‹ Arthrite blennorrhagique et puerpéralitéChapitre 5 sur 20 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Formes cliniques de l’arthrite blennorrhagique,

Nous allons étudier ici quelles sont les formes eliniques principales qu'affecte l’arthrite blennorrhagique au cours de la puerpéralité. Il est probable que les diverses modalités que l’on décrit dans les traités de médecine existent là aussi. Cependant nous nous bornerons à décrire les deux formes les plus communément observées, la forme séro-fibrineuse et la forme suppurée.

La première, la forme simple, peut commencer pendant la grossesse ou après l'accouchement. Habituellement ce sont des douleurs articulaires multiples qui ouvrent la scène. Ces arthralgies durent vingt-quatre, trente-six heures, parfois plusieurs jours. Ce sont des douleurs vagues, erratiques, changeant tous les deux ou trois jours. Puis au bout d’un certain temps deux septenaires au plus, on voit la maladie se locali” ser. Ces douleurs se fixent uninstant sur deux ou trois articulations, qui se tuméfient aussitôt, mais elles se

localisent bientôt sur une seule. Le plus ordinairement ce sont les genoux et les poignets qui sont pris, parfois les coudes. Ce peut ètre le cou-de-pied ou une articulation digitale.

Assez souvent, les malades sont subitement prises, quelquefois la nuit pendant leur sommeil, d’une douleur très vive au niveau de l’articulation qui sera seule le siège de la-maladie. Dans ce cas l'articulation atteinte est le poignet ou le genou. à

Pendant ce temps l’état général n'est pas mauvais. L'état gastrique n’est pas marqué. La fièvre est ordinairement peu intense et ne dépasse pas 38°, 38°5. Si elle est assez vive, si elle atteint 3%, elle n’est alors que passagère.

Cette fièvre de courte durée, qui cesse au bout de deux jours, on peut la voir reparaître sous forme d’une nouvelle ascension, mais aussitôt suivie de défervescence.

Lorsque l'articulation sur laquelle doit se fixer en

définitive la gonococcémie, réalisant une sorte d’abcès de fixation, est atteinte, les autres articulations qui avaient été prises avant elle sont libérées et il n’existe pas de retour offensif sur les premières articulations malades.

__ Qu’observe-t-on du côté de l'articulation ? IL existe une douleur spontanée, dans beaucoup de cas modérée, mais quelquefois très vive, véritablement atroce, s’exagérant la nuit ; cette douleur entraîne naturellement une impotence fonctionnelle du membre.

Si maintenant nous passons à l'examen objectif, voici

ce que l’on constate : la peau qui recouvre l’articula-" tion est mate : tantôt blanche, tantôt un peu rosée, toujours un peu plus chaude que celle du côté opposé. Le membre se place dans l'attitude qui favorise le plus le relâchement des ligaments ; rejettement de la main sur le bord radial pour le poignet, demi-flexion pour le genou.

Après cette période de réaction aiguë, la douleur diminue ; mais on assiste à une atrophie musculaire rapide, qui siège sur les muscles péri-articulaires, les extenseurs surtout et mème sur les muscles éloignés.

Cette atrophie est rendue plus visible par la tuméfaction de la jointure malade. Au genou par exemple Patrophie des muscles de la cuisse et de la jambe est d'autant plus reconnaissable que l’articulation est tuméfiée. ‘ |

À la main les éminences thénar et hypothénar deviennent chaque jour moins apparentes, les doigts s’effilent : il y a de l’atrophie des muscles interosseux:

On n’observe pas d’augmentation de volume des extrémités osseuses et la pression à leur niveau est peu douloureuse, De plus les ganglions ne sont pas atteints. | ,

Pendant la puerpéralité on peut voir la blennorrhagie se localiser sur les gaines tendineuses. C’est ainsi que dans une observation que nous publions,le rhumatisme blennorrhagique, après avoir été polyarticulaire, finit par se fixer sur la face dorsale du carpe de la main droite dans la gaine tendineuse des extenseurs. Alors

survient brusquement une douleur très vive, plus mar-

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quée la nuit que le jour, se calmant peu par le repos, insupportable au moindre mouvement. La peau devient rouge ; la pression de la tuméfaction est douloureuse.

Cette douleur, soit spontanée, soit provoquée, est remarquable par son acuité et par sa persistance. La synovite peut évoluer vers la suppuration.

La seconde forme de l’arthrite blennorrhagique que l’on observe pendant la puerpéralité est la forme suppurée. L’arthrite suppurée, rare chez l’homme par rapport aux autres formes, revêt ici un caractère de fréquence en face de l’arthrite non suppurée. Elle apparaît dans les huit jours qui suivent, tout au moins le plus ordinairement, ou dans les jours qui la précèdent. Cette forme n’est pas bien connue. Charpentier a écrit. « que rare pendant la grossesse, la suppuration est la règle après l’accouchement ».Il est probable que dans la plupart des cas on a’ confondu l’arthrite blennorrhagique purulente avec l’arthrite de l’infection puerpérale, de laquelle nous savons maintenant qu’elle doit être distinguée. |

L’arthrite blennorrhagique suppurante peut donner par son début l'impression d’une atteinte de rhumatisme articulaire aigu. C’est ainsi que dans la seconde observation publiée par M. Bar, dans la Presse médicale de 1895, la femme est prise tout à coup, sans cause apparente, de frissons violents avec claquements de dents et malaise intense. Ces frissons se répètent pendant la journée et la nuit qui suit, et en même temps surviennent des douleurs dans l'articulation du poignet droit, qui se tuméfie.

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