OA
Le9 février. — Le matin la température remonte de nouveau à 39° et le pouls est à 100.
Dans la matinée, la malade se plaint de vives douleurs dans le poignet. On continue le même traitement que les jours précédents, c’est-à-dire l’aspirine et le salicylate de méthyle.
Le soir, la température est à 38° et le pouls à 100.
Le 10 février. — Le matin, la température redescend à 36°7 et le pouls à 82.
Les jours suivants, apyrexie définitive.
Le 20 février. — La malade est redescendue dans le service, La température est à 36°9, le pouls à 80.
Le poignet est toujours gonflé. La douleur est peu marquée, elle a surtout diminué depuis la veille, selon la malade.
Il y a un léger écoulement vaginal jaunâtre qui aurait débuté
il y a deux jours.
Un peu du liquide purulent qui est dans le méat urinaire est étalé sur une lame. 74
Puis après examen au spéculum qui montre un col rouge vif, avec quelques érosions, un second prélèvement de pus est fait dans le canal cervical et étalé sur une lame.
A l’examen du frottis du liquide prélevé dans le méat urinaire, on voit presque exclusivement des gonocoques, la plupart libres, quelques-uns intra-cellulaires.
A l'examen du frottis du liquide, prélevé dans le col utérin,
où trouve quelques gonocoques, Vi
On pratique alors une ponction, dans l'articulation du poignet avec une seringue de Pravaz, et on ne ramène que quelques gouttes d’un liquide un peu sanguinolent. Il n'est pas très cer-
tain que l’articulation malade ait été ponctionnée,
Le liquide retiré, ensemencé sur gélose simple et sur gélose au sang ne donne aucune culture microbienne.
Le 21 février. — La malade quitte le service. Le gonflement à presque complètement disparu. La malade ne souffre pas et commence à faire remuer son poignet,
Le" mars. — On revoit la malade. Tous les mouvements existent dans le poignet qui est d’aspect normal, Il y a une atrophie assez notable des muscles de l’avant-bras. La malade se fait faire
des massages en ville.
Observation II (/nédite).
Due à l’obligeance de M. le D' Lequeux, chef de clinique.
Marie G..., âgée de 22 ans, domestique.
Réglée à 15 ans.
Rien de particulier à noter dans ses, antécédents héréditaires et personnels. Elle n’a jamais été malade, n’a jamais eu de rhumatisme,
Elle a eu ses dernières règles le 1° novembre.
. Rien à signaler pendant sa grossesse. |
Accouchement normal, prématuré, le 12 juillet, d’un garçon pesant 1.925 grammes. +»
Délivrance normale.
L'enfant est vivant actuellement et bien portant. = La femme avait depuis un mois des pertes blanches, sans douleür à la miction: ses pertes empesaient le linge. On constate aujourd’hui en examinant la femme des pertes abondantes, verdâtres, d'aspect gonococciques.
Le tie jour après l’accouchement, alors que tout avait
été normal jusquà ce moment, la femme présente une légère
M ph e élévation de température: 376 et le lendemain, le 19 juillet, 382. Le soir, en même temps, cette femme se plaint de douleurs généralisées à presque toutes les articulations. On se trouve en présence d’une. poly-arthrite aiguë prenant le genou droit, le coude gauche, les deux poignets ; les petites articulations sont indemnes. La pression y est douloureuse, les mouvements spontanés et provoqués sont douloureux; il n’y a pas d’œdèmes, la peau est droite, blanche comme dans le rhumatisme ; il n ve a pas non plus de rougeur au niveau des articulations.
Le lendemain, 20 juillet, la température baisse et les douleurs de poly-arthrite disparaissent progressivement, alors qu'apparaît sur. la face dorsal du corps, à droite, une tuméfaction fluctuante, parallèle à l’axe de la main et résidant au-dessous dans une gaine tendineuse des extenseurs ; la peau y est rouge, la pression douloureuse.
Lé21.—La température est tombée, mais la douleur du poignet et la tuméfaction fluctuante dorsale du poignet persiste, plus accentuée et moins rouge. On fait des onctions au salicylate de. méthyle. per
On fait l'examen du pus vaginal au laboratoire. On y trouve. du gonocoque en très grande abondance dans les cellules et en dehors d’elles. <
Le 22. — Survient une, synovite au niveau du tarse (pied droit), identique à celle de la main.
