‹ Arthur (volume 5)Chapitre 14 sur 21 · II. i · texte numérisé non relu

II. i

iîlarc|urrttc.

Lorsque j'entrai chez madame de Pënâfiel, une chose me frappa du plus profond étonnement : ce fut de la retrouver presque dans la même attitude où je l'avais laissée.

Son visage était d'une pâleur mate et

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unic^ effrayante à voir; on eût dit un masque de marbre.

Celte blancheur maladive si vite répandue sur ses traits, cette expression de douleur, à la fois vive et résignée, m'émurent alors si profondément, que tous mes calculs, tous mes raisonnements, tous mes souj^çons misérables s'évanouirent ; il me sembla l'aimer pour la première fois du plus confiant et du plus sincère amour. Je ne pensai pas môme à lui demander grâce pour tout ce qu'il y avait eu d'odieux dans ma conduite.

A cette heure je ne croyais pas à ce funeste passé; par je ne sais quel prestige, oubliant la triste scène du matin, il me sembla que je la devais consoler d'un affreux chagrin auquel j'étais étranger; j'allais enfin me mettre à ses genoux, lorsqu'elle me dit d'une voix qui me fit mal, tant elle me parut douloureusement altérée, malgré l'accent de fermeté qu'elle tâcha de lui donner: — J'ai voulu vous voir une dernière fois... j'ai voulu, si vous pouvez

VOUS les expliquer à vous-même, vous demander le sens des étranges paroles que vous m'avez dites ce malin ; j'ai enfin voulu vous apprendre... —

Ici ses pauvres lèvres , en se contractant, tremblèrent agitées par ce léger mouvement involontaire , presque convulsif, qu'elles éprouvent, lorsque les larmes venant aux yeux, on veut comprimer ses sanglots. — J'ai voulu... — répéta donc madame de PënâficI d'une voix éteinte. Puis ne pouvant continuer, interrompue par ses pleurs, elle cacha sa tète dans ses mains, et je n'entendis que ces mots prononcés d'un accent déchirant et étouffé : — Ah !.. pauvre malheureuse femme que je suis î

— Oh! pardon... pardon , Marguerite! — • m'écriai-je en tombant à ses pieds; — mais vous ne saviez pas que je vous aimais... que je vous aime!!...

— Yous m'aimez?...

— Avec délire, avec ivresse!

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— 11 m'aimel ! il ose me dire qu'il m'aime!.. — reprit-elle d'un air indigné.

— Ce matin! le secret de mon âme est venu vingt fois sur mes lèvres; mais en vous voyant si malheureuse... en recevant vos confidences si désespérées...

— Eh bien?...

— Eh bien!... j'ai cru , oui, j'ai cru qu'un autre amour méconnu, dédaigné, outragé, peut-être, causait seul ces chagrins que vous disiez sans cause.

— Vous avez pu croire cela... vous!.. — Et elle leva les yeux au ciel.

— Oui, j'ai cru cela... alors je suis devenu fou de haine, de désespoir; car chacune de vos confidences m'était une blessure, une insulte... un mépris... à moi! à moi qui vous aimais tant!!

— Vous avez pu croire cela. . . vous !. . . — répéta Marguerite en me regardant avec une pénible émotion , tandis que deux larmes coulaient lentem«3nt sur ses joues pâles.

— Oui... et je le crois encore...

— Vous le croyez encore!... Mais!... vous me prenez donc pour une infâme? Mais vous ne savez donc pas...?

— Je sais, — m'écriai-je en l'interrompant,— je sais que je vous aime comme un insensé.. .je sais qu'un autre vous fait souffrir peut-être ce que moi-même je souffre pour vous!.. Eh bien, celte pensée me désespère, me tue... et je pars...

— Vous partez!...

— Ce soir... Je ne voulais plus vous voir... j'avais besoin de tout mon courage... je l'aurai...

— Vous partez !... Mais, mon Dieu !... mon Dieu... et Moi!! — s'écria Marguerite. Et elle joignit les mains avec un geste à la fois suppliant et désespéré, en tombant à genoux sur une chaise placée devant elle...

