‹ Arthur (volume 4)Chapitre 48 sur 58 · TRADITION · texte numérisé non relu

TRADITION

t*n embrassant sa lille. — Vous ne lui en voulez donc pas do son élranj^r, do sa folio pi'ôdirlion ?

— \oK , niadanie, carjovais à mon tour lui on faire une, et alors nous serons quittes... Mademoiselle Irène, lui dis-je Irès-sérieusement , en prenanl sa petite main dans les miennes, — je ne vous dirai pas fpie vous irez là-hmit , mais je vous promets que dans dix ou douze ans d'iei, il viendra tout exprès de hi-hant , ici-bas, un bel ange, beau comme vous , bon comme vous , cbarmant comme vous , et qui vous conduira dans un palais magnifique, tout d'or et tout de marbre, où vous vivrez bien longtemps, bien longtemps, on ne peut pas plus beurouse avec ce bel ange , car il vous aimera comme vous aimez votre mère ; et puis un jour, ce palais n'étant plus assez beau pour vous, vous vous envolerez tous deux pour en aller habiter un plus magnifique encore...

— Et vous y serez avec ma mère, dans ce palais? — me demanda l'enfant en attachant tour à tour ses grands yeuv inlerr. gatifs sur madame de Fersen et sur moi.

Ce fut une folie, mais je fus cliarmé du rapprochement que faisait Irène, en ])arlant de sa mère et de moi.

H)fi .\HTniR.

Jr 110 sais si iiiiulaiiic de Fcrsen roniarqiia ce. senlimeiit , mais cllo roiij^it , vl dit à sa fillp, sans doiito pour ôludoi- de rrpoiidro à sa qiirslion :

— Oui, mou cufaut.j'j serai... je rrspcre du moins.

— Mais vous y serez avec lui?... — iéprta reniant en me montrant du liout de son petit doi<]t.

Soit qu'elle fût contrariée de la siiifjulière insistance d'Irène, soit qu'elle en fut embarrassée, madame de Fersen la baisa tendrement au front , la pressa sur son cœur et la serra dans ses bras , en lui disant : — Vous êtes une petite folle; dormez, mon enfant... — Puis elle ajouta d'un air distrait, en regardant à travers la fenêtre de la galerie : — Il fait un bien beau temps aujourd'hui, monsieur; que la mer est calme!

— Très-calme, — répondis-je avec assez de dépit, en voyant la conversation prendre cette tournure.

Irène ferma ses yeux et parut vouloir dormir; sa mère, avec une grâce indicible, ramena quelques grosses boucles de cheveux sur les yeux de l'enfant, et lui dit à voix basse celte puérilité maternelle : — Dormez, mon enfant.

Page 1