‹ Arthur (volume 4)Chapitre 5 sur 58 · LK YACHT · texte numérisé non relu

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vait de retraite à Geordy ; au moyen de pinces de fer, ils soulevèrent péniblement une large pierre, qui fermait une ouverture sans doute très-spacieuse, car ils en tirèrent à la hâte plusieurs caisses et quelques barils fort pesants, qu'ils transportèrent dans la chaloupe.

Au risque de nous faire découvrir, Falmouth partit d'un bruyant éclat de rire, et me dit :

— Ce sont tout bonnement de braves Smogglers qui ont caché là leur contrebande, de peur de la visite des douaniers ou des gardes-côtes français, et qui s'apprêtent à remettre en mer cette nuit avec ce fruit défendu. Cela m'explique pourquoi ils ont un navire qui doit si bien marcher.

— Mais, — lui dis-je, — si cela était, pourquoi le lieutenant de votre brick, qui n'est ni garde-côte ni douanier, viendrait -il les épier ainsi ?

— \ous avez raison, — reprit Falmouth, — je m'y perds; voyons donc la fin de tout ceci.

Dix minutes après l'embarquement des caisses, la chaloupe, si chargée qu'elle enfonçait presque au niveau de l'eau , regagna péniblement le niystic qui venait de hisser ses dernières voiles.

A peine l'embarcation avait-elle pris \v

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lar^qi^ que Cicoidy s rlaiira do sa carliolh*, vl courut de toules ses lorees dans la dirertion de la ))aie où élait mouillé le yarlil ; mais celle lois le lieutenaiil, au lieu de se «{lisse r derrière les roeliers , sui\il le horrl de la fjrève, et les marins de la ehaloupe raj)eiTurent à la clarté de la lune.

Aussitôt l'homme au caban noir, placé à la poupe, se leva, abandonnant son «gouvernail, prit un lusil, et ajusta vivement (ieordy.

La lueui- brilla dans r<d)scurilé , le coup partit...

Quoiqu'un second coup de feu eût suivi le premier, (ieordy ne nous parut pas blessé, car il conlinua de courir jusqu'à un détour de la côte où nous le perdîmes de vue.

— Re,q[agnons le mouilla,']e de la {joélette, — dis-je à Falmouth , — il sera peut-être temps encore de nous rendre à bord de ce inystic, et d'obtenir justice de son attaque.

Tout en courant précipitamment le long de la rampe des rochers, nous voyions toujours la chaloupe l'orcer de rames pour rejoindre le m y Stic.

En peu d'inslants elle l'eut atteint, fut hissée à bord, et le bâtiment ouvrant au vent du nord ses grandes antennes , comme deux ailes im-

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niciisos, disparut bientôt dans les sombres profondeurs de rborizon.

— H est trop tard, — dit Falnioutb, — les voilà partis.

\ous arrivilmes en toute bâte à une niiséi-able auberge, située près de renibarcadère du Frais-Port; nous y trouvâmes Geordy... 11 n'était pas blessé.

— Mais explique-moi donc, — lui dit Falnioutb, — ce que tu as été faire sur la cô(e , et pourquoi ces misérables viennent de te tirer {\c\i\ coups de fusil?

(îcordy , fort étonné de voir Falnioutb instruit de cette circonstance, lui donna les délails suivants :

('e mystic sarde , mouillé dans la baie lors de l'arrivée du yacbt , devait appareiller trèspi'oebainement. Quoiqu'il eût prétendu être sur son lest, et retourner sans cbargcment de Bareeionne à \ice, la présence de la goélette anglaise sembla cbanger les dispositions du eaj)ilaine de ce biltiment.

Son séjour à. PorqueroUcs se prolongeant de plus en plus, Williams et Geordy s'étonnèrent avec raison de voir un pauvre biitiment de commeire p(>rdre ainsi un lemps précieux ; cai- son

ôquipaye se iiionlail à liiijjl honiiues, nombre de matelots déjà siiiijulièremcnt considérable pour un navire de cette force, qui, demeurant sans emploi , ne pouvait couvrir la dépense considérable de ses frais d'armement. Les deux Anglais, désireux de juger par eux-mêmes de ce que pouvait être ce bâtiment , s'y étaient rendus sous le prétexte de demander un léger service au capitaine. Ils avaient pu examiner rinlérieur du mystic, qui leur sembla beaucoup plus disposé pour la course que pour le commerce ; mais ils n'y virent ni armes ni munitions de guerre, car tout était ouvert, depuis la cale jusqu'au pont; en vain ils avaient tàclié de rencontrer le capitaine, qui n'était autre que r homme au caban noir. Ce dernier avait toujours éludé celte entrevue.

