‹ Arthur de VarennesChapitre 14 sur 19 · CHAPITRE DIXIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIXIEME

Le comte de Varennes.

- po - ion d mon bonheur «mi pensant que j'étais auprès de Rerthe. Chaque regard, chaque chaque mol que je me Ile , me disaient et

charme si inimitables. Toutes les paroles qu'elle avait prononcées pendant notre dernier entretien étaient recueillies par moi et renfermées dans le sanctuaire profond de mon âme. Ses idées, ses sentiments semblaient n'appartenir qu'a elle. L'aUrait délicieux qu'elle savait communiquer au moindre mot en changeait la valeur et lui donnait toujours une expression nouvelle.

Son esprit réfléchi et enjoué en même temps, son imagination vive et juste, l'empêchaient de se laisser aller à aucune exagération de coquetterie. Il y avait en elle le désir de plaire, d'être aimée; mais c'était un désir noble

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comme elle; son ambition de plaire élaifl pure comme ><m cœur. Soi i charme le pins délicieux, c'était d'être vraie: tout en elle se résumai! eu un seul mot, elle était naturelle.

lu souvenir fugitif ramena ma pensée vers quelques paroles qu'elle avafit dites et sur lesquelles je ne m'étais pas arrêté. En parlant de madame Dusolier, de nos bonnes soirées passées au coin du feu, elle avaif émis le doute que ces rées ne fussent plus aussi agréables pour moi en l'absence de Marie, t ne douleur soudaine envahit tout mou être!*. Croyait-elle donc qu'auprès d'elle

que je regretterais Marie? Je pouvais lui taire mon amour, lui laisser ignorer que je l'adorais, mais l'entretenir dans la pensée que j'en aimais une autre!... ah! cela était impossible !

Je fus tiré de ma rêverie par un bruit de voiture qui fit tressaillir mon cœur. Je m'élançai au devant de mon père et le pressai avec joie dans mes bras.

Près d'un an s'était écoulé depuis notre séparation, et mon père et moi nous ne nous lassions pas de nous conte mpier. Sa belle et noble figure, qu'une divine émotion paternelle animait, était ravonnante de beauté.

— Arthur, mon chet (ils, |e vous vois!... celle absence m'a paru bien Ion-

•. en a-t-il été de même pour vous?

— Pouvez-voiis en ( n père; n'ètes-vous {>;)- mon meilleur ami el 00 <jue j'aime le plus au monde !

— Oui tu es un noble et digne cœur, et tu le sais, tu as été, el inséras toujours le premier objet de ma tendre s

b ! un de te le ré| icore,

ment où je veux Le faire pari d'un grand projet à duquel toul ton as» ntiment est né< saire. Mais I d'entreprendre ma

confidence, je \ . 1 i - me reposer quel-

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ques iieures; bientôt je le reverrai ,

Je conduisis le comte de Varennes dans son appartement et je le laissai goûter quelques heures d'un sommeil réparateur. À son réveil, son premier regard fut pour moi; j'avais passé près de lui, à le veiller, le temps qu'il donnait au repos.

— Bon Arthur, me dit-il, tu attendais mon réveil avec impatience?

— Non, mon père, je vous voyais dormir avec joie sous mes regards; il me semblait qu'en vous contemplant

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avec lendresse^ voire repos élail plus parfait.

— Oui, lu dis vrai, dormir m>u^ l'œil el sous If toil de son enfant bien aimé, c'est le sommeil d'un heureux.

— Permettez-moi, mon père, de vous demander quelques détails sur votre voyage, ri surtoul de nous parler de la comtesse de Simiane; n'est-elle pas au

<1<* retour.

— Oui . mou ami ; j'ai fail route avec la comtesse el l'ai remise dans les br -

de ses enfants.

r- Vous avez donc va Albert?

— Certainement, et j'ai pu faire compliment à sa mère d'avoir un pareil

lils. Tu avais raison, mon Arthur, Albert est un homme accompli, et sa Berthe et son fils achèvent un tableau parfait.

Mais j'ai hâte de te dire le rêve constant qui occupe ma pensée en ce moment.

Tu sais, Arthur, que la comlesse Alphonsine de Simiane a été d'une grande beauté. Nous sommes presque contemporains, et ce ne fut pas toujours impu-

DE

aenl que j'ai admiré madame miane. .l<i puis le faire cel aveu, jr l'ai ardemment aimée. Pourtant mon amour fut silencieux.

Les nifcon même

de la comtesse nous éloignèrent l'urt de l'antre. Sa légèreté, son imprévoyance l'entraînèrent en des malheurs de fortune forl dépl< inrs années f i usèrent, et elle n'allait plufc dans le

Ta mère n fiait plus depuis longtemps, lu i lis tous us, c( cette

mon cœur. T rïage, la mort de la bieo-aiméelulie, les

malheurs de mon roi, sont des événements qui changent toute une vie.

A Rome, j'ai revu la comtesse de Simiane ; son peu de fortune la force à mener une vie toute de résignation. Sans y songer, elle supporte avec un calme merveilleux des privations de tous les instants. Cette femme, habituée au luxe d'une vie élégante, se soumet à la simplicité avec une abnégation louchante.

