blennorragique s'impose.
Le poignet est immobilisé et l’on fait deux fois par Jour des injections urétrales et vaginales d’une solution de permanganate de potasse. Au bout de trois jours, la fièvre a disparu, la malade ne ressent plus aucune douleur et le gonflement a diminué : il disparaît de jour en jour, et treize jours après le début de cette arthrite, il y a une guérison si complète qu’il n’en reste plus ni
trace physique, ni fonctionnelle.
Observation IX
Lerour gr Figux (Gaz. hehdom.des Sc. méd. de Bordeaux : 1896, n° 24).
Le 17 mars dernier arrivait à la Maternité une jeune'femme âgée de 17 ans. Enceinte de huit mois et demi, elle se présentait pour une affection très douloureuse du genou droit.
Nous pouvons recueillir les renseignements suivants : Son père est mort, à 56 ans, d’une pneumonie, Sa mère, actuellement bien portante, a eu trois enfants qui tous sont aujourd’hui en excellente santé.
Réglée à 16 ans, d’une façon assez irrégulière, elle ne présente dans son passé pathologique que la rougeole à l’âge de 3 ans. Jamais de pertes blanches.
Ses dernières règles ont apparu du 28 juin au 2 juillet, sa
« grossesse est donc à ce moment dans la première moitié du neuvième mois.
Rien de particulier au début. Vers le cinquième mois appa=. raissent quelques pertes blanches qui, durant le septième, deviennent plus abondantes et légèrement jaunâtres. Elles n’e m- - pesaient pas le linge. Au commencement du neuvième mois,les envies d’uriner deviennent plus fréquentes et un peu douloureuses, surtout au début de la miction. Mais ces douleurs, très peu accusées, ne se montrent pas chaque fois, même pas tous les jours : elles ne reviennent qu’à intervalles assez éloignés.
Huit jours avant son entrée à la Maternité survient brusquement un léger gonflement indolore du genou droit, en même
temps qu'une vive douleur envahit l’épaule gauche.