CHAPITRE VïNGT-QUATBIExUE
Jours îif goUil.
Peu de personnes, je crois , ne se sont pas créé une sorte de langage intime et à part qui leur sert à diviser, à classer pour ainsi dire dans leur pensée, les différentes phases, les divers événements de leur vie. — Ainsi j'appelais autrefois mes jours de soleil^ ces heures aussi rares que fortunées dont le sou-
venir resplendit plus tard si magnifiquement dans le cours de l'existence, que son magique reflet peut colorer encore les plus pâles ennuis.
Dans la plupart de ces jours , grâce à une de ces heureuses fatalités du destin qui se plaît quelquefois à élever l'homme jusqu'au comble du bonheur possible ; dans ces jours de soleil^ tout ce qui nous arrive, est non seulement selon nos désirs , mais encore, si cela se peut dire, presque toujours merveilleusement encadré.
— Et qui n'a pas eu dans sa vie son jour de soleil? un de ces jours où tout paraît heureux et spleadide , où l'âme est inondée d'un bien-être inexprimable, où souvent la nature elle-même semble apporter son tribut éclatant à noire félicité ? Si une voix depuis long- temps chérie vous dit en tremblant : — A ce soir.! ! — ce soir-là, il se fait que le ciel est pur, les bois verts et touffus, les fleurs étincelantes, l'air saturé de parfums ; enfin , par un hasard adorable, tout ce qui frappe votre vue est riant et paisible.
JOURS DE SOLEIL. QQl
B.icn de triste, de sombre, ne vient obscurcir votre lumineuse auréole. Tous faut-il dire avec amour combien vous jouissez de cette rare et divine harmonie! les expressions naissent pleines de fraîcheur et de grâce ; votre esprit allègre et épanoui brille de mille saillies; s'il se tait, alors votre cœur parle et murmure d'ineffables tendresses ; puis vous vous sentez si fier, si hardi, si complètement doué, qu'à vos yeux éblouis l'avenir est sans bornes, ses perspectives innombrables, rayonnantes; et il vous semble enfin qu'aucun malheur ne vous peut atteindre, sous l'égide du tuîélaire et radieux génie qui vous couvre de ses ailes d'or!,.
Depuis que Marguerite m'avait avoué son amour, amour si douloureusement, si longuement combattu par les souvenirs de son bonheur passé, mon incurable défiance devait céder, pour quelque temps du moins, aux preuves de la tendresse la plus enivrante.
Jamais aussi jours ne furent plus heureux
Qa2 ARTHUR.
et pins boaiix que rcux qui suivirenl cet aveu.
Presque lous li's soirs, eu renlraul chez moi, j'avais alors écrit avec délices le mémento de ces journées charmantes.
Aussi est-ce avec ime sorte de tendre et respectueux recueillement qu'en transcrivant ces lignes sur mon journal je relis ces fragments épars , écrils autrefois pendant une des plus douces périodes de ma vie.