‹ Arthur Beaulac [microforme]Chapitre 11 sur 14 · LA EACE RENTE TR · texte numérisé non relu

LA EACE RENTE TR

eee hp ba FRE ge A à M tp

mn 0 —

il ne voulait pas être éyriste. “Je Vous écris au plus tôt pour vons fuir savoir à temps l'heureuss :.cuvolle,

VOUS pouvez venir à cit cérémon:g j'en serai très heureux. Tonteivis, si cela vous dérange, n'aller na: veus im- Poser une corvée inutile. Jo ne 3e-

rai nullement mortifié de voire übsence.”

À partir du 20, il aura comme patron un grand saint et un saint dont l'histoire n’est pas banale: “En même temps que l’habit religieux, je recevrai un nouveau nom : je m'appellerai à l'avenir Frère Gilles, Je ne porterai que ce nom jusqu'à ma profession, dans Un an, alors que je reprendrai mon nom de famille tout en gardant celui-là.

Mon patron était un médecin qui avait vendu, par écrit, son âme au diable, tout comme Faust. Au bout de sept ans, la sainte Vierge lui envoya un chevalier bardé de fer qui lui cria :

“Change de vie !” Effrayé, il se convertit, et, au bout de quelques années,

la sainte Vierge lui ft remettre par le

diable le pacte qu'il lui avait signé. Il se fit religieux et devint aussi fervent qu'il avait été méchant. Il mourut en 1265. On le regarde comme un des plus grands saints du Portugal”....

Le 20 septembre, Arthur Beaulac revêtait l'habit dominicain. Quel heau jour que celui-là ! Enfin, la vision si souvent entrevue et si souvent évanouie était devenue une réalité. C'était bien le costume des fils de saint Dominique, c'était bien le cloître avec son silence, son recueillement et ses psalmodies.

Dans son exultation Arthur n'oubliait pas sa famille ; il écrivait et donnait dans ses lettres des détails multiples sur la vie claustrale. On aimait tant, à la maison, à suivre de loin le petit novice à chaque heure du jour et de la nuit ; son absence devenait ainsi moins pénible. Lui, afin de faire mieux apprécier l'étendue de son bonheur et de dissiper les craintesde ceux qui redoutaient pour sa santé les rigueurs de la règle, il disait comme cette règle sait s'adapter aux

besoins des âmes, Charité : “Je sui ches moi, écrit-il le 27 septembre, Ce n'est pas un lieu de fête ou de piquenique, non, loin de là ÿ Maïs il ne faut Pas non plus s'imaginer que je suis dans un lieu de supplice où je souffre et je suis malheureux. D'abord, notre Ordre

& prédication (et tout ce qui s'y rattache) ; donc toute une préparation à ce saint ministère... Nous faisons des prières et des Pénitences, en autant que cela peut procurer plus facilement le salut des âmes, en favorisant la prédi-

cation ; dès qu'elles lui deviennent con-

traires on les supprime...

+ Donc je me ménage tout Comme celui qui veut faire un long VOYage. En second

lieu, Je Père Maître me surveille de près et me traite avec la bonté d'un véritable père ; j'ose dire qu'il s'intéresse à moi autant que vous le faites, et il m'a averti que si quelque chose ne m'allait pas de le lui rapporter immé-

diatement. Le Père Prieur m'a dit la même chose l’autre jour. Bref, j'ai ici tous les meilleurs soins que peut donner la plus exquise charité. Encore une fois, soyez absolument sans inquiétudes, je dis plus : soyez contents, heureux, joyeux comme je le suis, comme on doit l'être quand il arrive du bien à ceux qu'on aime.”

Le cher enfant était heureux, très heureux. Il priait, chantait les louanges de Dieu, loin du monde ; puis il se sentait dans une seconde famille. Les maisons reiigieuses sont bien de véritables familles où ceux et celles qui ont tout quitté pour suivre le Maître, retrouvent un père, une mère, des frères, des sœurs. Et puis, Arthur dans le cloitre, c'était l'oiseau dans l'air, qui vole et chante sans se lasser. Il avait trouvé son élément ; son âme du moins l'avait trouvé. Hélas ! pourquoi ce bonheur devait-il être si court ? “Demandez à Notre-Dame du Saint-Rosaire que j'aie une santé suffisante pour faire un saint religieux,” disait-il au lendemain de son

