‹ Arthur Beaulac [microforme]Chapitre 4 sur 14 · CET TT · texte numérisé non relu

CET TT

été transmises par M. Onésime Beaulac et elles sont toutes d'une lecture agréable, On y voit l'enfant, le jeune homme qui a du cœur, de l'intelligence, de la piété, de l'enjouement.

Tel il se manifeste dans ces lettres du jour de l'an, tel on le retrouvera aux dernières années de sa vie.

D'une gaieté douce, constante, il n'avait presque jamais de ces airs sombres qui passent sur les fronts comme des nuages. Prompt à la riposte, tenant mordicus à ses opinions quand il croyait avoir raison, il savit néanmoins maintenir ses positions sans blesser les susceptibilités d'autrui, et finissait ordinairement la bataille en provoquant un bon éclat de rire qui faisait oublier les derniers coups de lance. Les souffrances elles-mêmes ne pouvaient affecter longtemps sa bonne humeur. Dieu sait pourtant si à certains jours il dut se faire violence pour être gai. Ils'en ouvrait à l’un de ses amis un an avant de mourir : “Pauvre

nature, comme il faut peu de chose pour l'accâbler ! Je n'ai presque rien souffert, et déjà ma bonne gaieté d’autrefois est tombée comme s'effeuille une rose fanée : c'est étrange comme je ne ris plus, moi qui riais si souvent, si facilement et de si bon cœur. Cependant je ne suis pas triste tout à fait encore, mais pour peu que cela continue je crains fort de le devenir malgré moi.”

La gaieté et la piété sont bien faites pour vivre en compagnie l'une de l’autre, car, beaucoup du moins l'ont affrmé, les saints tristes sont de tristes saints. Au surplus, n'est-ce pas ordinairement dans les cloîtres, au milieu de la prière, des grandes austérités, que réside la joie franche et permanente, qui ne disparaît même pas sur le lit de mort? Arthur Beaulac fut gai et il fut pieux. Que sa piété d'enfant ait parfois manqué de révérence à l'église et ailleurs, c'est possible, c'est même probable, comme il est probable que les enfants que le Sauveur attirait sur

ses genoux, durent se permettre avec le Maître des familiarités capables d'étonner les disciples ; mais ces faiblesses ne purent jamais empêcher le petit Beaulac d'aimer le bon Dieu d'un amour vrai, qui ne fit que s’accroître avec l’âge. Et ceux qui l'ont connu jeune homme au collège, le voient encore, dans leurs souvenirs, prier avec recueillement et s'approcher chaque matin de la Table sainte.

C'est, sans doute, la prière, la fréquentation des sacrements qui l'aidèrent le plus puissamment à dompter la fougue de son caractère, comme à tourner vers Dieu toutes ses ambitions. Il n'est pas fait mention de la piété dans le grand livre du Préfet des Etudes, mais un ancien Directeur du Séminaire des Trois-Rivières disait de Beaulac au lendemain de sa mort : “Ce fut véritablement un jeune homme pieux, un saint jeune homme.” Des confrères de classe, des amis intimes lui rendent encore le même témoignage.

C’est par sa piété simple et solide, et par ses bons exemples, encore plus que par ses bons conseils, que le jeune Beaulac fut le type accompli de l’écolier apôtre. Qui nous dira le bien fait autour de lui par ce petit congréganiste ordinairement le premier de sa classe, et dont la vertu était reconnue par toute la communauté? Se fût-il trouvé un seul élève capable d'aller proférer devant lui des paroles grossières ou à double sens ? A son contact il fallait respecter et aimer la vertu.

Il fallait aussi, à son contact, aimer le travail qui prépare si bien, avec la prière, à l’apostolat, à l'action sociale.