Enfin , dans leur minutieuse visite à bord de ce mystérieux bâtiment , ainsi que dans leur inspection des papiers du capitaine, les douaniers français n'avaient rien trouvé de suspect.

Au dire de Geordy , parmi les vingt hommes qui formaient l'équipage, on comptait cinq ou six Italiens; le reste se composait d'Espagnols et d'Américains , qui semblaient un ramassis de forbans à la physionomie sinistre et patibulaire. Ce qui avait surtout contribué à exciter

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les graves soupçons des Anglais , c'est que presque chaque jour, depuis une certaine absence du capitaine sarde, l'équipage de son bâtiment s'était peu à peu augmenté, et le mystic venait de mettre à la voile avec près de cinquante marins, nombre de matelots exorbitant pour un si petit navire.

— Mais, — dit Falmouth à Geordy, — pourquoi les as-tu ainsi épiés ce soir ?

— Gomme ces gens, que je crois pirates, s'apprêtaient à mettre à la voile en même temps que le yacht de votre grâce , ou peut-être avant, • — lui dit Geordy , — je me doutais qu'au moment départir ils iraient peut-être à terre chercher des armes cachées, puisque nous n'en avions pas vu à leur bord; aussi, dès que je les ai vus tout à l'heure déborder du Mystic avec leur chaloupe , et se diriger vers les rochers du nord, je me suis glissé le long de la côte , et je suis arrivé à temps pour avoir la certitude de ce que nous pensions, mon frère Williams et moi...

— C'est-à-dire que ces gens-là sont réellement des pirates ? — dit Falmouth.

— Sans aucun doute , mylord ; les caisses sont remplies d'armes , les barils de poudre ; ils avaient trouvé moyen de les déposer là avant la première visite des douaniers français.

il. A II 1 II l 11.

— ÏA l('^ as-tu L'iilcndus parler .''

— Oui, inylord ; j'ai enloiulu un matelot américain riiro à sou camarafh» m montrant 1rs barils de poudre : — / tti/a de la (jln jxnir prendre la mouche atiglaise... c'cst-ù-dircla goëlelte de votre jjrilre.

— (^est à meiveille , — dis-je en souriant à Kalmoulh; — nous sommes encore au port , et V(»ilà les danj^ers qui commencent. Vous êtes vraiment giltê par le destin...

— Je comprends parfaitement leur pr«»jet , — reprit Falmouth ; — ils comptent sans doute remplacer leur affreux mystic par ma jolie liazclle. Ce serait pour eux une excellente acquisition; car, une fois propriétaires démon jacht. aucun navire de guerre ne pourait les atteindre , el aucun bâtiment marchand ne pourrait leur échapper.

— Et il est superilu d'ajouter, — dis-je â Falmouth , — que , comme notre présence les gênerait beaucoup , ils nous jetteront sans doute à la mer de peur des indiscrétions.

— C'est une des conditions habituelles de ces sortes d'échanges ; mais nous y mettrons, j'es- .père, quelques empêchements, — dit Kalmouth ; — puis il ajouta :

— Je n'ai pas besoin, Geordy, une lois en

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nipr, fie ic recoiiiniaiulor de loujoiirs bien f\plorer T horizon pour que nous ne soyons pas surpris par ces drôles. Tu es d'ailleurs un vigilant el brave marin , le digne frère de ton frère. \ous èles tous deux bercés depuis votre enfance sur Teau salée : aussi je dors sans inquiétude dès que le yacht est entre vos mains, .le vous ai vus tous deux ftice à face avec bien des dangers , au milieu de tcmpèles bien affreuses.. Eh bien î croiriez-vous, — ajouta Falnioulh en se retournant vers moi et en me montrant Geordy , — croiriez-vous qu'avec cet air doux et timide , lui et son frère sont des lions dans le danger?...

A cet éloge, Geordy sourit modestement, baissa les yeux, rougit comme une jeune tille, ( l alla rejoindre son frère U illiams pour tout préparer, car nous devions mettre à la voile de la baie de PorqueroUes le lendemain matin au soleil levanl.

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