‹ Arthur Beaulac [microforme]Chapitre 6 sur 14 · PR · texte numérisé non relu

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tits traitements qui n'avaient rien d'agréable, je te l'assure encore. Pour être court je dois te dire que le bon Dieu m'a envoyé les petits inconvénients que je redoutais à l'extrême ; et je me suis aperçu du mauvais tour que me jouait mon imagination ; ce qui me paraissait cruel et erucifiant m'a paru bien ordinaire du moment que j'ai dû m'y soumettre. Vraiment j'ai eu ici la meilleure leçon de formation qu'on puisse imaginer : un vrai petit noviciat, quoi!

Dieu soit béni ! c’est ce qu'il me fallait.

Voulons-nous connaître le secret du bonheur à l'hôpital, lisons cette lettre jusqu'au bout :

“Je t'ai dit que je fais la plus belle vie du monde : laisse-moi m'expliquer un peu, fu vas voir que j'ai raison.

D'abord, et c'est le plus important, on m'apporte la sainte Communion dans mon lit tous les matins ; peut-on désirer davantage? N'est-ce pas que Jésus pousse l'amour et la condescendance jusqu'à la plus extréme limite? N'est-

ce pas qu'on peut dire qu'il est un abîme de miséricorde et d'amour? Mon cher, je n'ai qu'un regret : ne pouvoir rendre à Jésus amour pour amour... Quel amour, quelle reconnaissance je devrais avoir pour Notre Seigneur, C'est bien le cas de répéter avec saint François d'Assise : “L'Amour n'est pas aimé.” En outre, quand je vois ce même Jésus crucifié, suspendu sur quatre plaies, moi qui trouve si douloureux d'en avoir deux auxquelles on ne touche qu'avec une extrême précaution, je me dis: quel abîme de douleur, de patience et de résignation que Jésus ! Quel abîme de souffrance et de pénitence ! Suis-je vraiment chrétien, c'est-à-dire disciple de Jésus, moi qui souffre si peu et si mal? Suis-je un vrai chrétien, moi qui cherche tant à prendre mes aises? Suisje vraiment chrétien, moi qui aime si peu l'amour crucitié, le Dieu-douleur ?...”

Et la vie d'Arthur Beaulac, à l'hôpital comme ailleurs, était en parfait accord avec ses lettres, Ceux qui l'ont

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visité s'en souviennent, “A l'hôpital Notre-Dame, nous écrivait un scolastique jésuite, il m'avait tellement édifié que j'amenais des scolastiques du collé.

8e pour qu'ils pussent le connaître et l'apprécier.”

Cet apôtre qui avait rêvé de grands sacrifices pour la gloire de Dieu s'était dit avec raison, au milieu de ses souffrances, que la vie dans les souffrances n'est pas perdue ;s Cette pensée le soutenait et consumait son cœur du feu de l'amour d vin.

Oui, le sait-on assez ? c'est un sublime apostolat que celui de la souffrance, Il faut souffrir pour les âmes, afin de mériter la persévérance des justes et la conversion des pécheurs ; il faut souffrir pour ceux qui ne veulent pas faire pénitence. Qui nous dira le nombre d'âmes arrachées à l'enfer par les pauvres malades cloués pendant des années sur un lit d'hôpital ? Quand nons traversons ces grandes salles blanches, asiles de la douleur et de la mort, son-

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8eons-nous que ceux qui gisent là silencieux, oubliés du monde, peuvent être des apôtres puissants, plus puissants que des orateurs renommés ?... Jésus- Christ disait à Marguerite de l'Enfant Jésus : ‘“Souffre, je t'en supplie, pour les âmes qui se perdent misérablement à cause des innombrables crimes dont elles se rendent coupables à mon égard... et prie afin qu'elles correspondent à mes grâces.” |

Les souffrances d'Arthur Beaulac, acceptées avec tant de résignation chrétienne, étaient bien de celles qui peuvent fléchir la justice de Dieu et faire œuvre d'apostolat,