Le 23. — Les douleurs du poignet sont très intenses. -
Le 25. — On fait une ponction de la gaine synoviale du poignet et on retire un liquide louche, que l’on centrifuge et ensemence sur gélose au sang.
A l’examen direct du culot de centrifugation, on trouve quel-
ques rares gonocoques, indéniables ; la plupart intra-cellulaires
4 — 65 — et en grains de café. Le gram n’est pas net parce qu’il y à un peu de microbe. € Du 26 juillet au 5 août. — La malade ne présente rien de particulier, La température est voisine de 37. Les douleurs semblent disparaître. Les doigts redeviennent plus mobiles. On fait encore quelques pointes de feu sur la face dorsale du poignet
et on donne à la malade une potion au salicylate de soude.
Les cultures, faites sur gélose au sang, sont restées stériles.
Observation III
Mosxy er Beaurumé (Tribune médicale du 24 décembre 1904).
Léonie M..., domestique, âgée de 28 ans, entre, le 10 février 1904, à l'hôpital Saint-Antoine, salle Nélaton, n° 4, parce qu’elle ressent, depuis quelques jours, de vives douleurs dans plusieurs articulations.
Il n’y a rien à noter dans ses antécédents familiaux (ascendants et collatéraux).
Née dans la Sarthe en 1875, elle est réglée depuis l’âge de 15 ans ; elle habite depuis sept ans Paris, où elle est placée comme cuisinière.
Elle s'est mariée il y a un an; son mari, bien portant, ne ‘paraît pas avoir de blennorrhagie, sans que nous l’ayons pourtant personnellement vérifié.
Elle avait longtemps avant son mariage des pertes blanches, surtout abondantes après les règles, et qui, depuis un an, sont devenues plus épaisses, Jaunâtres et tachent le linge.
Le 24 janvier 1904. — Elle accoucha d'un garçon, à l'hôpital Saint Antoine, dans le service de M. le D' Bar, à qui nous devons les détails suivants: |
Martin 5
cs 6 EE
Primipare à terme, Rupture spontanée des membranes uné heure avant l’accouchement. Accouchement : sommet en G.A,., dégagement en O. P. Poids de l'enfant : 3.700 grammes ; du placenta : 500 grammes. Délivrance naturelle. L'enfant n’a pas eu de lésions oculaires.
Les suites de couches ont été normales, sauf, le quatrième jour, une ascension de la température à 40°, mise sur le compte de la grippe. Apyrexie le lendemain ; nouvelle ascension thermique le surlendemain à 38, puis apyrexie définitive.
Malgré les conseils qu’on lui donne, le malade quitte l’hôpi-
tal neuf jours après l'accouchement, le 2 février.
Trois jours après, le 5 fevñerlésères douleurs dans l’épaule ù et le coude gauches, el sueurs nocturnes abondantes. Le genou gauche se prend le lendemain, puis le poignet gauche, et le 10 février, la malade entre à l'hôpital.
L'examen de la malade, pratiqué le 11 février, nous montre une femme robuste, au teint coloré, qui se plaint de Abollure articulaires: les articulations du coude droit, du poignet et de l'articulation métatarso-phalangienne du gros orteil gauche sont tuméfiées, rouges, douloureuses, Le genou gauche est particu- ! lièrement tuméfié, peu douloureux spontanément, mais les mou vements sont impossibles, très douloureux : les culs-de-sac supérieurs de la synoviale articulaire sont très distendus.
Les appareils circulatoires (cœur et vaisseaux) et respiratoire
sont absolument normaux.
dé
La langue est rosée, l'appétit conservé, les selles régulières. La miction n’est pas douloureuse : les urines ne renferment ni sucre, ni albumine.
Le toucher vaginal montre des culs-de-sac dépressibles, indoe
coques très nettement colorés.
AREAS, RER lents, un col utérin gros, mou, légèrement déchiré, indolent. Il y à quelques pertes blanches très peu abondantes.
Le traitement consiste en enveloppements au salicylate de méthyle,avec administration quotidienne de 1 gr. 50 de sulfate de quinine.
Les jours suivants, la plupart des articulations malades redeviennent libres, sauf le genou gauche qui rougit et se tuméfie
davantage.