Je ne saurais dire l'ivresse que me causèrent ces derniers mots de Marguerite

et moi !

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Je crus entendre, non l'aveu de son amour, mais le cri de son âme déchirée qui n'avait plus d'espoir que dans mon affection. Bien que je la crusse toujours sous l'influence d'une passion dédaignée, je n'eus pas le courage de renouveler la scène du matin , pourtant je ne pus m'empêcher de lui dire douloureusement :

— Et ce portrait....?

— Le voilà reprit- elle ; en me présentant le médaillon sous son cristal à moitié brisé.

Lorsque je tins ce portrait entre les mains , j'éprouvai un moment d'angoisse indéfinissable ; j'avais peur dejeter les yeux sur cette figure, que sans doute je connaissais; j)ourtant , surmontant cette crainte puérile , je regardai... Ces traits m'étaient absolument étrangers ; je vis un noble et beau visage, d'une expression douce et grave à la fois ; les cheveux étaient bruns, les yeux bleus, la physionomie remplie de finesse et de grâce, les vêtements fort simples, et seulement rehaussés par un grand cor-

don orange à liserés blancs, et par une plaque d'or émaillée placée à gauche de l'habit.

— Et ce portrait?... — dis-je tristement à Marguerite.

— C'est celui de l'homme que j'ai le plus aimé, le plus respecté au monde; c'est enfin celui... de M. de Pënâfiel....

Et elle fondit en larmes en mettant ses deux mains sur ses yeux.

Je compris tout alors... et je crus que j'allais mourir de honte... et de remords...

Ce seul mot me dévoilait le passé et toute l'affreuse injustice de mes soupçons : — Ah ! combien vous devez me mépriser, me haïr!.. — lui dis-je avec un accablement douloureux.

Elle ne me répondit rien , mais me donna sa main que je baisai à genoux, peut-être avec plus de vénération encore que d'amour!

Marguerite se calma peu à peu. De ma vie jen'oublicrai son premier regard lorsqu'elle leva sur moi ses yeux encore baignés de lar-

mes , ce regard qui peignait à la fois le reproche , le pardon et la pitié.

— Vous avez été bien cruel, ou plutôt bien insensé, — me dit-elle après un assez long silence, • — mais je ne puis vous en vouloir. J'aurais dii tout vous dire; vingt fois je l'ai voulu, mais une insurmontable crainte, votre air ironique et froid, votre subite et incompréhensible conversion aux bonheurs du monde.... tout enfin m'a glacée...

— Ah! je le crois, je le crois ; aussi pourrez-vous me pardonner jamais?... Mais oui , vous me pardonnerez, n'est-ce j^as? vous me pardonnerez quand vous penserez à ce que j'ai dû souffrir des odieux soupçons qui me désolaient. Ah! si vous saviez comme la douleur rend injuste et haineux! si vous saviez ce que c'est que de se dire... : Moi, je l'aime avec idolâtrie; il n'y a pas dans son esprit, dans son âme, dans sa personne, un charme, une grâce, une nuance, que je n'apprécie, que je n'admire à genoux ; elle est pour moi audessus de tout et de toutes... et pourtant

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un autre!!... Ah! tenez, voyez-vous, cette idée-là esta mourir... Pensez-y... etvousaurez pitié , et vous comprendrez , vous excuserez mes emportements, dont j'oseraispresque ne pas rougir... tant j'ai souffert!

— Ne vous ai-je pas pardonné en vous disant r€i'e72ez J ! après cette affreuse matinée?— me dit-elle avec une ineffable bonté...

— Oh 1 ma vie , ma vie entière expiera ce moment de folie , de vertige. Marguerite, je le jure, vous aurez en moi l'ami le plus dévoué, le frère le plus tendre; seulement laissez-moi vous adorer, laissez-moi venir contempler chaque jour en vous ce trésor de noblesse, de candeur et de grâce, qu'un instant j'ai pu méconnaître... Tous verrez... vous verrez si je suis digne de votre confiance...

