LES ADIEUX
])iL'iitôt que ci' qui' jf vais \oas dire iiraura ("lé dicté par ralTectioii la plus sérieuse et la plus sûre.
— -Mais parlez... je vous prie... parlez... \ous m'effrayez.
— Jamais, jusqu'ici, madame, vous n'avez connu la calomnie ; elle ne devait pas, elle ne pouvait pas vous atteindre... C'est cette confiance souveraine dans l' élévation de votre caractère, dans le respect qu'il a toujours inspiré, qui vous a empêchée de craindre la médisance... Pourtant, croyez moi, madame... si j'acceptais cet adorable avenir d'intimité que vous me proposez... l'irréprochable pureté de vos principes ne saurait vous garantir des attaques les plus perfides.
— Jamais je ne sacrifierai mes amis à la crainte, ma conscience me suffit, — -me dit madame de Fersen avec l'insouciance courageuse d'une femme sûre d'elle-même...
— Et qu'en savez-vous, madame? — m'écriai-je; — avez-vous lutté, pour être si certaine de vaincre? Jamais!... Jusqu'ici la rayonnante |)ureté de votre vie a suffi j)our vous défendre... l'in quoi auriez-\ous pu donner prise à la calomnie? .Mais songez donc que je suis \enu de ivliiosavcc vous! de Toulon à i'aris avec vous!
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.]{' suis ;il)S(»liuii«'iil sans conscqueiiCL' , je \v sais ; vous iiit' connaissez maintenant assez pour no pas croiiT que j'e\a|jère mon importance par une misérable et sollc fatuité. Mais qu'estce que cela fait au monde pourvu qu'il médise?... Xe sait-il pas d'ailleurs que sa médisance sera d'une portée d'autant plus odieuse, que l'objet du coupable amour qu'il suppose sera moins digne de cet amour? \os sociétés seront les mêmes, madame, cliaque jour on me verra cbez vous, on me verra dans les promenades avec vous , dans le monde avec vous ; et vous croyez, et vous voulez que la jalousie, que l'envie, que la haine ne saisissent pas cette précieuse occasion de se venger de votre esprit, de votre beauté, de votre grande position! et par-dessus tout, de votre éclatante vertu, la plus précieuse perle de votre noble couronne!... Mais vous n'y songez pas, madame ; le type de nos juges-bourreaux a dit : — Donnez-moi quatre lignes de l'écriture du plus honnête homme du monde, et je me charge de le faire pendre!... Le monde, cet autre juge-bourreau, peut dire avec la même assurance : — Donnezmoi quatre jours de la vie de la plus honnête femme du monde, et je me charge de la dés^^ honorer.
LES ADIEIX •22Î.
Depuis longtemps madame de Fcrson nie regardait avec un étonnement qu'elle ne pouvail dissimuler; elle parut d'abord presque choquée de mon refus et de mes observations.
Je m'y étais attendu... Pourtant ses traits prirent une expression plus bienveillante; et tdle me dit avec une nuance de froideur :
— Je ne vous conteste assurément pas votie connaissance du monde... et surtout de la société parisienne, que je sais des plus brillantes et des plus dangereuses... mais je crois que vous vous exagérez les périls qu'on y peut courir, et surtout rinfluenre que la médisance aurait sur moi. ^,
— Et pourquoi donc, madame, la médisance n'aurait -elle pas d'influence sur vous? Que vous suis-je, pour que plus tard vous hésitiez une minute à me sacrifier aux impérieuses exigences de votre réputation? Mettrez-vous seuh'ment en balance le soin de votre honneur, votre responsabilité de l'avenir de votre fille , avec le plaisir de nos conversations de chaque jour? \on , sans doute, et vous aurez raison; car si vous persistiez dans votre projet, car si j'avais la lâcheté de vous y encourager, lorsque la médisance vous aurait ;itleiute, vous auriez le droit de me dire avec mépris ; \ous préten-
im AHTHLR.
(liez rliT mon ami? VOiis mcMilioz, monsiour... Vous avez abusé dp mon invfloxion pour m'cn- I rainer dans une intimité dont les apparences peuvent m'ètre fâcheuses... Allez... je ne vous \ errai plus!... Et encore une fois, vous auriez raison, madame. Après tout, savez-vous ce qu'il me faut de courafije pour vous dire ce que je vous dis? pour refuser ce que vous m'offrez?... Songez donc à ce que vous êtes!... à tout ce que vous êtes!... et dites si la vanité, si l'orgueil d'un moins honnête homme que moi ne seraient pas enivrés de ces bruits auxquels je veux vous soustraire... car enfin, que risquéje, moi, à me mettre de moitié avec vous pour vous compromettre? que risqué -je? D'aider le monde ;i interpréter, à flétrir avec sa méchanceté ordinaire nos relations, tout innocentes qu'elles sont? Mais vous me banniriez alors de votre présence, dites-vous? qu'importe! Savezvous comment le monde traduirait cet exil mérité ? 11 dirait que c'est une rupture... S'il était bienveillant pour vous... il dirait que c'est vous qui me quittez pour un autre amant!... S'il vous était hostile, il dirait que c'est moi qui vous quitte pour une autre maîtresse.
— Ah ! monsieur, monsieur!... — s'écria madame de Fersen enjoignant les mains près-