AU EOVICIAT 75

entrée au noviciat. Cette grâce de la santé si ardemment désirée, la Vierge ne devait pas l'accorder à son servi.

teur ; elle Jui Ménageait d'autres faveurs, Le 2 octobre, le petit novice à son père : “Le médecin est venu me voir aujourd'hui. Il m'a ausculté et examiné longuement ; il est plutôt pes-

écrivait

Sainte-Vierge, mander de vous joindre à moi.

médicaments. :

«IT faut Que je guérisse,

“Cependant n'allez pas vous alarmer et vous faire des idées noires : ; assure que ça ne m'émeut pas énormement et que je m'en vais dormir en toute tranquillité cette nuit”,

Cette tranquillité elle n'était pas aus.

si complète qu'il le croyait, ou qu'il s'efforçait de la manifester pour ne pas effrayer son père. Cela semble évident à la lecture d'une lettre écrite le lendemain, 3 octobre, à son ami scolastique d'Ottawa : “Mon cher ami, c'est un cri de détresse que je viens te faire entendre. Hélas ! toujours la santé qui ne va pas! ...Les choses semblent vouloir mal, très mal tourner. Ilya juste trois semaines que je suis arrivé, et dès hier on a dû faire venir le médecin. Il m'a trouvé dans un bien pauvre état. Le Père Maître m'a dit que, d'après l'examen médical, je suis tuberculeux, et qu'il n'y a pas ou à peu près pas de chances de guérison. Tu comprends comme j'ai été mal à mon aise à cette nouvelle ; non pas certes que je redoute la mort, bien au contraire ; mais que faire d'un tuberculeux dans un Ordre qui vit de charité ?....Du moins, je t'assure que je ne veux pas lâcher pour aucune considération ; de moi-même je ne partirai jamais d'ici Mais jene suis pas seul dans cette affaire....

Eh ! mon cher, si tu savais comme cette pensée m'effraie. Partir ! Partir d'ici !”

Le malade avait été dispensé, bien

Contre son gré, de l'office de la nuit, de l'abstinence. des

travaux Manuels, Et tous ces nénagements amélioraient bien peu le. choses. La faiblesse de

EE

consolation: je dois boire le calice!

Mon Dieu, soyez béni et que votre volonté soit faite !”

Il est beau ce Fiat prononcé amoureusement par celui qui était écrasé sous le poids de la croix. Va, cher enfant; tu avais rêvé d'être religieux, prêtre, missionnaire, de convertir des âmes par ta prédication; va souffrir pour elles, va mourir pour elles. En peu de jours tu auras fourai une longue carrière. Va, Dieu le veut.

Il partit Le 19 octobre, Arthur quitta le noviciat en pleurant. Mais cet asile monastique auquel il était attaché déjà par toutes les fibres de son cœur, qu'il n'avait fait qu'entrevoir dans un éclair de bonheur, ille quittait avec l'espoir d'y revenir bientôt. Et les Pères, en le voyant aller, durent éprouver de la tristesse, et se dire, sans doute, que cet enfant, avec de la santé, eût pu devenir un savant, un saint religieux.

DERNIÈRE ÉTAPR 79

retraite et dans la prière, faisant, autant que ses for-

1) Après son retour du novicia Qué ita chaque jour, tan

& Arthur

: t qu'il put lire,

le petit office de la sainte Vierge. (Note de l'artteur. j

Bel exemple pour les jeunes ! Reproches silencieux, mais éloquents, à ceux qui, forts et bien portants, tout près de l'église, dorment paresseusement dans leur lit, quand la cloche les convie à la prière et à la table sainte.

Le mal, la terrible tuberculose épuisait sa victime, et le malade devinait que sa fin approchait. En songeant à la mort, il éprouva un jour quelque chose des angoisses et de la résignation du Sauveur à Gethsémani : “Ce n'est pas sans raison, dit-il le 26 janvier 1912, que tu me recommandes la constance dans l'épreuve. Ah! mon cher, si tu savais comme je souffre !

Car il semble bien que je vais mourir de la maladie dont je suis atteint. On a beau vouloir être courageux, cette pensée à quelquechose de terrible.

Mais que la volonté du bon Dieu s’accomplisse, car il ne peut vouloir que mon bien... Prie pour moi, mon cher :

tu vois que j'en ai besoin. Demande à la sainte Vierge de m'aider à me sanctifer par mes souffrances. Ceci est

DERNIÈRE ÉTAPR 81

Page 1