— Oh ! maintenant je le crois , aussi vous allez tout savoir ; oui, je me sens mieux, vous me rassurez sur moi et sur vous ; je vais enfin tout vous dire, vous dire ce que je n'ai osé ni voulu confier à nul autre; et pourtant n'allez pas croire , — ajouta-t-elle avec

un triste et doux sourire, — qu'il s'agît d'un secret bien extraordinaire.... Rien de plus simple que ce que vous allez entendre, c'est seulement la preuve de cette vérité : — Que si le monde pénètre presque toujours les sentiments faux et coupables, jamais il ne se doute un instant des sentiments naturels , vrais et généreux.

— Ah! quelle honte quels remords

pour moi d'avoir partagé tant de stupi-

des et méchants préjugés! Pourquoi n'ai-je pas toujours écoulé l'instinct de mon cœur qui me disait : Crois en elle! Avec quel orgueilleux bonheur, seul peut-être, j'aurais lu dans votre âme si noble et si pure !...

— Consolez - vous , mon ami , c'est moi qui vais vous y faire Tire; n'est-ce pas vous prouver que j'ai en vous plus de confiance que vous n'en avez vous-même? Si je veux tout vous dire.... n'est-ce pas vous montrer enfin quevous êtes peuL-êtrela seule personne à l'estime de laquelle je tienne? Aussi en vous expliquant l'apparente singularité de ma vie, si dénaturée par la médisance, j'es-

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père, je désire^ je veux à l'avenir pouvoir penser tout haut devant vous. Mais cet aveu exige quelques mois sur le passé ; écoutez-moi donc , je serai brève parce que je serai vraie. Très riche héritière, libre de mon choix , gâtée par les hommages qui s'adressaient autant à ma fortune qu'à ma personne, à dix-huit ans je n'avais rien aimé. Dans un voyage que je fis en Itahe avec monsieur et madame de Blémur , M. de Pënâfîel me fat présenté. Quoique fort jeune encore , il était ambassadeur d'Espagne à Naples dans des circonstances politiques fort difficiles ; c'est vous dire assez la supériorité de son esprit; joignez à cela ces traits, — et elle me montra le médaillon, — un charme d'entretien extraordinaire, une rare solidité de principes, une extrême noblesse de caractère, un goût parfait , des connaissances nombreuses , un tact exquis dans tous les arts, un nom illustre, une grande fortune, et vous le connaîtrez. Je le vis ^ je l'appréciai, je l'aimai. Rien déplus simple que les incidents de notre mariage; car toutes les con-.

venances se Irouvaient réunies. Seulement quelque temps après notre première entrevue , il me supplia de lui dire si je l'autorisais à demander ma main, désirant, bien que je fusse absolument libre de mon choix , de m'éviter jusqu'à l'ennui d'une démarche inopportune de la part de mon oncle. Je lui dis naïvement la joie que me causerait sa demande, mais qu'à mon tour j'avais une prière à lui faire , c'était de quitter une carrière qui devait toujours l'éloigner de la France , et de me promettre d'abandonner l'Espagne. Sa réponse fut noble et franche. — Je puis, me dit-il, vous sacrifier avec bonheur mes rêves d'ambition , mais non les intérêts de mon f)ays. Une fois ma mission accomplie , je retournerai à Madrid remercier le roi de sa confiance, lui rendre compte, je l'espère, du succès de ma négociation , et pnis je serai absolument à vous, à vos moindres désirs. — Il agit ainsi qu'il me l'avait dit : il obtint ce que voulait son gouvernement, alla faire à Madrid ses adieux au roi, revint, et nous fûmes mariés. Je ne

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VOUS parlerai qu'une fois de mon bonheur pour vous dire qu'il fut immense, et partagé.... Mais comme aux yeux du monde les convenances de cette union étaient , je vous l'ai dit, aussi parfaites que possible, le monde ne voulut voir là qu'un mariage absolument de convenances.

— Cela est vrai , c'est du moins ce que j'ai toujoursentendu dire; on ajoutait même que, tout en restant dans les meilleurs termes avec M. de Pënâfiel, votre existence était, ainsi que cela arrive souvent, presque étrangère à la sienne.