“Comme tu le vois, je suis encore à l'hôpital, écrit-il le 2 septembre 1910, c'est-à-dire plus sensiblement entre les mains du bon Dieu. C’est très heureux pour moi, et je me réjouis de voir qne le bon Dieu pense souvent à moi et me rend de si fréquentes visites. Et dire que j'ai été assez maladroit de lui demander avec instance une guérison

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parfaite ! Te figures-tu un de tes amis qui ne voudrait pas te voir trop souvent ? Ceserait pour le moins étrange, n'est-ce pas ? Avec Jésus nous ris- 4uons souvent de jouer le rôle de cet ami singulier, Nous aimons bien la visite de Jésus, mais lorsqu'il apporte des présents ; s’il vient avec sa croix et ses souffrances, nous le recevons avec répugnance et nous souhaitons qu'il parte au plus vite : et Pourtant Jésus sur sa croix, n'est-ce pas Jésus notre plus sincère ami ? n'est-ce pas Jésus tout amour pour nous ? Prie bien pour moi ce bon Jésus, que je le reçoive avec tout l'amour qu'il attend de moi ; demande-lui de me visiter souvent avec sa bonne croix, et de m'accorder de toujours reconnaître ses bienfaits et de bien comprendre son amour.... Encore une fois, demande bien au bon Dieu de ne pas me laisser un instant sans souffrir : l'amour appelle l'amour, et celui qui ne souffre Pas n'aime pas l'amour toujours agonisant, et n'est pas digne de partager la gloire de Jé-

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sus, n'ayant pas partagé ses terribles souffrances”... L'esprit des saints avait pénétré tout entier le cœur du jeune apôtre. Sainte Thérèse disait souvent à ses sœurs : “Ou souffrir, ou mourir.” Et saint Augustin s'écriait :

“Oh ! que c'est une grande peine de vivre sans peine sur la terre is

Quelques jours après l'envoi de cette dernière lettre, Arthur Beaulac était aux Trois-Rivières espérant, dans un avenir prochain, recouvrer assez de santé pour entrer au noviciat des Dominicains.

En attendant ce jour trop lent à venir, il voulut vivre plus que jamais dans le renoncement ; refusant à table de prendre des desserts, portant des habits râpés, quand il avait des habits neufs dans sa garde-robe, distribuant

aux pauvres l'argent de ses menues dépenses.

Des trésors de bonté, que tenait toujours en réserve son grand cœur, le

poussaient naturellement vers les pauvres et les malheureux qu'il añxait et respectait. Il ne pouvait penser sans émotions aux familles où n'entrent Jamais les moindres douceurs et où manque souvent le nécessaire.

“Quand on est Pauvre, écrivait-il un jour, on a du cœur, on aime ses enfants, peut-être plus que si l'on était riche, mais il ne faut guère penser aux mille douceurs de l'existence : heureux encore si la vie n'est pas trop amère...

“Quand on est riche, on s'amuse, on rit, on comble les jeunes de caresses et de jouets, et trop souvent hélas ! on oublie le pauvre. Combien de bonnes gens donneraient moins de gâteries au petit roi de la maison, s'ils savaient que tout près peut-être, d'autres enfants n'ont soupé qu'à demi et demain mangeront Dieu sait quoi !”

Il respectait les malheureux : “Il est un devoir, dit-il, Plus strict envers les malheureux que l’aumône. c’est le respect. Il arrive assez souvent que

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des gens sans cœur et sans cervelle rient de l’habit usé d'un pauvre, de la difformité d'un infirme, ou, ce qui est le pire de tout, s'amusent aux dépens d'un idiot”.... Ces sortes de manquements à la charité et au simple savoirvivre l'indignaient.

L'amour du prochain exaltait cette âme sensible et généreuse ; les œuvres sociales l’attiraient. Arthur Beaulac se mit au travail. Pour un convalescent qui sortait de l'hôpital, épuisé par l'épreuve d'une opération et par una lon:

gue maladie, le repos s'imposait. AMais l'apôtre était si fatigué de l’inaction, et il craignait si fort de se traiter trop mollement !

Convaincu que l'enseignement peut être un moyen très efficace d'apostolat, il accepta d’abord la charge de professeur de musique que lui offrait le Séminaire des Trois-Rivières, Musicien distingué, il avait de plus le don et la passion de l'enseignement sous toutes ses formes.

