‹ Arthur de Bretagne; drame en quatre actesChapitre 28 sur 55 · SCÈNE III LES PRÉCÉDENTS, ARTHUR · texte numérisé non relu

SCÈNE III LES PRÉCÉDENTS, ARTHUR

ARTHLB. à part J'avais donc tort de>i)éjer !

JEA.N

Approche, gentil duc.

ARTHUn

E> de que! duclK-. si! vous plaît me le dire ?

JF,.VN

- ?:--tu i)a.s du- au iK'fui pays de Brelajjne ?

AUTHUR

Certes je le suis, et oncquos ne sera en voire pou- ^^•ir df. m'cnlever mon dn.i!. .pii me vieni de mes

pères el <lc Dieu ! Oui ! je suis duc ef, ne vous déplaise, je suis roi.

JicAN, uL't'c un sourire narquois

VA «le .|uel royaume, s'il vous plaît me le «Tire ?

ARTHUR

De par mon père Geoffroy, voire frère aîné, je suis roi (lAntrlelerre. N'est-ce pas la coutume de ce pays que les enfants y représentent leur père dans tous «es droits au détriment de ses frères puînés, et souvenezvous du roi Richard, votre frère ! Ne savez-vous pas que, passant par Messine, pour l'entreprise de la délivrance des lieux saints, ne savez-vous pas qu'il voulut me choisir pour femme la tille de mon sire Tancrède, en me désignant comme son héritier pour son duché de Normandie et son royaume d'Angleterre ?

El ne sais-tu pas bien quà l'heure de .sa mort ce frère bien-aimé fut si marri de m'avoir déshérité de tous ses biens, qu'il me voulut, par testament en bonne et due forme, reconnaître pour son héritier.

Je sais que les faux écnls ne coûtent pas plus que les faux .serments au plus déloyal des chevaliers !

.lEAN

Tout beau, gentil neveu ! C'est mal à vous d'outrager un bon parent qui toujours eut souci de la foi jurée !

ARTHUR

Vous n'eûtes jamais souci, sachez-le, que de prendre le bien des autres el d'opprimer les iaibles, n'ayant

rfîspect à nulle conscience, sans révérence de Dieu, sans crainte de justice, vous servant de promesses et de serments, comme les oiseleurs pour prendre à leuns appâts les oisillons !

JEAN

Oui dà, bel oisillon ! V^ous êtes en cage, mais vous chantez mal, et je vous ferai changer de chanson. (// se lève.) Or ça, écoutez-moi, beau neveu de Bretagne ; renoncez en ce jour à vos fausses prétentions sur mes couronnes, et je vous donnerai la liberté.

ARTHUR

J'aimerais mieux soufïrir mille morts que souscrire à pareille infamie !

JEAN

Laisse-moi l'Angleterre et la Normandie, et je te rends la Bretagne !

ARTHUR

La Bretagne n'est pas prise encore, <|uc vous puissiez en disposer en maître ! Courez eu Normandie. Le roi de France vous y apj)rète de rudes combats !

Le roi Philippe n'est pas de taille h eiïrayer le roi Jean ; et je sais tels moyens de s'entendre avec lui que les ducs de Bretagne n'y pourraient contredire! Spuviens-toi, gentil duc, de l'entrevue de Boutavant. I! le soutenait contre nous de son argent et de ses armes. Puis, un beau jour, fatigué sans doute de tant de courtoisie, il te livra en nos mains, et force fut bien à ta vaillance de nous reconnaître solennellement l:)oijr roi d'Angleterre, duc de Normandie, comte légi-

— Cl) —

' CMC de la Touraine, du Mniue el du Poitou, et de nous

\ ire hommage do la Bretagne, en t'avouant humblc-

:it notre vassal, noire homme et notre justiciable !

ARTHUn

l'.h bien! j'en ai menti. Moi. ton vassal! dis-tu? Moi, ton homme, moi., ton justiciable ! Qu'on me donne un fer rouge pour brûler la langue qui a dit cela ! Qu'on m'arrache cette main, qui s'est posée dans la tienne comme dans celle d'un suzerain ! Je me renie ! Ah ! vous avez abusé de la force pour arracher ce mensonge à ma faiblesse, et tu t'en prévaux à cette heure ! Eh bien ! non ! non ! Je ne suis pas ton homme, entends-tu ! Je ne suis pas ton justiciable ! Je ne suis pas ton vassal !... Je suis ton 'prince, ton 1 suzerain et ton maître ! Je suis ton roi ! (// s'avance ' vers le roi Jean, lêlc haute et main levée.)

JEAN, froidement

Tu disais vrai, Maulac : il est incorrigible. Amaury,

il faut le reconduire en prison. Soyez témoin^, vous

! deux, que je n'ai rien négligé pour le convaincre. Mais

1 il est trop mon ennemi pour qu'on le puisse mettre

I en liberté. Je l'aurais voulu pourtant, beau neveu, ot

lu me contrains à des mesures qui coûtent à mon

bon cœur. Mais je suis ton roi avant que d'être ton

I oncle. Va, gentil duc. et ne t'en prends qu'à toi de

l'avenir.

ARTHUR

L'avenir est à Dieu, j'ai foi en lui ! (// marche fièrement vers la prison. .Amaury l'accompagne jusqu'à j la porte qu'il ferme.)

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