Le 18 février, — Une ponction évacuatrice retira du genou
gauche 40 centimètres cubes de sérosité purulente verdâtre :
on retire encore 1 centimètre cube du même liquide séro-purulent, le 25 février. Cette sérosité purulente renferme uniquement des Fohucteaés ordinaires et normaux; on n’y trouve, à Pexamen microscopique, ni streptocoques, ni gonôcoques. L’ensemencement de 1 centimètre cube de cette même sérosité purulente sur gélose et dans du bouillon ordinaire demeure stérile à l’étuve à 38° ; dans le pus jaunâtre qui s’est déposé au
fond du tube de bouillon, on trouva néanmoins quelques gonoi \
Les cultures sur sérum et sur sang gélosé donnent, au bout de quarante-huit heures, des résultats positifs : il s’agit de cultures pures de gonocoques dont le réensemencement sur gélose ordinaire ne donne qu’une seule colonie de gonocoques.
On ne trouva de gonocoques ni dans le mucus vaginal, ni sur les parois de l’urètre.
Traitement : Le 18 février, compression ouatée et immobilisation du genou gauche dans une gouttière. Administration du salicylate de soude à la dose de 8 grammes, lentement et progressivement abaissée jusqu’à sa suppression totale le 9 mars.
Le 27 février, on constate une congestion légère (râles cré-
PR pitants fins) des bases des deux poumons, surtout du côté gauche. Le 6 mars, apparut, à la face dorsale de la deuxième phalange de lindex droit, un panaris superficiel dont le pus, évacué, contenait du streptocoque pyogène à l’état de pureté. Ce furent là des incidents passagers, sans conséquences, dans l’évolution de ce rhumatisme gonococcique. É L’inefficacité du traitement salicylique sur l’arthropathie du genou gauche qui restait rouge, gros, douloureux et impotent, nous amena à supprimer cette médication le 9 mars et à lui substituer cinq grammes de salaphène par jour, du 15 au 25 mars. I1 y avait, dès cette époque, une atrophie considérable des muscles du membre inférieur gauche. Le salophène fut aussi complètement inefficace sur les phénomènes objectifs ou subjectifs, sur les troubles locaux ou généraux, que l’avaient été successivement le sulfate de quinime et le salicylate de soude. Toute médication fut supprimée le 25 mars; on ne maintint que l’immobilisation et la compression de l’articulation malade. Le 5 avril, la température redevint définitivement normale, mais, le genou restant très sensible, on ne cessa de l’immobi- . liser et de le comprimer que le 23 avril, et l’on commença à faire tous les deux jours d’abord, puis tous les jours, le massage du membre malade et la mobilisation du genou. L’atrophie était telle, à cette époque, que la circonférence de la cuisse et celle de la jambe étaient de 2 centimètres inférieurs à celles du :
membre inférieur droit : la circonférence du genou, au-dessus
et au-dessous de la rotule, était, au contraire, supérieure de
\ la \ nr a # A 2 e': \ A 4 2 à 3 centimètres du côté malade, à ce qu’elle était du. côté sain; la tuméfaction du genou malade contrastait ainsi d’une
façon frappante avec l’atrophie des muscles de la cuisse et de
la jambe.
Grâce au massage, les mouvements du genou commencent à se faire sans douleur, dès le 14 mai seulement, et, le 27 mai, la malade quitte lhôpital, pouvant marcher sans claudication. Mais l’atrophie musculaire ne s’est guère modifiée ; elle persiste au même degré à la jambe : elle s’est même accrue de 2 à 3 centimètres à la cuisse, et le genou est demeuré aussi gros.
La malade avait séjourné trois mois et demi à l’hôpital.
Observa tion IV
Lor. (Gazetle des hôpitaux, 1903, n° 98.)
Primipare, 33 ans, couchée n° 2 de la clinique obstétricale, service de M. le professeur Quéerel. Entrée le 30 mars 1903 en prévention d’infanticide.
Cette femme s’est accouchée le 26 mars au sixième mois d’un enfant qui a été trouvé mort à côté d’elle et que l’on suppose avoir succombé à des manœuvres criminelles. La délivrance paraît avoir été normale.
Elle est arrivée dans le service le quatrième jour de l’accouchement sans que rien d’anormal eût été constaté jusqu'alors.
Le 1% avril au soir légère élévation de la température avec apparition d’une douleur dans le coude droit.