Je n'ai pu rester insensible devant tant de vertus. Bien loin de moi est l'ardeur d'un amour ridicule a mon âge. C'est avec calme, avec sang froid que l'idée m'est venue de rendre une existence

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brillante à madame de Simiane en lui offrant ma torture cl mon nom. Cependant, Arthur, j'avais l*suin de le parler de mes projets, de savoir si rien en m\ ne pouvait te blesser et si lu voulais accepter la belle-mère que je te propose î

— Pou\ez-\nii> en douter, mon pèrel Voire satisfaction nV>i-elle pa> mon plus urami bonheur? Ces! avec joie que je

nommerai Albert mon frère : que je verrai voire avenir embelli . rajeuni par la tendre— e d'une femme aimée! Et la opmtesse de Simiane a-t-elle donné son assentiment à ce projet !

— Dr même que moi , Arthur, elle

veut consulter son fils, sa belle-fille. Ces! son premier, son plus véritable amour ! L'attach?menl que nous avons l'un pour l'autre ne vient qu'après la tendresse que nous portons a nos enfants chéris.

— Albert sera bien lier de vous nommer son père! Aucune arrière-pensée chagrine ne pourra toubler pour lui le bonheur de vous donner ce nom. Lorsqu'il perdit le comte de Simiane, il était encore enfant. Le nom et le caractère du comte de Varennes sont bien beaux, mon père, et c'est un grand honneur de se rattacher à une famille où les vertus sont héréditaires- Pour moi, je vous as-

Mire que si 1rs gravés pfincip >s ue sa se que vous m'avez inculqués viennent parfois ;i faiblir en moi ; en me rappelant le beau nom que je porte, je me persuade qu'une mauvaise action l'entacherait, el je Retrouve ;i celle pensée âé nouvelles forces pour comliattre l'esprit du mal qui est |>arlni> mi nous.

— Mon fils, mon Arthur, In es le plus noble des cœurs...

Nous allâmes presque aussitôt a ia préfecture.

<: est Arthur de Sfarehnes, mon Ùls, que je von- présente, dit mon père à la comtesse de Simiane : voudriez-fous aussi le nommer votre lil»

— Oui, comte, je le veux, s'il consent a m'appeler sa mère.

— Avoir le droit de nommer Albert mon frère , c'est me faire prononcer joyeusement le doux nom de mère que je vous donne avec bonheur !

Albert était radieux de la présence de sa mère.

Ses projets d'union avec le comte de Varennes le remplissaient d'une satisfaction suprême.

— Ah ! mon ami, me dit-il, mon frère bientôt; je vais donc revoir ma mère entourée de ce luxe qui lui seyait si bien î

Son courage dans des temps malheu-

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reux, son admirable résignatioo, auronl enfin leur récompense. Elle est si belle de vertus! Vingt l'ois je l'ai suppliée de venirpartager notre opulence. Non, mou Albert, me disait-elle, lu le dois a ta femme, a ton lils; et moi, je veux penser pour vous tous. Sur la pension de cinq mille francs que lu me dois, je trouve encore un moyen d'avoir des économies : je les réserve pour .Maxime; je \eux an jour, moi aussi, pouvoir lui donner sa dot.

Je ne vous parle que d'argent, mon cber Arthur, ajouta Albert, parce que

malheureusement toutes les positions

dans le monde dépendent beaucoup delà

fortune; ma mère va maintenant fort peu dans ce monde, et je sais que pour elle c'est une grande privation. Majs quand l'entourage n'est plus le même, quand on ne se présente pas dans la société avec les avantages qu'on était habitué a y avoir naturellement, il semble que la personne elle-même ne soit plus telle quelle était avant; l'accueil qu'on lui fait se ressent beaucoup des dehors qu'elle y apporte, et la richesse élégante est à présent le meilleur passe-port dans un salon, pour y êlre reçu avec distinction.

Nous nous rapprochâmes de Berlhe, car notre conversation avait eu lieu à

\<»i\ basse dans un qoîjq 4m Rlw»

— Arthur, inr dit-tdlr, nous allniidoue être il ii i< par les liens ilr la parepté.A L'avenir, vous aurez droit aussi a notre bonheur! Tout doil a commun dans une bonne Famille. Aussi n'ayez plus de pensées chagrines a \ seule. Songez iju;4 si vous devez parlalagcr nos joies, nous r clamons noire pari de vos tristesses ?

— Peut il exister «los chagrins, pour moi, Berthe, «| na id m«j> amis bien aii .,!•>, dr\ m ii in ri t mc> parcnl>, ri que mon devoir et mon cœur xmi -i i d'accord pour lt>> chérir, ouaud je y vojs si bonne, si pai i lite, je ne p<

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qu'a vous admirer el je suis bien heureux de songer qu'il m'est permis aussi de vous aimer!

— As-tu dit à Arthur les nouvelles que nous avons reçues de Marie, demanda Albert à sa femme.

— Voyez comme je suis négligente, s'écria Berthe, ma joie me fait oublier une amie malheureuse. Ah! c'est bien mal à moi, et je ne me pardonne pas cet égoïsme !

— Mais qu'est-il donc arrivé à madame Dusolier?

— Oh! rassurez- vous; rien de sérieusement malheureux; mais une assez vive

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