— Tel faux , hélas ! tel absurde que fût ce bruit , il devait avoir créance ; car notre bonheur était si simple et si naturel, que le monde , presque toujours étranger aux sentiments vrais . ne pouvait y croire; puis , nous mettions naturellement, d'ailleurs, une sorte de mystère dans notre félicité : ainsi, comment la société, habituée à vivre de médisance ou de scandale, pouvait-elle un moment supposer qu'une jeune femme et un mari charmant^ tous deux d une position et d'une naissance égales, iraient s'adorer et

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vivre absolument l'un pour l'autre? Hélas ! rien n'était plus vrai pourtant....

— Yous ne sauriez croire,maintenant, comment tout s'explique à ma pensée? Vous rappelez-vous cette interprétation si absurde et si méchante decetlecourseoiiassistaitismaël?

— Sans douLe.

— Eh bien! votre mariage fut interprété avec autant de perfidie. Comme rien n'était plus évidemment irréprochable que votre conduite , la calomnie vous arrangea une vie mystérieuse, souterraine, profondément dissimulée ; c'était, je vous l'assure, incroyable à entendre. 11 ne s'agissait rien moins que de déguisements, de petite maison , que sais-je?

— Si je n'étais pas si triste , je sourirais avec vous , mon ami , de tant de folles méchancetés ; mais j'arrive à un moment de

mes souvenirs si cruel si affreusement

douloureux, — et elle me tendit la main, — que j'ai besoin de tout mon courage... Après trois années de la vie la plus complètement, la plus passionnément heureuse... après ..

Mais ne pouvant continuer, Marguerite fondit en larmes, et fut quelques moments sans parler...

— Oui, oui, je sais , — lui dis-je en me mettant à ses genoux, — je sais combien vous vous êtes montrée admirable et dévouée dans cet affreux moment. Maintenant que je connais votre âme, maintenant que je connais celui qui la remplissait, qui la remplit encore de tout son souvenir, je comprends ce qu'il dut y avoir, ce qu'il y a de terrible pour vous dans cette séparation éternelle!

Après quelques moments de silence, Marguerite reprit : — Ohl merci, merci à vous î de me'comprendre ainsi! ! Mon Dieu! depuis ce moment épouvantable, voici la première fois que mes larmes ne me sont point amères, car je puis épancher mon cœur, dire au moins combien j'ai aimé, combien j'ai souffert... Hélas 1 tant que je fus heureus{> de ce bonheur sans nom, je n'avais besoin de le confier à personne, mais depuis,... oh! depuis!... cette contrainte, voyez- vous, II. t4

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fut affreuse. Si vous saviez ma vie! Être obligée de cacher ma douleur, mes regrets désespérés , comme j'avais caché mon bonheur! Car, à qui auraisje pu dire: Je souffre? qui m'aurait crue? qui m'aurait plainte? qui m'aurait consolée?... Le monde a quelquefois pitié d'un sentiment coupable,... mais pour un chagrin sacré comme le mien , il n'a que des railleries! car à ses yeux c'est un ridicule ou un mensonge... Pleurer son mari!., le regretter avec amertume , vivre de souvenirs poignants, n'exister que par la pensée d'un être qui vous fut cher... qui croirait cela?... Et puis pourquoi le dire? A qui le dire? Mes parents ou mes alliés étaient trop du monde pour me comprendre; et puis, je l'avoue, j'avais été d'un égoïsme de bonheur tel, que tant qu'il dura je n'avais cherché à m'assurer aucun ami... Lui... lui, n'était-il pas tout pour moi?.. A qui avais-je besoin de répéter combien j'étais heureuse , si ce n'est à lui?... D'ailleurs, avec l'impré-

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voyance d'une félicité* sans bornes, je n'avais jamais pensé que le malheur pouvait m'atteindre ..

— Oh! vous avez dû être bien malheureuse! Pauvre femme! les déchirements d'une douleur solitaire sont si affreux!