Le 2 avril le coude est très douloureux, il a augmenté de volume, il est rouge et chaud : l’avant-bras fléchit légèrement sur le bras : il existe un léger œdème en arrière de l’olécrâne sur les côtés et sous l’insertion tricipitale ; le doigt perçoit une fluctuation manifeste : lépanchement, bien que très net, paraît cependant peu abondant.
Les mouvements de flexion et d'extension de l’avant-bras sur
le bras sont très douloureux : les mouvements de pronation et de supination sont conservés et ne provoquent qu'une douleur modérée s'ils ne sont pas exagérés. Seule l'articulation du coude est prise et la malade ne se plaint uniquement que d’un écoulement vaginal assez abondant qui a déterminé un peu d’érythème des grandes lèvres, elle accuse en outre des mictions fréquentes et douloureuses, depuis le second jour de son accour chement.
Du 2 avril au 8 avril la température s’est maintenue autour de 38° avec un état général relativement satisfaisant, mais avec une aggravation sensible des troubles urinaires.
A partir du 8 avril la tuméfaction articulaire a diminué progressivement et le 15 il n'y avait pour ainsi dire plus de trace. de l’arthrite, néanmoins par précaution je garde la malade quelques jours encore et le 21 je la renvoie dans le service des consignés où elle doit attendre le résultat de l’instruction judiciaire
dont elle est l’objet.
La vaginite et la cystite sont très notablement améliorées. Examen bactériologique. — En présence d'une localisation articulaire aussi nette et avec si peu de réaction générale au cours de la puerpéralité, j'avais aussitôt songé à de l'infection blennorrhagique que l’examen bactériologique est venu confirmer. L'examen de l'écoulement vaginal a démontré, outre de nom-
breux staphylocoques et quelques bacilles difficiles à caracté-
riser, une très forte proportion de gonocoques de Neisser.
Observation V
Bar (Presse Médicale, 28 novembre 1895).
Primipare de 21 ans, exerçant le métier de domestique. Elle a toujours joui d’une excellente santé. Pendant les premiers mois de sa grossesse, elle n’a éprouvé d’autres troubles de santé que quelques nausées, quelques vomissements, qui ont vite dis= paru. Elle affirme n’avoir pas eu de leucorrhée qui aitattiré son attention et n’avoir jamais éprouvé aucun des symptômes habituels de l’uréthrite.
Entrée à la chnique le 25 septembre, elle est prise, la veille, tout à coup, sans cause apparente, de frissons violents avec claquements de dents et malaise intense. Ces frissons se répètent pendant toute la journée et dans la nuit qui suit. En même - temps, elle ressent d’assez vives douleurs dans l’articulation du poignet droit. La région articulaire est tuméfiée et ilexiste à son niveau une légère éruption érythémateuse.
Accouchement le jour même de son entrée, ou au dernier jour de sa grossesse. L'accouchement est normal. Le fœtus se présente par le sommet en O.I.D.P. La période d’expulsion dure une heure environ.
, Cependant les phénomènes articulaires vont en s’accentuant: pendant les jours qui suivent l’accouchement, successivement le genou droit, le poignet et lé coude gauches, ensuite l’épaule et le genou de ce même côté, sont atteints; la température, pendant ce temps, reste relativement peu élevée; le thermomètre placé dans l’aisselle marque le soir 374 ; une fois, la tempéra-
ture s'éleva à 38°4. L'état général reste bon.
On porte d’abord le diagnostic de rnumatisme articulaire franc” d'autant plus que la malade en a tout le facies.
La température continue à s’élever pour atteindre ses maxima de 39°8 et 3907 au dixième jour. |
Le salicylate de soude et le sulfate de quinine à haute dose sont sans effet.
Si les articulations des poignets, du coude deviennent moins douloureuses, l’état du genou droit va en s’aggravant; le gonflement est plus considérable et la douleur locale plus vive.
Les jours suivants la synoviale se distend de plus en plus, la fièvre présente de grandes oscillations et comme la malade a eu
au début de ses couches un écoulement lochial fétide, qui avait nécessité l'emploi d’injections intra-utériies, on craint une arthrite suppurée puerpérale, qui serait venu compliquer une
\ simple arthrite rhumatismale du genou.
Le 15 octobre. — On fait une ponction dans l’articulation qui ‘ramène 3 centimètres cubes de pus verdâtre, épais.
Immédiatement on ensemence avec ce pus trois tubes de gélose et un tube de bouillon.
