‹ Arthur (volume 4)Chapitre 44 sur 58 · MADAME LA PRINCESSE DE FERSEX. I · texte numérisé non relu

MADAME LA PRINCESSE DE FERSEX. I

cation très-cullivée et un jugement d'une iiiaturité précoce. Lors de son mariage , le prince était ambassadeur à Vienne.

Il avait d'abord craint rinexpérieiice de sa femme, cliargée si jeune de toutes les responsabilités qui pèsent sur l'ambassadrice d'uin* grande puissance auprès d'une cour aussi sévère, aussi grave et aussi digne dans son éti- ([uettc que la cour d'Autriche. Mais madame de Fersen, merveilleusement douée, satisfît aux moindres exigences de sa position , grâce au tact exquis, aux nuances délicates , à la mesure parfaite quelle sut apporter dans des relations si difficiles.

— u Toute jeune, pétrie de grâce et d'esprit,

— me dit le prince, — vous jugez si madame de Fersen fut aussitôt entourée , courtisée par la fine fleur de tous les étrangers qui arrivaient à la cour de Vienne.

^^ Quoiqu'un mari ne doive pas plus parler de la vertu de sa femme qu'un gentilhomme de sa race, — ajouta M. de Fersen en souriant,

— je crois, je sais que la femme de César na jamais clé soupçonnée, et pourtant OV/r avait cinquante ans... Kt pourtant je m'étais marié moins peut-être par amour, quoique Catherine fut charmante, ipie |)arce (pi'il est cer-

19S AU THl R

lainos ambassades (jiic Ton m* floiitic pas aii\ ci'libalaires, cl puis parce (pie flans ma posifioii je voulais avoir piés de moi un être candide et dêsintéiessé , sur Tespril duquel je pourrais essayer rd'iel de certaines combinaisons... à peu près, sauf la férocité de la comparaison, — ajouta le prince en riant , — comme quelques patriciens de Rome essayaient des poisons sur leurs esclaves. L'expérience m'a prouvé que l'excessive pureté était souvent bien plus dillicile à tromper que l'excessive duplicité , car les enfants devinent presque toujours les pièges (ju'on leur tend. Aussi lorsque je vois Catherine admettre certains projets, certaines idées assez babilement déguisées, pour que son naturel sensible, délicat et généreux n'en soit pas choqué , je ne crains pas plus tard, en émettant cette idée, d'irriter la susceptibilité de mes chers collègues dont la conscience est généralement fort coriace.

;• Peu à peu , — continua le prince , — madame de Fersen prit goût à la politique, car, pour continuer mes expériences, je lui confiai, sous différents aspects, beaucoup de questions que j'avais à résoudre. Mais n'allez pas croire que sa politique fut sèche ou égoïste... non , non , l'amour exalté de l'humanité était le seul

Page 1