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veux le (lire que cette pensée est d'un être méchant, cette parole d'un être lâche et ingrat. Tu me fais horreur, et j'abjure ici toute l'amitié que j'ai eue pour toi pendant si longtemps. Adieu, je te fuis, je ne veux jamais te revoir, je deviendrais lâche et méchant aussi avec toi.
— Bien, bien ! reprit le prince arrivé au comble de la colère, et par conséquent de la sécheresse amère et dédaigneuse. Continuez, outragez-moi, frappez-moi , battons-nous , afin que je meure ou que je parte, c'est là le plan, je le sais. Elle sera bien douce , la nuit de plaisir qui récompensera votre conduite chevaleresque !
Salvator était au moment de s'élancer sur Karol. Il prit une chaise à deux mains, incertain de ce qu'il allait faire. Il se sentait devenir fou, il tremblait comme une femme nerveuse, et pourtant il aurait eu la force en ce moment de faire écrouler la maison sur sa tête.
Il y eut un moment de silence affreux, peiulant lequel on entendit monter dans l'air calme du soir une petite voix douce qui disait :
— Ecoute, maman, je sais ma leçon do français, et je vais te la dire avant de m'endormir :
Deux coqs vivaient en paix, une poule survint, Et voilà la guerre allumée!
Amour, lu perdis Troie!...
La fenêtre d'en bas se ferma, et la voix de Stella
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se perdit. Salvator éclata d'un rire amer, brisa sa chaise en la remellant sur ses pieds, et sortit impétueusement de la chambre de Karol, en poussant la porte avec fracas.
— Lucrezia, dit-il à la Floriani en allant frapper chez elle, laisse un peu les enfants, appelle la bonne, je veux te parler tout de suite.
Il l'emmena au fond du parc.
— Écoute, lui dit-il, Karol est un misérable ou un malheureux , le plus lâche ou le plus fou de les amants, le plus dangereux à coup sur, celui qui te tuera à coups d'épingles si tu ne le quittes sur l'heure. Il est jaloux de tout, il est jaloux de son ombre, c'est une maladie; mais il est jaloux de moi, et cela, c'est une infamie ! Jamais il ne se résoudra à te quitter ; il ne veut pas partir, il ne partira pas. C'est à loi de fuir de la propre maison. Il n'y a pas un moment à perdre; saute dans une barque, gagne la prochaine poste, va-t'en à Fiomc, à Milan, au bout du monde, ou tiens-loi cachée, bien cachée dans quelque chaumière... Je déraisonne peut-être, je n'ai pas ma tête tant je suis indigné ; mais il faut trouver un moyen !... Tiens! en voici un, pénibje, mais certain. Fuyons ensemble. Nous n'irons qu'à deux lieues d'ici, nous n'y resterions que deux heures , c'est assez ! Il croira qu'il a deviné juste, que je suis ton amant, il est trop fier pour hésiter alors à prendre son parti, et tu en seras à jamais délivrée.
— Tu es lou toi-même, mon pauvre ami ! répondit la Lucrezia, ou tu veux qu'il le devienne. Mais moi, je souffre assez d'être soupçonnée, je ne me résoudrais point à être méprisée !
— Être soupçonnée, c'est être méprisée déjà, malheureuse femme! Tu tiens donc encore à l'estime d'un homme que lu ne peux plus prendre au sérieux? Quelle folie! Allons, viens avec moi ; que crains-tu? Que j'abuse de ton accablement et me rende digne, malgré toi, de la bonne opinion que Karol a de mon caractère? Moi, je ne suis pas un lâche, et s'il faut te rassurer davantage, je puis te dire que je ne suis plus amoureux de toi. Non , non. Dieu ni'en préserve ! Tu es trop faible, trop crédule, trop absurde. Tu n'es pas la femme forte que je croyais : tu n'es qu'un enfant sans cervelle et sans fierté. Ta passion pour Karol m'a bien guéri, je te le jure, de celle que j'aurais pu concevoir pour toi ; allons, le temps presse. S'il venait en ce moment t'implorer, tu lui ouvrirais tes bras et tu lui ferais serment de ne jamais le quitter; je te connais. Fuyons donc ! Servons-nous de sa propre maladie pour le guérir, et présentons-lui son fantôme comme une réalité. Qu'il te croie menteuse et galante; qu'il te haïsse, qu'il parte en te maudissant, en secouant la poussière de ses pieds. Que crainstu? l'opinion d'un fou? Il ne te traduira pas devant celle du monde ; il gardera un éternel silence sur son désastre. Si tu le veux, d'ailleurs, tu te justi-
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fieras plus lard. 3Iais à présent il faut coui)er le mal dans sa racine. 11 faut fuir.
— Tu n'oublies qu'une chose, Sahalor, répondit la Lucrezia; c'est que coupable ou malheureux, je l'aime et. l'aimerai toujours. Je donnerais mon sang pour alléL^er sa soulfranee, ef tu crois que je pourrais lui déchirer le cœur pour reconquérir mon repos ! Ce serait un étrange moyen !
— En ce cas, tu es lâche aussi, s'écria le comte , et je l'abandonne ! Souviens-toi de ce que je le dis ici : Tu es perdue!
— Je le sais bien, répondit-elle; mais avant de partir, tu te réconcilieras avec lui !
— Ne m'y pousse pas, je suis capable de le tuer. Je m'en vais de suite, c'est le plus sur. Adieu, Lucrezia.
— Adieu, Salvator, lui dit-elle en se jetant dans ses bras, nous ne nous reverrons peut-être jamais.
Elle fondit en larmes, mais elle le laissa partir.