Les matières de classe ne suffisaient pas à l’activité intellectuelle de Beaulac. Tant qus ses forces le lui permirent, on le vit prendre part aux exercices de diction, se mêler aux discussions, entreprendre ces études spéciales à l'Académie Saint-Thomas d'Aquin et au cercle d'études de l'Association de la Jeunesse Catholique Canadienne

française. Il avait vite compris toute l'importance de cette dernière association ; il avait deviné ce qus l'on en pourrait tirer pour la préservation de la jeunesse et la défense des bons principes ; il savait qu'elle serait “pour la jeune génération une école de formation personneile, un foyer d'éducation religieuse, morale, pratique, sociale,” ® et il fut l’un de ses membres les plus zélés de la première heure,

Cette âme ardente, ambitieuse, à mesure qu'elle se développait, tendait plus fortement vers la perfection en toutes choses, dans la rédaction d'un devoir de classe comme dans la pratique des vertus chrétiennes. Il fallait voir l’écolier aux prises avec une version grecque, une composition française. Ce n'est pas lui qui se fût contenté de jeter pêle-mêle des mots sur une

(1) Lettre pastorale sur l'Action Catholique de S. G. Mgr Cloutier, Outre cette remarquable lettre de l'Evé ue des Trois-Rivières, les jeunes doivent lire Pour Préparer l'A venir, excellente œuvre du R. P. Bellavance, S, J,

feuille de papier, sans se soucier de la grammaire, du sens et de la logique.

Il ne ressemblait pas à ces élèves qui, toujours émerveillés de leurs productions, s’imaginent que les chefs-d'œuvre de l'esprit humain poussent sans culture, comme les plantes sauvages dans nos forêts. En jetant un coup d'œil sur les devoirs de cet écolier de quinze ans, en lisant ou en entendant ses discours, on devinaitfacilement che:

le jeune traducteur, chez le petit orateur, une âme faite pour planer audessus du vulgaire, une âme éprise d'idéal.

A la fin de sa Rhétorique, Arthur Beaulac avait pris part au concours d'élocution qui a lieu chaque année, au séminaire des Trois-Rivières le jour de la distribution des prix, et il avait choisi comme sujet de son discours ‘“L’Idéal de l'Ecolier.” Avec quelle éloquence émue il parcourut les plus belles pages de notre histoire, fit défiler devant l’auditoire nos héros et nos héroïnes. C’est dans ces phalanges glorieuses qu’il cherchait son idéal. Il aimait si sincèrement son

pays et en était si fier ! “Ah ! l'idéal !

s'écriait-il, que de choses il a faites dans notre pays ! Que serions-nous sans lui ?

Que serions-nous sans les Brebeuf, les ‘igues, les Lalemant, les Laval et t.18 ces saints apôtres de la foi et de la civilisation catholiques? Que seriez-vous, Pauvres sauvages perdus dans les ténèbres profondes de l’idolâtrie ? Que se rais-tu, ma chère patrie, toi que des milliers d'hommes vantent si justement et que le monde contemple avec une Jalouse admiration, que serais-tu si des hommes d'idéal n'étaient venus porter les lumières de l'Evangile dans tes insondables forêts, et marquer de leur sang et de la croix la marche ardue de la vérité partout où régnaient l’ignorance et la barbarie ?”

Ce discours avait été prononcé le lendemain des examens du baccalauréat. Une semaine plus tard, les journaux annonçaient que le Prix du Prince de Galles, en Rhétorique, avait été gagné par un élève du collège de Suinte- Marie de Monnoir, et que M. Arthur

oo

Beaulac, du Séminaire des Trois-Rivières, arrivait bon deuxième avec 0.7 de moins que le premier. (C'était un magnifique résultat. Néanmoins notre petit rhétoricien de seize ans eût préféré avoir le prix, et il se promit bien de se rattraper au baccalauréat de philosophie.