Les ensemencements sur gélose et sur bouillon sont stériles,
À l’examen direct, sur six préparations du pus prélevé dans les tubes et coloré avec le bleu de Kühn, on rencontre sur cinq préparations, de-ci, de-là, englobés dans les globules blancs polynucléaires quelques coques ressemblant au microbe de Neisser. Enfin, sur une sixième préparation, on trouve des gonocoques rares, mais très nets, les uns inclus dans des cellules lymphatiques, les autres situés en dehors de ces éléments, Aucun autre microorganisme n’existe dans le pus sur cette préparation.
Le mucus vaginal ne renferme aucun gonocoque. Par contre,
dans le mucus uréthral on peut facilement reconnaître, tant
re — 73 —
dans les globules blançs que dans les espaces libres de nom-
breux gonocoques,
Observation VI
Bar (Presse médicale, 1895, 28 novembre).
Femme de 24 ans, accouchée pour la deuxième fois le 3 novembre. Rien de spécial dans ses antécédents.
Elle a ses dernières règles du 12 au 17 janvier 1895.
Depuis longtemps, elle est atteinte d'une leucorrhée assez abondante, qui, d’après les renseignements qu’elle fournit, n’a jamais été compliquée d’uréthrite et n’a pas davantage donné lieu à de la vaginite ou de la vulvite,
Pendant le premier moisde la grossesse actuelle, l'écoulement leucorrhéique prend une intensité plus grande, sans que cependant la malade y attache de l'importance. Dans le courant du deuxième noi, sans qu'on puisse accuser aucune cause appa-
rente, cette femme ressent dans l'articulation métacarpo-phalangienne du médius droitune douleur assez intense, continue, avec crises d’exacerbation spontanées et s’exagérant pendantles mouvements ainsi qu’à la pression. I ya en même temps un peu
de raideur articulaire ; mais, c’est à peine si l’on constate un
léger gonflement de la région malade. Dans le courant du troisième mois, vers la mi-avril, l'articulation du poignet droit se prend à son tour ; les mouvements deviennent pénibles et dou-
, loureux ; pourtant, ici encore, le gonflement reste minime, aussi la malade peut-elle continuer son métier de cuisinière.
Ces phénomènes se continuent sans grands changements jus-
que dans les premiers jours du mois d'août. Pendant ces trois
FE 7 ER mois, la leucorrhée persiste avec la même intensité et se come plique d'épreintes vésicales, de mictions douloureuses, liées sans doute à l’envahissement de l’urèthre par l'infection. La malade ne se soucie pas plus de ces accidents que de sa leucorrhée.
Vers la mi-août, se produit une notable aggravation : les accidents articulaires prennent rapidement une acuité plus grande, l'articulation du poignet droit devient plus douloureuse et le. gônflement s’accentue ; les plus légers mouvements sont impossibles.
| A cette époque la malade entre à la clinique. A partir de ce mofnent on observe la marche lente de cette arthrite, et son évolution sans s'accompagner d’un seul mouvement fébrile.
Cette femme accouche le 3 novembre, ses suites de couches sont normales. L’enfant, dans les yeux duquel on a fait après la naissance une instillation de nitrate d’argent, n’a pas eu d’ophtalmie. :
Cependant le poignet se montre très déformé. A l'examen de la région on constate que les plis cutanés de la face antérieure du poignet ont disparu ; il n’existe plus trace des fossettes radiale et cubitale : la tabatière anatomique est à peine marquée, et, sur la face dorsale, il subsiste un gonflement qui ne permet pas de percevoir avec une aussi grande netteté qu’à l’état normal les tendons des extenseurs. Le relief des extrémités inférieures du radius et du cubitus est masqué par l'empâtement des parties molles ; à la pression, la région est un peu douloureuse ; les extrémités inférieures des deux os de l’avant-bras
ont conservé leur mobilité l’une sur l’autre. Les mouvements | d'extension et de flexion sont limités et encore douloureux. A la main les éminences thénar et hypothénar sont à peine appa-
rentes, les doigts sont effilés ; il y a de l’atrophie des muscles
interosseux ; la main est fortement inclinée sur son bord cubital. Si l’on compare tout ce segment de membre, avant-bras, poignet et main, avec les parties homologues du membre supé rieur du côté opposé, on se convainc que, pour avoir paru légère, cette arthrite du poigneta laissé des traces bien sérieu-
ses ; cette femme est presque une infirme.
