SCÈNE III ARTHUR, GEOFFROY, EDWARD
EDWARD, aux pieds du duc et lui baisant les mains
Monseigneur ! monseigneur ! C'est vous ! vous que je vois !
ARTHUR
Vous êtes le fils du gouverneur d'e ce cMteau, de Mylord Bruce ?
EDWARD
Oui, Monseigneur. Jusqu'à ce jour, j'en étais fier; ne me forcez pas d'en rougir.
GEOFFROY
Williams Bruce a renommée de preux chevalier, et je ne puis croire qu'il veuille prendre part à una infamie ! Non ! votre père hésiterait, j'en suis sûr, à pousser la fidélité jusqu'au crime.
EDWARD
Vous êtes prisonnier, Monseigneur ! quand vous devriez <>fre assis -sur le trône d'Angleterre! Ainsi le ciel a permis que cette campagne de Mirebeau, qui .s'annonçait brillante et victorieuse, se terminât par la captivité !
ARTHUR
Hélos ! un traître nous a livrés !
F.DWARD
Je l'ignorais. Le nom de ce misérable, Monseigneur.
GEOFFROY
Guillaume des Roches !
EDWARD
Vakiï de mon père», son hôte en ce moment !
ARTHUR
Il eât ici ? dans ces murs ?
GEOFFROY
Quelle nouvelle trahison peut-il méditer encore ?
' EDWARD
Qu'il »oit maudit pour son crime et qu'on lui jette au visaj^. son nom comme une injure !
ARTHUR
Dieu 14 fasse merci !
GEOFFROY
Judas, 4ii livra Monseigneur Jésus-Christ, se pendit et ne \it point pardonné.
ARTHUR
Je lai bie\ aimé pourtant, cet homme. Il était près de moi, à Tours, lorsqu'on me vêtit de l'habit de chanoine, ert l'église Saint-Martin, et qu'on me lit
asseoir, nu chœur, dans le fauteuil du doyen, comme seigneur temporel des évéques de Bretagne ! Las ! las ! Guillaume, mon ami, pourquoi m'avez-vouç abandonné ?... Et (juand, fier et la tête haulo, au milieu des acclamât ions de mon peuple, j'entrais »i Rennes, où je fus couronne, rayonnant déjà de cotte "gloire que les prophètes ont prédite au nom/ d'Arthur..., il était là. près de moi, celui qui devait me trahir !
GEOFFROY
Et sans ce lâche, la reine Aliénor serait voire prisonnière, et le Poitou notre conquête ! Sans oe lâche, le roi Jean serait trop heureux, en ce jour, de racheter la liberté de Madame sa mère au prix d'un (hiché. <■! peut-être Jun royaume !
ARTHUR
Ah ! si j étais libre ! on verrait à mon nom :icconrir mes bons chevaliers, les Rohan, les Mauléon, les Montforf, les Châlellerault, les Penthièvre ! Vi j'irais droit à vous, roi .Tean ; et je vous poursuivr;iis, parjure, et je vous tuerais, lâche, dont l'épée ^'appelle trahison ! Oh ! être libre ! combattre ! Irioriphcr !
EDWARD
Monseigneur, il faut espérer.
ARTHUR
Je n'ai pas désespéré encore. Le roi Arthur, le preux chevalier, n'est pas mort, disent des légendes ! Mon nom me portera bonheur.
EDWARD
Oh ! si je pouvais, à rencontre des iiéfails de ce r.iiin-iirne (]i->^ Rorbeç si je iiouvais, Monseigneur,
donner ma \ie i»<)ur votre liberté, dès aujourd'hui vous seriez lii)re, et je mourrais content.
ARTHUR
Non, mon ami ! non ! A Dieu ne plaise que je veuille accepter de pareils sacrifices !
GEOFFROY
Oh ! MonseiLJTueur, comme on serait payé pourtant par la yloire dune mort semblable !
ARTHUR, les enloiiranl de ses bras
Mon Dieu, tu ne m'as pas tout pris, puisque de tels cœurs me restent ! Ayons confiance ! je ne veux pas croire qjie le ciel m'abandonne ainsi.