Dans une lettre du 30 juin 1906, il écrivait à l’un de ses amis ces lignes qui, dans leur langage hyperbolique, disent assez éloquemment qu'il savait vouloir et n'avait pas peur de l'effort pour atteindre au succès : “En tout cas, c'est fait ; je n'ai pas eu le prix, mais en Physique : la mort ou le prix!!!” Il était de taille à l'emporter. Ses aptitudes et ses goûts naturels le portaient peut-être plus vers la philosophie et les sciences que vers les grammaires et la littérature. Mais le pauvre enfant était déjà malade. Et les souffrances continuelles de ses deux années de philosophie le foreèrent à retrancher beaucoup sur ses heures de travail. N'empêche qu'il subit ses derniers examens

AUX ÉTUDES 21 nt en

avec très grande distinction. Quant au Prix il en avait fait le sacrifice depuis longtemps. Il avait même dit plusieurs fois à son professeur de Rhétorique pendant les vacances de 1906 :

“ C'est heureux que je n’aie pas eu le Prix. Je su‘: : ambitieux que ça m'eût peut-être tourné la tête. Je dois en remercier le bon Dieu.”

En septembre 1906, Arthur Beaulac commençait donc sa première année de philosophie. Esprit sérieux, cherchant partout la précision et la clarté, il lui tardait de mettre le complément à ses études classiques. Il se jeta dans ces matières nouvelles pour lui avec l’énergie qui le caractérisait et qui devait bientôt être mise à l'épreuve.

Mais es sciences et les arts, les succès et les contrariétés ne faisaient qu'affermir l'équilibre des facultés dans cette âme où la raison et le cœur gardaient tous leurs droits. Ecoutez le jeune philosophe, au dernier Jour de l'année 1906. Ce n'est plus ici, et ça

ne doit plus être, le gamin qui sans façon met sous la même étiquette ‘‘ses mitaines” et tous les bienfaits de son père ; il y a même au commencement de sa lettre un peu trop de solennité, quoiqu'il veuille bannir “toute recherche de belles paroles.” Néanmoins comme il faut admirer toujours l’exquise piété filiale de ce jeune homme et son esprit religieux: “Bien cher père, on vieillit, on s’instruit, on s'élève à la contemplaticn de grandes et de sublimes vérités, on pousse la science à ses dernières limites ; mais lorsqu'on veut faire parler son cœur, que l'on veut exprimer de doux sentiments, il faut déposer toute science et revenir pour un instant à la simplicité affectueuse du petit enfant qui, embrassant son père tendrement, lui fait infiniment plus de plaisir en lui disant: ‘“Papa, si vous saviez comme je vous aime!” que s’il lui tenait les plus grands discours. (C'est pourquoi ce soir, bannissant tout effort de style, toute recherche de belles paroles, mon très cher pè-

re, je m'en viens vous dire simplement que je vous aime de tout mon cœur, que je vous aimerai toujours de plus en plus et que je ferai tout ce que je pourrai pour vous faire plaisir... ,Je suis bien peu de chose pour pouvoir vous aider, mon bien aimé père, dans l'âpre sentier de la vie; mais ce que j'ai je vous le donne; je vous donne mon cœur avec ses affections. Vous ne m'avez fait que des bontés et vous m'avez toujours comblé de bienfaits ; eh bien! aujourd'hui je vous en remercie avec effusion.... Je vous assure qu'à l'avenir tout ce qu'il me sera possible de faire qui vous soit agréable je serai-très heureux de l'accomplir, et j'y donnerai tous mes soins.

“Afin de pouvoir persévérer dans ces bonnes résolutions, Je vous demande votre bénédiction du jour de l’an. Et Pour que la joie règne toujours dans votre cœur je vous souhaite toute la prospérité possible, et je demande à la Sainte-Vierge,la mère du Saint Amour, de nous apprendre à nous aimer par-

faitement dans le Sacré-Cœur de Jésus qui, je l'espère, nous comblera de ses abondantes bénédictions. Votre fils affectueux et dévoué, Arthur.”

Les bénédictions, Arthur en avait besoin plus que jamais, car nous l'avons dit, c'était l'école de la souffrance, qui pendant ses dernières années de co!lège s'ouvrait pour lui. Avant le baccalauréat ès sciences, deux fois il dut passer par l'hôpital, sous le couteau du chirurgien. La grande épreuve était déjà commencée; il était engagé dans la voie royale de la croix.

Ca 4 !

PREMIERE ETAPE.—A L'HOPITAL.—A L’'OEUVRE.—NOUVEL AFFAISSE- MENT.—AU NOVICIAT.— DERNIERE ETAPE.