— Oh! oui! j'ai bien souffert, croyez-moi ! Et puis, par je ne sais quelle faiblesse dont maintenant j'ai honte, souvent la solitude m'effrayait; dans l'ombre et le silence , ma douleur grandissait... grandissait, et devenait quelquefois si menaçante, que j'avais des terreurs affreuses; aussi, presque éperdue , je me réfugiais dans ce monde que je détestais pourtant, mais c'est que j'avais alors presque besoin de son bruit , de son éclat, pour me distraire un moment de cette concentration de ma pensée qui m'aurait rendue folle... Puis, une fois rassurée, je me prenais à maudire les vaines joies qui avaient osé étourdir mes chagrins... je pleurais sur ma lâcheté... et mes jours se passaient dans ces contradictions aussi terribles qu'inexplicables... Ce n'est pas tout, je

n'ignorais pas que ma douleur était affreusement calomniée, et je ne pouvais pas et je ne voulais pas me justifier... Oh! si vous saviez encore combien cola est cruel de n'avoir pour se défendre qu'une vérité... mais si sainte, mais si vénérée, qu'on n'ose la profaner en la disant à des indifférents ou à des incrédules!!

Marguerite pleura encore , et continua après un silence : — Maintenant vous comprendrez, n'est-ce pas, mon mépris de tout et de tous? Aigrie par le cbagrio, mon humeur devint ombrageuse et fantasque; personne n'en pouvant deviner la cause, je passai pour bizarre... Les gens qui m'entouraient me semblaient vulgaires, comparés à celui dont le souvenir sera toujours sacré pour moi; je passai pour dédaigneuse ou dissimulée. Enfin, cette coquetterie sans but apparent qu'on me reprochait, ou plutôt à laquelle on donnait les motifs les plus scandaleux, eh bien! c'était encore un hommage à son souvenir. Je me parais ainsi, pnrce qu'il avait aimé à me voir ainsi parée; cetentou-

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rage , ces fleurs , ce demi-jour sous lequel il se plaisait à voiler mes traits, hélas! tout cela était pour moi autant de souvenirs chers et précieux. Enfin, jusqu'à cette science que j'affichais comme une prétention, c'était encore un triste reflet du passé; car, très savant lui-même , il avait souvent aimé à s'entretenir avec moi des connaissances les jdIus variées. Que vous dirais-je, mon ami? Vivant seule, l'état de ma maison paraît peut-êlre trop considérable; aussi je passe pour orgueilleuse et vaine, et pourtant c'est parce que cette maison était la sienne, que je l'ai religieusement conservée... Maintenant, vous savez le secret de ma vie; avant de vous avoir connu, il m'importait peu de paraître fantasque , vaniteuse et coquette; les bruits les plus odieux m'étaient indifférents... Mais depuis que j'ai apprécié ce qu'il y avait de généreux et d'élevé dans votre cœur , depuis surtout que j'ai vu combien la médisance du monde, autorisée peut-être par une conduite dont il n'a pas le secret, pouvait avoir d'influence

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sur VOUS... à l'estime , à l'affection de qui je tiens tant... j'ai voulu que vous... au moins ne me jugeassiez pas comme les autres... Et puis, souvent, vous avez généreusement pris ma défense ; j'ai voulu vous prouver que l'instinct de votre âme était aussi noble que juste... Et pourtant, il me reste un aveu... pénible à vous faire.

— Marguerite, je vous en suplie...

— Eh bien, — ajouta-t-elle en rougissant, — j'ai combattu long-temps ce désir; ce matin encore, lorsque vous m'avez surprise si malheureuse, si éplorée, c'est que je demandais à Dieu la force de résister au besoin que j'éprouvais de me réhabiliter à vos yeux.

— Pourquoi ?.. . oh! dites pourquoi cela ? ne suis-je pas digne de votre confiance?

— Si... si, vous en êtes... vous en serez digne, je le crois... mais... je me reprochais avec amertume de n'être plus assez forte de la pureté de mes actions, de la sincérité de mes regrets pour rester à vos yeux... indifférente aux calomnies du

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monde... car cela doit peut-être m'effrayer pour l'avenir

[Ici manquent un assez grand nombre de vages du journal d'un inconnu. )

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