‹ Arthur (volume 4)Chapitre 6 sur 58 · CHAPITRE XXXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXI

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\ous ('tions partis de France depuis trois jours; le vent, jusqu'alors favorable, nous devint contraire à la hauteur de la Sardaigne.

Sans être positivement sûr d'être attaqué par le mystérieux bâtiment , dont le départ avait été si brusque et si hostile , Falmouth avait recommandé au capitaine de son yacht de se tenir continuellement sur ses gardes. Les caronades de la Gazelle furent donc chargées à mitraille , les armes préparées dans le fauvpont , et la nuit un matelot resta continuellement en vigie, afin d'éviter toute surprise.

Je ne pouvais me lasser d'admirer le calme et la douceur des deux jeunes officiers de la goélette , leur activité silencieuse et le sentiment plein de tendresse qui semblait les attacher l'un à l'autre , et mettre , — si cela peut se dire, — leurs actions les plus indifférentes â un touchant unisson.

Je remarquai aussi que, lorsque la manœuvre exigeait que W illiams ou Geordy fissent devant

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Falmoutli quelque conmiaiidement, leur voix savait conserrer un accent respectueux pour le lord jusque dans les ordres qu'ils donnaient en sa présence. Cette nuance me parut d'un tact exquis, ou plutôt l'expression d'une nature très-délicate.

Geordy obéissait à Williams, son aîné, avec une soumission joyeuse; rien enfin n'était plus charmant à observer que la mutuelle affection de ces deux frères, qui à chaque instant s'interrogeaient et se répondaient du regard, s'entendant ainsi , au sujet de mille détails de leur service, avec une rare sagacité , ou plutôt avec une sympathie merveilleuse.

J'avais eu la curiosité de connaître la cabine qu'ils occupaient à l'avant.

J'y vis deux hamacs d'un blanc de neige , une petite table et une commode de noyer luisante comme un miroir; deux portraits grossièrement mais naïvement peints, dont l'un représentait leur mère, figure grave et douce (ils lui ressemblaient extrêmement tous deux) , l'autre leur père , dont les traits mâles et ouverts respiraient la bonne humeur et la loyauté. Entre ces deux portraits, et pour tout ornement, les armes des deux frères se détachaient des lambris de chêne de leur petite chambre.

Souvciil, lorsque la }^»Ji'li'Ut' hioii (mi Kiiilp ouvrait son sillon de hlaiiihe écunic à Iravcij; les eaux paisibles de la Méditerranée, U illiauis et Geordy venaient s'asseoir côte à côte sur un panon , et là, les bras entrelacés, le visa|{e sérieux et pensif, ils lisaient pieusement une vieille Bible à fermoirs de cuivre, posée sur leurs genoux, n'interrompant leur lecture que pour jeter quelquefois un regard mélancolique sur l'horizon immense et solitaire.... distraction (jui était encore un hommage à la grandeur de Dieu !

D'autres fois, cette religieuse lecture terminée , les deux frères se livraient à de longues causeries.

In jour j'eus la curiosité de surprendre une de leurs conversations : je vins m' asseoir près du canon où ils se tenaient d'habitude, et, après quelques mots échangés avec eux, je feignis de m' endormir....

Je les entendis alors se faire de naïves confidences sur leurs espérances , se rappeler les doux souvenirs de leur pays , s'encourager réciproquement à bien servir Falmouth, ce noble protecteur de leur famille , pour lequel ils témoignaient cet attachement respectueux, dévoué, presque filial, que conservaient autre-

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l'ois chez nous pendant plusieurs générations successives les familles domestiques (dans l'acception féodale du mot ^) pour les grandes maisons qui les patronaient.

Quand les deux frères parlaient du lord., c'était toujours sans irrévérence, sans envie, et surtout sans aucun retour amer et jaloux sur leur obscure et pauvre condition.

Une fois , entre autres , ils racontèrent quelques particularités de la vie de Falmouth qui me frappèrent d'étonnement. Cet homme, que j'avais cru si blasé sur tous les sentiments humains , avait mille fois témoigné de la bonté la plus généreuse, de la délicatesse la plus exquise. Williams et Geordy en parlaient avec admiration.

A mesure queje vivais dans Tintimité d'Henry, ma surprise augmentait.

Chaque jour je découvrais en lui les qualités les plus éminentes et les plus opposées au caractère factice ou réel sous lequel je l'avais connu jusqu'alors. Son humeur était d'une sérénité sans égale, sa fmesse , sa pénétration prodigieuses, son esprit d'une élévatioti rare.

' C'est-a-dire fai^aIll partie de l<i vuiison ; il ue s'attachait à ce titre :uKi\iie idi-e de senilili" : li's pages, les cciiycrs cl les gcniilshommt's • liieiit doincxliqvcs dans tcttr accrpliiui.

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Bientôt, dans nos lont^scnlri'tit'iis, je renmrquai que son ironie devenait moins acérée , son observation moins causti((iie, son scej)ticisme moins implacable; on eût dit (|ue peu à peu il déposait les pièces d'une armure dont il reconnaissait l'inutilité.

C'était alors avec bon heur que je voyais le caractère de Falmoutb se transformer ainsi complètement.

Je me sentais séduit par l'insistance cordiale et touchante avec laquelle il me demandait mon amitié. Je jouissais avidement de ce sentiment vif et sincère, dont j'éprouvais pour la première fois les douceurs consolantes ; aucun sacrifice ne m'eût coûté pour assurer l'avenir de cette affection si précieuse pour moi ; et, comme je réprouvais généreusement, vaillamment, je me sentais digne de l'inspirer.

Heureux de ma confiance, c'était avec l'accent de la gratitude la plus profonde que Falîiiouth me remerciait d'avoir cru à son amitié. Marchant désormais ainsi dans la vie, bien appuyés l'un contre l'autre, — me disait-il, — toutes ses peines seraient bravées; car les déceptions de l'amour, de l'orgueil, de l'ambition, toujours si douloureuses, parce qu'elles sont concentrées,

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