Qui nous dira ce que ce jeune homme éprouva de souffrances physiques et morales ?

La maladie révolte notre pauvre nature déchue, et les hommes de tous les temps ont cherché le secret d’éloigner la douleur. Mais il y a quelque chose de plus dur que le frémissement de la chair sous la morsure du mal, c'est le tourment causé par l'isolement, l'impuissance et l'inaction. Et quand le malade a dix-sept ans, vingt an. qu'il se sent arrêté dans sa course au moment où ceux de son âge, la tête haute, la joue en feu, le pied leste et ferme, passent près de lui et s’en vontau triomphe des grands dévouements et des grandes causes, oh ! alors qu'il faut être chrétien pour ne pas murmurer! Toutes ces douleurs, Arthur Beaulac les res-

sentit durant six ans avec une intensi.

té toujours croissante, et il ne murmura jamais. Paisiblement il s’abandonna à la volonté de Dieu et conserva l'espérance. Il espérait recouvrer la santé et travailler à la vigne du Sei- &neur comme un vaillant ouvrier.

Dans ses visions d'idéal, la blanche robe de saint Dominique lui était apparue. Mais il fallait attendre.

Au mois de juillet 1908, il adressait une lettre à l’un de ses amis qui se disposait à entrer chez les Franciscains.

Cette lettre, où Beaulac parle si pertinemment de la vie religieuse, nous démontre bien qu’il n'avait pas décidé à la légère l'affaire de sa vocation. “Je viens de recevoir ta lettre : elle m'a causé une grande joie. Je vois que le bon Dieu ne t'a pas oublié et qu'il t'a fait une très belle part dans son service, peut-être la plus belle de toutes, non pas aux yeux du monde, mais aux yeux de la foi. En effet quel saint depuis la mort du Christ a été plus admirable

que saint François d'Assise, “le plus désespéré amateur de la pauvreté qu'il y ait peut-être eu dans l'Eglise,” comme l'a dit Bossuet ? Tu seras pauvre sur la terre, mais riche au ciel ; il est facile de voir de quel côté est l'avantage. Notre Seigneur a dit : “Cherchez le royaume de Dieu avant tout : le reste vous sera donné par surcroît” ; voilà l'idéal de la vie du Franciscain, on n’en trouve pas facilement de meilleur. “Faites-vous des trésors dans le ciel,” dit encore Jésus-Cbrist, car la possession des trésors de la terre n'est pas sûre, “les voleurs peuvent les enlever et la rouille peut les corrompre.” Depuis le terrible incendie qui a ravagé notre ville et détruit une bonne moitié des biens de mon père, je pense suuvent à cette parole, et ce soir en t'écrivant je songe que le bon Dieu x peut-être voulu me faire comprendre que la part qui restait était à mon frère, () et que moi je n'avais pas

(1) M. Henri Beaulac, aujourd’hui médecin aux Trois-Rivières.

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à m'embarrasser des choses de la terre.

Souviens-toi que le malheur es’, arriv le quatrième jour après ma sortie du Séminaire. Aussi je suis décidé plus que jamais à me faire dominicain, dès que le bon Dieu m'aura rendu la santé.

Tu seras franciscain et moi dominicain; nouvelle raison de nous aimer à l’exemple de saint François et de saint Dominique.”

Oui, Arthur Beaulac avait réfléch:

longuement dans la prière et dans la retraite ; il avait étudié et comparé.

Au milieu de notes crayonnées à la hâte, il a laiseé sur des feuilles volantes un examen détaillé de ses goûts, de ses aptitudes, de ses défauts; du bien qu'il pourrait faire, des dangers qu'il courrait, de la protection qu'il trouverait dans la vie religieuse, dans le clergé séculier, dans le monde. C’est étonnant comme il avait essayé véritablement de se connaître, comme il se jugeait sans ménagements, comme il voulait se dévouer tout entier. Quelques extraits nous donneront une idée

du genre d'enquête qu'il fit au dedans de lui-même. “Orgueil à corriger : je suis porté à croire que seules les épreuves et les humiliations d’un noviciat me

donneront la victoire.—Mauvais carac- | tère : je suis peu sociable ; je crois avoir trop de bonnes qualités ; je ne me plie pas facilement à la volonté d'autrui.— Amour de la louange et des honneurs, ou vaine complaisance.— Besoin d’une direction, d’une règle constante: je perds

mon temps à des riens, je suis incapable de me conduire seul ; meilleurs développements de toutes mesdispositions par l'étude réglée.”

