‹ Arthur Beaulac [microforme]Chapitre 9 sur 14 · NOUVEL AFFAISSEMENT · texte numérisé non relu

NOUVEL AFFAISSEMENT

bandonner : c'était à table, le danger était loin. En face du péril, serais-je plus calme que saint Pierre? Il est permis d'en douter sans manquer à la charité, n'est-ce pas? Commeil y a loin des paroles aux actes ! Il est facile et agréable de dire dans un moment de ferveur : Mon Dieu, je vous aime plus que tout ce que j'ai de plus cher.

Si le bon Dieu nous demande une preuve de cet amour, nous ne la lui donnons qu'avec impatience et regret. Heureusement qu'il sait faire violence à notre nature et nous enseigner la vie véritable et la “voie royale” de la croix qui conduit au ciel.. C’est du moins la grâce qu'il m'a faite”....

L'hiver avec ses glaces, ses tempêtes et ses longues nuits, s'en était allé encore une fois; un peu mélancolique, le pauvre malade voyait revenir le printemps: “Malgré les sourires du printemps, ma santé reste maussade; tout renaît dans la nature et moi on dirait que je m'en vais ..... Ceci ressemble, dit-il en plaisantant, aux lamentations

62 LA VOIE ROYALE ne ee

de la Semaine-Sainte.” Ses forces, en effet, diminuaient lentement, et continuellement. Le travail lui devenait parfois presque impossible : il essayait alors d'oublier un peu son mal dans les harmonieuses distractions de la musique. Toutefois ce n'était pas de l'engourdissement ni de l'ivresse qu'il cherchait. Son esprit très souple s'était plié avec succès aux études musicales comme aux autres études, mais jamais il ne s'était laissé énerver par ces accords mols et rêveurs si chers aux incomprises et aux névrosés. Pas plus qu'une certaine littérature romantique, les productions musicales de décadence n'avaient pu alanguir le regard de ce jeune homme et lui arracher des soupirs tendres et larmoyants, Epris des œuvres classiques et saines, il affectionnait particulièrement la musique grave, et la musique religieuse surtout. S'il fât devenu dominicain, ses connaissances musicales eussent certainement été précieuses pour sa communauté.

NOUVEL AFFAISSEMENT 63 gomme

Quoi qu'il en soit, toutes les harmo-

nies des maîtres ne pouvaient remplacer chez lui les douceurs du cloître.

“J'aime bien la musique, écrit-il le 12 mai 1911, je l'aime tellement que je me Passerais de manger pour entendre un concert comme celui de l’Immaculée Conception il y à quelque temps ; mais la musique, est-ce là un idéal, est-ce la vie? Pas pour moi, Car j'ai connu quelque chose d'infiniment meilleur et qui a pris mon Âme toute entière. Comme vous, frère, j'ai rêvé des joies austères du cloître, des jours heureux passés loin, bien loin du monde, seul, cœur à cœur avec Jésus ; puis des travaux doucement pénibles entrepris pour sa gloire et son amour. Comme tout cela est loin aujourd'hui! J ‘espère toujours, mais, tel un mirage, au moment où je crois le tenir, mon idéal toujours recule. Mon exil se prolonge ; et ce n'est pas la musique la plus délicieuse qui me peut faire oublier la patrie. L'espérance fait vivre et j'espère toujours me faire religieux.”

Si l'espérance demeurait, la lutte contre la tuberculose n'en était pas moins ardue. ‘Absolument épuisé,” il dut se résoudre bien à contre-cœur, vers la tin de juillet 1911, à se mettre au repos complet, même à s'aliter. “Je me suis mis bravement au lit, dit-il ; je m'y sais embêté ferme, mais j'ai mangé presque comme un bûcheron et j'ai engraissé, chose qui ne m'était pas arrivé depuis longtemps. A part cela le “rhume” a subi un rude assaut ; je crois que je vais le mettre dehors avant longtemps. Actuellement je me repose encore, c'est-à-dire que je passe la journée à ne rien faire ; après la peine de mort c’est le pire supplice que l'on puisse subir.” Et, comme presque toutes ses lettres, celle-ci se termine par un acte de conformité à la volonte du bon Dieu : “Il est clair que mon inactivité est ma vocation du moment. Puis il y a tant de choses que l'on peut faire, même quand on est forcé de rester au repos. Et je me dis que si malgré moi je suis obligé de rester dans le monde,

ire, r au moi nde,

NOUVEL AFFAISSEMENT 65 nm ae op

le bon Dieu le fait à dessein et pour mon bien. Cela suffit : le bon Dieu n'a pas de compte à me rendre ; mais il me demandera un jour ce que j'aurai fait pendant ma vie, et non pas si j'avais de la santé, si j'ai eu des succès, etc. Hélas ! cette théorie bien simple est parfois très dure à mettre en pratique, et l'on oublie trop souvent par malheur que c'est par l’humiliation et la souffrance qu'on entre dans la gloire ; que le temps de l'épreuve est le temps du mérite ; que l'on récolte bientôt dans l'allégresse ce que l'on a semé dans les larmes ; il faut que chaque instant le bon Dieu nous rappelle que c’est lui qui nous éprouve, qu'il compte nos peines, et surtout il faut qu'il nous donne la force de supporter la souffrance et l’adversité.” Ces paroles si chrétiennes et si vraies d'un jeune homme de vingt- U2 ans ne seront-elles pas un baume Pour les malades qui liront ces lignes ?

D re bee riens names

Fe

Hi:

NH 4 + "1h FA

Page 1