M. Bar, pour étayer plus solidement son diagnostic d’arthrite blennorrhagique, a, dès le milieu d'octobre, procédé à l’examen bactériologique des écoulements vaginaux et du revêtement épithélial de la muqueuse du vagin, isolé par le raclage. Il a constaté que, dans le mucus vaginal, il y avait, autour et dans les cellules épithéhales, de nombreux bacilles, parfois longs, le plus souvent courts, avec quelques microcoques, mais rien qui ressemblät à des gonocoques.
Au contraire des débris épithéliaux provenant du raclage de la muqueuse uréthrale ont montré, tant en dehors que dans l’intérieur des cellules, à côlé des microcoques et de bacilles banals, des groupes de gonocoques, avecleur aspect caractéristique.
Cinq jours après son acouchement, cette femme dont les suites de couches n’ont été troublées par aucun accident du côté
de l'utérus, accuse quelques sensations douloureuses au niveau de son poignet gauche. Celui-ci est un peu tuméfié, et même il semble que l’on trouve un peu de fluctuation. Cependant la ponction capillaire qu'on pratiqua, prouva que cette articula-
tion ne contenait pas de liquide.
Le
Observation VII
Béçouin (Gaz. hebdom. des Sc. méd. de Bordeaux; 28 nov. 1897).
Marie. Ch... est uné Jeune femme de 26 ans, qui tient un magasin de chapellerie. Quoique de tempérament lymphatique, elle n’a jamais été malade : et en particulier on ne trouve chez elle ou dans ses antécédents héréditaires aucune trace de rhumatisme ou de tuberculose.
Au mois de mai 1897 elle était au quatrième mois d’une deuxième grossesse jusque-là normale, quand, sans cause connue, elle fut prise d’une douleur légère au genou gauche, qui augmentaien même temps de line Elle peut cependant continuer à marcher pendant quelques jours, en boitant. Mais dix jours plus tard environ, le 18 mai, elle ressent subitement pendant la nuit une très vive douleur dans son genou. Elle fait aussitôt appeler notre ami, le D: Estradère, qui trouve tout le genou Suche tuméfé ; il a 38 centimètres de circonférence tandis que l'autre n’en présente que 33. La peau est rosée, chaude, tendue. On perçoit de la fluctuation dans la synoviale, et tout autour de l'articulation il y a un empâtement œdémateux.
Les mouvements sont impossibles, ils arrachent des cris à la malade. |
L'état général est cependant très bon, cette jeune femme a bon appétit, elle n'a qu'une fièvre très légère qui atteint à peine 38, : |
En face de ces symptômesle D" Estradère pensa à une arthrite : blennorrhagique. La jeune femme avait en effet une leucorrhée assez abondante depuis quelques mois, et son mari présentait,
me un légér écoulement urétral qui avait succédé à une blennorragie datant de quatre ans et qui n'avait pu guérir complètement, bien que soignée par un des meilleurs spécialistes de notre ville.
Le 26 mai. — M. Estradère voulut bien me montrer sa malade.
Je trouvai les mêmes symptômes que ceux déjà notés, mais la douleur s'était un peu calmée et on pouvait faire exécuter
quelques mouvements à l’articulation sans occasionner trop de souffrances.
Comme la synoviale était fortement distendue nous décidâmes de faire une ponction évacuatoire, qui donna issue à 80 grammes environ d’un liquide séro-purulent. ?
J’en recueillis aseptiquement deux pipettes, dont j’examinai aussitôt le, contenu au laboratoire de M. le professeur agrégé Sabrazès, qui voulut bien contrôler nos recherches.
L'examen direct au bleu de méthylène de Kühne montra quelques leucocytes remplis de cocci associés deux à deux, se regardant par leur concavité, et qui se décoloraient par la méthode de Gram. C’étaient donc bien des gonocoques.
Les cultures restèrent négatives. Nous les avions faites, à défaut de sérum d’ascite, sur de la gélose ensanglantée (méthode de Pfeiffer). |
Ce résultat négatif des cultures, sans être naturellement aussi démonstratif que si on avait pu y trouver des gonocoques, serait déjà à lui seul une présomption en faveur de la nature blennorrhagique du pus,les autres microbes se développant en effet bien mieux que le gonocoque. :
Ce fait vient une fois de plus montrer la supériorité, pour la
recherche de certains microbes, de l’examen direct.