‹ Arthur de VarennesChapitre 11 sur 19 · CHAPITRE NEUVIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEUVIEME

Retour à Livry,

Mon retour îi Livrj me causa une sensation indicible de bonheur. Il me paraissail que je n'étais pas le même homme et que je renaissais fa une nouvelle vie.

Quand le matin, en m'éveillant, je fis ouvrir mes croisées, l'air embaumé d'une belle matinée de printemps me ravit. Cette bonne senteur de la verdure me pénétrait délicieusement. Le calme et tranquille murmure de la campagne aux innombrables voix expressives parlait un langage plein d amour à mon âme émue. Ce fut une bien grande jouissance pour mon cœur que ce réveil au milieu de la nature. Paris nie sembla a mille lieues loin de mot. Je respirai plus librement... L'espérance d'une nouvelle félicité sembla se présenter à moi. Rêves de mon cœur, vous ne pouviez être un mensonge!

\ai< réflexions <|in succédèrent ;i oe premier réveil enchanté, ne m'appor* .[ aucune iriste pensécf. l'étais près ..;>. i . et je ne pen entic en retrouvanl avec eu

de folie on songeant à craintes si exagérées qu'elles m'avaient fait fuir.Ne pouvais-je donc voir Ihe, l'aimer en silence et être beuseule j< Cela n'étail-

il pas bien préférable \\ l'affreux isolement de sympathies que j';i\ai> ressenti iris, l'uis, mon père, qui p rtagerail notre chère intimité. Son inimitable

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esprit me promettait des jouissances toujours nouvelles. J'aimais mon père avec adoration. C'était un si noble cœur, une si haute intelligence, que ma vénération pour lui était un culte.

Je m'étonnai que tout en se rappelant au souvenir des enfants de madame de Simiane, il ne me dit pas si l'intention de la comtesse était de revenir en France. Plusieurs fois je relus le billet du comte de Varennes, et toujours la même obscurité existait pour moi. Enfin, je me persuadai que cette énigme me serait bientôt expliquée, et je résolus de n'y penser seulement que pour m'y réjouir

n ridée de l'arrivée de mon père.

Le dépari de .Marie, de madame aenneval, contribua, je le crois, à changei ma manière de voir sur les dangers de m(,n séjour à Livry. Sans me l'avouer, je craignais madame Renneval.

Les armes qu'un esprit méchant appelle en aide à sa perQdie, sont parfois si tranchantes, que l'effroi peul naître bien avant que la pensée ail réalisé limniiuence du danger.

Avec Marie, un tout autre sentiment envahissait mon àme. J'aimais et je craignais tout ii la lois le charme qui me retenait auprès d'elle. Depuis que j'avais

cru deviner son amour pour moi, ce n'était plus une complète indifférence que je ressentais pour Marie. L'amour a une force, une ardeur, un feu, qui embrasent tout ce qui l'approche. Qui pourrait rester froid auprès d'un être qui est tout amour? La reconnaissance, l'amour-propre même se confondent, on veut n'être pas ingrat et rendre un peu de tout ce que Ton reçoit. La satisfaction, la générosité entraînent, on le croit du moins, et involontairement on se laisse aller en des paroles qui expriment plus que ce que Ton éprouve !

Tous ces dangers, toutes ces préoccupa-

lions ''taicnt loin de moi. U De dm restait plus a dopipter el a combattre qu'un amour invincible, sans doute, mais que je devais réussir a -avoir enferme* eft moi étornellemenl !

Ce lut donc avec! la joie dans le cœur, avec un rayonnement de bonheur indicible que je re\i> Berthe.

Elle était seule.

le m'enivrai «le sa présence tout a loisir Qu'elle était belle, el que cette

eourle aliénée nie la lit trouver plus

adorable encore que je ne l'avais jamais uk\ Loin d'elle, son souvenir ne m'avait pasquilté une seule minute. A tout instant

du jour, le charme délicieux qui était en elle empruntait mille images qui se retraçaient et se confondaient en moi.

C'est en vain qu'appelant la raison a mon aide, je voulais fuir ces souvenirs charmants, je ne le pouvais, et ma faiblesse triomphait de moi-même. Pourtant, en revoyant Berthe, il me sembla que je l'avais oubliée, que c'était à une pâle copie d'elle-même que j'avais rendu un culte ardent.

Sa beauté était bien vraie; sa vivacité plus délicieuse, sa grâce plus enchanteresse. Ah! je l'aimais a en devenir fou!...

DE VARKNNI ' ' '

après s'être réjoui sur mon récent retour a Livr) el m'avoir dil loul le plaisir qu'elle <mi ressentait :

— Quoi, vraiment, ajoutait-elle , \r con\\r de Varennes ne vous dît rien de ma belle-mère, c'esl incompréhensible .'

— Bn effet, madame, j'ai été fort surpris de cel oubli, car je ne puis expliquer autrement le silence de mon père.

— Pourtant, puisqu'il vous parle de nous, cela aurail bien du U* faire songer à la comtesse deSimiane.

- C'est vrai, et je me suisilrjà adressr toutes ces questions sans pouvoir parvenir à leur trouter une seule réponse m is

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