Ces réflexions, elles n’ont pas été écrites sous la dictée d'une fausse humilité ; elles ne furent pas même couchées discrètement dans un de ces journaux intimes où l'on prétend chaque jour photographier son âme, et où le plus souvent l'on se ment à soi-même. Non.

Le hasard seul, —ou mieux la Provi.

dence,—les a laissées choir à demi effacées dans un tiroir d’où elles viennent de sortir. Et quel désintéressement,

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quelle simplicité dans cette analyse sévère, trop sévère de soi-même !... Nous lisons aussi dans les notes de ce jeune homme épris d'idéal que, s’il doit rester toujours dans le monde, il gardera le célibat pour être plus parfait.

Restera-t-il toujours dans le monde?

Il espère bien que non ; mais la santé est si mauvaise !

Au milieu des contrariétés qui s’attachent à ses pas, il s'efforce de calmer son imagination, de la soumettre au joug de la raison et de la foi. Un de ses confrères nouvellement entré chez les Dominicains, et qui ne sait pas encore en quel état déplorable est la santé de son ami, l’engage à se rendre au couvent le plus tôt possible. “Malgré la meilleure volonté du monde, répond Arthur, et le plus ardent désir, tout voyage dans le genre de celui dont t1 me parles est absolument impossil ie.

Aussi ma résolution est prise, j'irai au couvent lorsque ma plaie sera fermée.

Si le trajet est moins agréable alors,

j'aurai plus de mérits... D'ailleurs, c'est toujours un avantage de juger les choses froidement ; l'opinion qu'on s’en forme change moins vite, et dans le cas présent j'aurais la chance de voir la vie dominicaine dans ce qu’elie a de plus pénible et dans un moment où elle a son Caractère habituel ; c’est-à-dire que je la verrai telle qu'elle est et telle que je devrai la vivre. Quant à son beau côté il est tout connu : c’est la porte du ciel. ...Cependant je ferai le voyage le plus tôt possible, afin de fixer au plus vite ma décision. Prie donc et fais prier la bonne Sainte-Vierge pour moi,

car ma santé n'est pas brillante et ma plaie semble se refuser à guérir. Si la Sainte-Vierge ne me vient pas en aide je doute fort de pouvoir revenir à la

santé, puisque les remèdes semblent

impuissants. Je crains fort que sans

l'assistance spéciale de la Sainte-Vierge je sois obligé de recourir à une troisième opération, et alors, adieu bien de beaux projets! Encore une fois, prie beaucoup pour moi....”

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Les vacances prolongées ne produisaient pas dechangements appréciables.

Les médecins astreignaient leur patient à des soins minutieux et gênants. Résigné, dans une grande quiétude d'esprit, Arthur Beaulac employait son temps à la lecture, à la prière. Il allait fréquemment visiter ses anciens professeurs du Séminaire. Des entretiens sur les sciences, la littérature, les choses saintes, les questions d'actualité lui étaient une agréable distraction. Maintes fois aussi il retourna chez lui, nous le savons, en semant sur son passage des encouragements aux malades, des secours aux indigents. Et puis, il faisait de la musique et de la correspondance. Il écrivait à des amis plus heureux que lui, puisq'"ils étaient déjà rendus au noviciat.

Le grand bienfait que celui de l’amitié ! “Oh ! qu'il fait bon, dit saint François de Sales, aimer en terre comme l'on aime au ciel, apprendre à s’entrechérir en ce monde comme nous ferons

éternellement en l’autre....La perfec-

tion ne consiste pas à n'avoir point d'amitié, mais à n’en avoir que de bonne, sainte et sacrée.” Le cher malade n'en voulait pas d'autre. Il tendait sans cesse vers la perfection, et ses épanchements intimes s'en allaient de préférence vers le cloître. Il trouvait là des conseils, des consolations qui le soutenaient aux heures difficiles. De leur côté, ses amis édifiés bénissaient le bon Dieu qui par l'épreuve sanctifiait si rapidement son enfant.

