‹ Arthur de Bretagne; drame en quatre actesChapitre 22 sur 55 · SCÈNE III ARTHUR, GEOFFROY, EDWARD · texte numérisé non relu

SCÈNE III ARTHUR, GEOFFROY, EDWARD

EDWARD, aux pieds du duc et lui baisant les mains

Monseigneur ! monseigneur ! C'est vous ! vous que je vois !

ARTHUR

Vous êtes le fils du gouverneur d'e ce cMteau, de Mylord Bruce ?

EDWARD

Oui, Monseigneur. Jusqu'à ce jour, j'en étais fier; ne me forcez pas d'en rougir.

GEOFFROY

Williams Bruce a renommée de preux chevalier, et je ne puis croire qu'il veuille prendre part à una infamie ! Non ! votre père hésiterait, j'en suis sûr, à pousser la fidélité jusqu'au crime.

EDWARD

Vous êtes prisonnier, Monseigneur ! quand vous devriez <>fre assis -sur le trône d'Angleterre! Ainsi le ciel a permis que cette campagne de Mirebeau, qui .s'annonçait brillante et victorieuse, se terminât par la captivité !

ARTHUR

Hélos ! un traître nous a livrés !

F.DWARD

Je l'ignorais. Le nom de ce misérable, Monseigneur.

GEOFFROY

Guillaume des Roches !

EDWARD

Vakiï de mon père», son hôte en ce moment !

ARTHUR

Il eât ici ? dans ces murs ?

GEOFFROY

Quelle nouvelle trahison peut-il méditer encore ?

' EDWARD

Qu'il »oit maudit pour son crime et qu'on lui jette au visaj^. son nom comme une injure !

ARTHUR

Dieu 14 fasse merci !

GEOFFROY

Judas, 4ii livra Monseigneur Jésus-Christ, se pendit et ne \it point pardonné.

ARTHUR

Je lai bie\ aimé pourtant, cet homme. Il était près de moi, à Tours, lorsqu'on me vêtit de l'habit de chanoine, ert l'église Saint-Martin, et qu'on me lit

asseoir, nu chœur, dans le fauteuil du doyen, comme seigneur temporel des évéques de Bretagne ! Las ! las ! Guillaume, mon ami, pourquoi m'avez-vouç abandonné ?... Et (juand, fier et la tête haulo, au milieu des acclamât ions de mon peuple, j'entrais »i Rennes, où je fus couronne, rayonnant déjà de cotte "gloire que les prophètes ont prédite au nom/ d'Arthur..., il était là. près de moi, celui qui devait me trahir !

GEOFFROY

Et sans ce lâche, la reine Aliénor serait voire prisonnière, et le Poitou notre conquête ! Sans oe lâche, le roi Jean serait trop heureux, en ce jour, de racheter la liberté de Madame sa mère au prix d'un (hiché. <■! peut-être Jun royaume !

ARTHUR

Ah ! si j étais libre ! on verrait à mon nom :icconrir mes bons chevaliers, les Rohan, les Mauléon, les Montforf, les Châlellerault, les Penthièvre ! Vi j'irais droit à vous, roi .Tean ; et je vous poursuivr;iis, parjure, et je vous tuerais, lâche, dont l'épée ^'appelle trahison ! Oh ! être libre ! combattre ! Irioriphcr !

EDWARD

Monseigneur, il faut espérer.

ARTHUR

Je n'ai pas désespéré encore. Le roi Arthur, le preux chevalier, n'est pas mort, disent des légendes ! Mon nom me portera bonheur.

EDWARD

Oh ! si je pouvais, à rencontre des iiéfails de ce r.iiin-iirne (]i->^ Rorbeç si je iiouvais, Monseigneur,

donner ma \ie i»<)ur votre liberté, dès aujourd'hui vous seriez lii)re, et je mourrais content.

ARTHUR

Non, mon ami ! non ! A Dieu ne plaise que je veuille accepter de pareils sacrifices !

GEOFFROY

Oh ! MonseiLJTueur, comme on serait payé pourtant par la yloire dune mort semblable !

ARTHUR, les enloiiranl de ses bras

Mon Dieu, tu ne m'as pas tout pris, puisque de tels cœurs me restent ! Ayons confiance ! je ne veux pas croire qjie le ciel m'abandonne ainsi.

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