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C'était à l'automne de 1910, au lendemain du Congrès eucharistique de Montréal. Gerlier, alors président de l'Association catholique de la jeunesse française, était venu faireune visite aux Trois-Rivières et avait naturellement réchauffé le zèle de la jeunesse trifluvieune. Beaulac, on le pense bien, ne put échapper à l'enthonsiasme universel. L'un des plus empressés à la réorganisation du cercle Lafièche, il se mit tout de suite à préparer, pour ses jeunes amis, une série de conférences apologétiques qui devaient avoir Pour titre principal “La Foi et la Raison”, Il faisait là preuve de clairvoyance. Sont-ils rares les jeunes gens qui, au sortir de l'école, ferment pour toujours leur catéchisme et tombent dans une profonde ignorance des vérités élémentaires de la foi, de la science des sciences? Sont-ils rares ceux qui se laissent prendre à la perfidie d’une première objection ? L'apologétique, ou mieux les simples leçons de catéchisme, présentées, autant quefaire se peut,

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sous une forme attrayante, ne sauraient occuper une place trop large dans nos cercles d'étude. Malheureusement Beaulac dont la santé demeurait languissante, et qui multipliait chague jour ses occupations, ne put mener à bonne fin son projet. (1)

Désireux d'apporter sa part d'apostolat, au moyen de la bonne presse, il fonda dans le Bien Public le “Coin des Jeunes,” auquel toute la jeunesse de la région capable de tenir une plume était invitée à collaborer, et, en bon capitaine, il paya bravement de sa personne.

“Pendant plusieurs mois, sans interruption, deux fois la semaine, malgré les fatigues et la maladie, il y écrivit toutes sortes d'articles, alternant le sujet sérieux avec les “Coups de Griffes.” Directeur il devait solliciter la collaboration malheureusement troprare, rem-

(1) Voir ce que pensait de l'importance des études religieuses Jules Vallerand, un autre jeune trop tôt dis . dans les Canadiens - l'abbé C. Roy, au chapitre : “Une âme de eune.”

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plaçant par ses écrits les articles qui faisaient défaut, ( ”

Les sujets les plus pratiques passèrent sous sa plume toujours alerte.

Il dit aux jeunes de fuir l'alcool qui détruit la santé, le talent, la fortune, le bonheur : “Jeunes gens voulez-vous être heureux ? soyez tempérants, et même, si vous en avez le courage, ne prenez jamais un verre de liqueur enivrante. C'est dans la jeunesse que l'on doit contracter de bonnes habitudes, Que la tempérance soit pour vous affaire de conviction, de raisonnement ; n'ayez pas honte, mais faites-vous plutôt une gloire de refuser un verre de boisson. Surtout, chers amis, ne prenez jamais d'alcool pour vous amuser :

c'est un bien vilain jeu; mieux vaudrait jouer avec le feu.” Puissent les jeunes qui liront ces lignes ne jamais oublier les conseils du jeune apôtre.

. (1) Lettre d’un de ses Compagnons d'apostot.

(2) Il écrivit ordinairement sous le pseudonyme de Jean-Baptiste.

Il prêche l'économie à tous, même à ceux qui hériteront demain des trésors de leur père. Qui dans sa jeunesse ne futéconome ne saura pas, plusitard, conserver un héritage, encore moins le faire fructifier. Il insiste particulièrement, dans une série d'articles, sur la nécessité pour les jeunes d'économiser leur temps ; il combat la “paresse de l'esprit.” C'était mettre le doigt sur une plaie d'autant plus dangereuse qu'on la croit moins grave. Que de fautes de paroles et d'actes, que de mauvaises habitudes contractées dans les heures perdues ! Et puis, l'apathie de nos jeunes gens pour les choses de l'intelligence ne les a-t-elle pas souvent empêchés de donner la mesure de leurs talents ? Les Canadiens français ont des aptitudes naturelles générales qui ont étonné les observateurs, et cependant bien peu d’entre eux s'élèvent audessus de la médiocrité, cela souvent parce qu'ils n'ont pas le souci des études théoriques et parce que le travail prolongé, qui n’est pas de stricte ri-

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