Le 24 décembre 1908, c'est à son confrère dominicain que Beaulac s’adresse encore; il voudrait bien fêter Noël au monastère, mais il est si malade ! “Je t'assure que j'aurais eu un extrême plaisir à pouvoir passer la fête de Noël chez les Domini.

cains ; que tu dois être heureux de pouvoir le faire !.... Tu peux être certain que je donnerais volontiers tout ce que j'ai et plus encore pour être à côté de toi demain, pour y vivre de la belle vie religieuse, et surtout me sentir engagé pour toujours sous le suave joug de la

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pauvreté, de la chasteté et de l’obéissance. Quel plaisir pour moi si je pouvais dès maintenant et pour toujours me faire religieux ! Hélas ! mon ami, plus mon désir est ardent, plus il semble loin de se réaliser. Ma santé ne s'améliore pas, et par moments je crains que tous mes beaux rêves n'aillent avec moi-même s'ensevelir pour toujours dans le tombeau. Je ne me décourage pas du tout, mais je vois bien que mon mal est plus grave que je ne l’avais cru d'abord.... J'espère que tu vas prier beaucoup pour moi. Car tu sais qu’une fois guéri, je décampe tout de suite pour Saint-Hyacinthe.”

Des médecins de marque furent consultés. Ils répondirent que seuls le grand air, la suralimentation, le repos absolu pourraient avoir raison de la maladie, et que sans cela c'était la mort à brève échéance. Il fallut donc s’exécuter, c'est-à-dire manger, dormir et ne rien faire. Arthur Beaulac n'etait pas homme à jouir d'un régime comme celui-là. ‘Je trouve que cela commence

PREMIÈRE ÉTAPE 3h

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à devenir une scie,” écrit-il à l'un de ses amis. “Cependant je ne perds pas courage ; quand même le bon Dieu tarderait autant à me rendre la santé que j'ai pris de temps à le servir, je n'aurais pas encore à me plaindre. Et puis cela me sauve du purgatoire.” Pensées consolantes et salutaires, capables d’adoucir bien des souffrances.

Le mois de mai opère des merveilles chez nous ; mieux que toutes les pana-

cées il relève nos malades, met du sang dans leurs joues pâlies, en même temps qu'il plonge sa lumière d’or jusqu’au plus profond de leurs âmes souffrantes.

Au printemps de 1909, en dépit du mal perfide qui n'avait pas encore lâché prise, Arthur Beaulac eut un regain de vie. A l'approche du mois de Marie, “le mois le plus beau,” le petit aspirant frère prêcheur entendit résonner dans son âme les voix de l'espérance avec les louanges de la Vierge. Il écrivit alors un sermon, et, à quelque temps de là, s'improvisa, pour un soir, prédicateur

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du mois de Marie. Ecoutons-le raconter lui même cet événement :

“Je te dirai que j'ai fait un petit sermon sur la sainte Vierge, le premier soir du mois de mai. J'avais pris pour texte : ‘“Tota pulchraes, Maria.” J'ai pvrlé d'abord de la beauté et de la grandeur de Marie dans sa nature de Mère de Dieu, en considérant un peu tout ce que cette incomparable dignité a fait en Marie, et quelle abondance de grâces elle a reçues ; ensuite j'ai dit quelques mots de la beauté de son âme, beauté qui lui vient de ses ineffables vertus et de sa fidélité sans pareille à Dieu.

. Comme conclusion j'exhortais mon petit auditoire à imiter les vertus de ce modèle, et à redoubler de dévotion envers une mère si puissante auprès de Dieu et si tendre envers nous. J'ai parlé à peu près un quart d 1eure aussi simplement que possible, car mon auditoire se composait de trois personnes de la maison qui voulurent bien m'écouter. Comme tu le vois, mes débuts dans l’éloquence sacrée ont été fort mo-

destes ; puisse la sainte Vierge me permettre bientôt de célébrer ses grandeurs devant le peuple de ses fidèles ou en face de ceux qui n'ont pas le bonheur de la connaître !”

