‹ Arthur (volume 2)Chapitre 11 sur 23 · CHAPITRE SEPTIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIEME

Ca latrf.

Les trois mois qui suivirent nos aveux passèrent comme un songe. Ces instants furent certainement des plus beaux et des plus heureux de ma vie ; tout avait paru s'harmoniser avec ce jeune et candide amour; la saison avait élé magnifique, notre résidence était somptueuse et pittoresque ; tous

\J1 AUTilLU.

les accessoires de notre vie étaient enfin remplis de luxe et d'élégance, sorte de poésie en action, toujours d'un prix inestimable ; cadre d'or qui ajoute encore à l'éclat des plus suaves peintures î

Au milieu du parc était un immense étang; j'avais fait construire une large gondole garnie de tentes, de rideaux, de tapis, de moelleux coussins et d'une table à thé; aussi, bien souvent le soir, par de belles nuits, Hélène , sa mère , Sophie et moi, nous faisions de longues promenades sur ce petit lac. Au milieu s'élevait une île touffue avec un pavillon de musique, et quelquefois je faisais venir de la viiie voisine , qui tenait garnison, trois excellents musiciens allemands, qui, placés dans ce pavillon, exécutaient à ravir de charmants trios d'alto , de flùleet de harpe.

Afin d'être seuls dans cette gondole et de ne pas ressentir la secousse des rames, je la faisais remorquer au bout d'une longue corde par un bateau conduit par deux de mes gens.

LA LETir.E. l53

Que de fois, ainsi berrés sur l'onde, plongés dans une molle et délicieuse rêverie, au bruit léger de l'urne frémissante, aspirant le doux parfum du thé , ou rafraîchissant nos lèvres dans la neige des sorbets, nous écoutions avec ravissement ces bouffées d'harmonie lointaine qui nous venaient de nie... pendant que la lune inondait de clarté les grands prés et les grands bois du parc !

Que de longues soirées j'ai ainsi passées à côté d'Hélène! avec quelle sympathie nous nous sentions enivrés de ces brises de mélodie qui tantôt chantaient si suaves et si sonores , et tantôt se taisaient soudainement!... Je me souviens que ces brusques silences nous causaient surtout une tristesse à la fois douce et y rande. L'oreille se blase, à la fin, de sons, tels harmonieux qu'ils soient, mais un chant ainsi coupé çà et là d'intermittences qui permettent de rêver à ce qui vient de vous charmer , de sentir au fond de votre cœur comme l'écho aft'aibli de ces plaintives et dernières vibrations; un chant

l54 ARTHUR.

ainsi coupé vous entraîne davantage, et se fait désirer plus vivement encore...

Pendant ces délicieux moments, j'étais toujours assisauprès d'Hélène, j 'avais sa main dans les miennes , et leurs douces pressions étaient pour nous un muet langage , grâce auc[uel nous échangions nos sensations , siprcfondesetsi variées; quelquefois même, enivrante et chaste faveur! je profitais d'un moment d'obscurité pour appuyer ma tête sur la LIanche épaule d'Hélène, dont la laillesemblait alors s'assouplir plus languissamment

Mais hélas! ces beaux songes devaient avoir leur réveil... réveil amer et décevant!

(/était à la fin d'une journée de no membre; je revenais au château, à pied avec Hélène, mademoiselle de Verteuil et mon précepteur, dont j'avais fait mon intendant.

Le femps était sombre et couvert, le soleil à son déclin; nous suivions la lisière de la forêt déjà diaprée des nuances de 1 automne, bes b«nileanx à écorce argentée semblaient

Page 1