CHAPITRE XIJX
LKS ADIEUX.
Hienlôt je rejjrettai cf avoir promis à madame de Fersen de ne jamais lui dire un mot de galanterie; car, depuis qu elle se trouvait tout à fait en confiance avec moi, elle me semblait de plus en plus charmante, et chaque j(nir je m'en éprenais davantage.
Fidèles à nos rendez-vous de la galerie, presque toujours seuls avec Irène, nos rapports furent bientôt d'une familiarité tout amicale.
J'exploitais fort habilement ma complète ignorance en politique, pour la bannir tout à fait de nos entretiens. Ainsi maître de la conversation, je l'amenais toujours sur mille questions relatives aux sentiments tendres ou aux passions.
Ouelquefois, comme si elle eût redouté la tendance de ces entretiens, madame de Feisen voulait absolument parler politique. Mais alors j'arguais de mon ij^norance, et la princesse me reprochai! sjjiriluellement d'agir comme ces
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aiii()iirrii\ (|tii |)i('lriiflprit loujours iio pas aimer la chasse, aliii de pouvoir rester avec les renimes jx-iulaiit que les maris vont arpenter la plaine.
IiOrs(pie les Iruijjueurs de la «lavijjation eurent établi ipiehpies rapports (rinlimité entre moi et les olïieiers russes de la frêyate, notre conversation étant souvent tombée sur madame de Fersen, je lus frappé du respect profond avec lequel ils parlaient toujours d'elle. — La médisance, — disaient-ils, — l'avait constamment épargnée, soit en Russie, soit à Constantinople, soit dans les diverses cours où elle avait résidé.
Ine réputation d'irréprochable pureté est, je crois, une séduction irrésistible, surtout lorsqu'elle se rencontre chez une femme jeune, belle, spirituelle, et placée dans une position Irès-émincnle ; car il faut qu'elle possède une puissante autorité morale pour désarmer l'envie ou pour émousser ses traits, et inspirer, comme rinspirait madame de Fersen, un sentiment général de bienveillance et de respect.
(l'était en comparant l'amour que j'avais ressenti pour madame de Pënàfiel à mon amour pour madame de Fersen que j'appréciais le
LES AUIEIX i>]7
charme <]éiR'reii\ et eiilraîiiaiit de eelle séduction.
Sans doulo .Marguerile avait cté indignement calomniée : j'en avais eu des preuves flagrantes ; mais, si absurdes que soient les bruits qui outragent la femme que vous aimez, ils vous causent toujours un ressentiment pénible.
En admettant même que vous parveniez à vous convaincre de leur fausseté, vous reprochez alors à la femme qui en est victime de n'avoir pas l'esprit de sa vertu.
La vie d'Hélène avait été bien pure, et pourtant le monde l'avait attaquée. Mes soins pour elle avaient seuls causé ces bruits odieux, et pourtant dans mes accès d'injustice je l'accusais de n'avoir pas su se mettre au-dessus des soupçons.
A part la grâce, l'esprit et la beauté de madame de Fersen, ce qui contribuait surtout à me la faire adorer, c'était, je le répète, sa réputation de haute et sereine vertu.
Lorsqu'ils s'opiniàtrent à combattre la résistance d'une femme sérieusement attachée à ses devoirs, la plupart des hommes ne sont souvent animés que par l'amour de la lutte, qu(> pai- rcspitir d'un oi'gueilleux tiiomplie.
(W iM'Iaiciit |)as ces sentiments ([ui me fai-
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saienl persister dans mon amour pour madame de Ferscn, c'était une sorte de confiance sans bornes dans la pureté de son cœur, dans la noblesse de son caractère; c'était la certitude de pouvoir l'aimer avec toutes les cbastes v(jluptés de l'àme, sans craindre d'être dupe d'une sévérité feinte ou d'une menteuse pruderie.
,1e m'étais d'ailleurs si jjrossiêrement matérialisé pendant mon séjour à Kliios que j'avais un désir inexprimable de me livrer à toutes les délicatesses exquises d'un sentiment pur et élevé.
(Contrariée par les vents d'équinoxe, notre traversée, y compris une longue quarantaine obligée au lazaret de Toulon, dura environ six semaines.
Je ne croyais pas avoir fait de progrès dans l'affection de madame de Fersen ; car ses manières avec moi étaient devenues de plus en plus franches et amicales. Elle m'avait naïvement avoué que mon esprit lui plaisait beaucoup, et qu'elle espérait, pendant son séjour à Paris, continuer aussi souvent que possible nos entretiens de la galerie.
Bjvidemment, madame de Fersen me regardait comme absolument sans conséquence. Quel-