La sainte Vierge dut sourire en entendant célébrer ses louanges par celui qui désirait si fort parler d'elle aux foules un jour. Quant à lui, le pauvre enfant, édifier sa famille, oublier un peu ses épreuves dans des joies douces et saintes, c'était ce qu'il désirait.

Et puis, les mois radieux de l'été s’enfuirent en illuminant parfois la souffrance d’un rayon d'espoir, mais sans amener jamais la guérison. La croix s'appesantissait à la longue sur les épaules fatiguées de celui qui la portait depuis trois ans. “Tu sais, écrit-il le 3 novembre 1909, la vie que je mène n’est pas ce qu'il y a de plus gai, ni de plus intéressant. C'est méritoire, j'en conviens ; c'est une preuve de la bonté et de l'amour de Dieu pour moi, c'est vrai, et je le remercie de mes petites souf-

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frances ; mais notre pauvre nature est si faible que nous sommes toujours plus portés à nous attrister des croix que le bon Dieu nous envoie qu'à l'en remercier et à nousenréjouir. De plus, à la longue la croix s’appesantit, comme un léger poids vient à nous fatiguer lorsque nous le gardons longtemps. C'est mon cas ; ma croix est presque insignifiante, mais il y a près de trois ans que je la porte, et je n'entrevois pas encore le jour où le bon Dieu la reprendra.

Je t'assure que par moments je ne chante pas et je ne ris pas. Ily a toujours au fond ce satané vieil homme qui se lamente et qui ne veut plus souffrir ; comme si nous n'étions pas sur la terre pour souffrir, à l'exemple de Jésus.

Et c'est surprenant comme ce vieux drôle trouve des moyens pour se faire entendre ! Je l'écouterais peut-être plus vite que je ne le veux, si le bon Dieu lui-même ne l'enchaînait tous les jours par de petits inconvénients. Aussi si tu ne peux m'écrire facilement, n'ou-

blie pas de faire une petite prière pour moi.

“Tu vas peut-être me trouver plus philosophe, plus chrétien qu'auparavant ; cela est dû en grande partie à un livre que j'ai acheté dernièrement :

“Un Aide dans la Douleur,” par l’auteur des “Avis Spirituels.” Ce livre est un peu dans le genre de l’Imitation, mais il se comprend plus facilement É c'est comme l'application des principes de l’Imitation dans les peines de la vie.

Il m'a rappelé entre autres que la vie dans la souffrance n’est pas perdue, que les actions brillantes ne sont pas nécessaires au salut ; que tout ce qu'il faut, c'est l’accomplissement avec amour de la volonté de Dieu ; Fiat voluntas tua !”

C'est ainsi que tranquillement cet adolescent de dix-neuf ans pénétrait le grand mystère de la douleur dans les sublimes clartés de la foi.

Comme il savait aussi trouver dans son cœur des choses consolantes pour

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ceux qui souffraient avec lui. Il n'é.

tait pas seul, en effet, à souffrir À la maison. Le père, le frère, la tante se rendaient compte de la gravité du danger, et ils eussent volontiers été cher.

cher aux extrémités du monde des remèdes et des médecins capables de guérir le pauvre enfant.

De temps à autre on changeait les remèdes, et les médecins aussi ; de chaque changement la cure merveilleuse était attendue, Mais, hélas ! la tuberculose faisait son œuvre, et le dévouement, et la science, et l'affection la plus vive ne pouvaient rien pour l'arrêter.

Au mois de juillet 1910, Arthur Beaulac se rendait à Montréal où il allait consulter un médecin spécialiste, et revenait aux Trois-Rivières quelques jours plus tard, déterminé à subir l'opération.

En effet, le 25 août 1910, il écrivait de l'Hôpital Notre-Dame à son ami dominicain. Après lui avoir annoncé

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