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IDu (Eljriôtianiôme î»? salon.
Il existe deux sortes de jeunes chrétiens de salon, les uns prétentieux et grotesques, les autres respectables, parce qu'ils ont du moins des dehors, un langage et des habitudes qui ne font pas le contraste le plus saugrenu avec leur spécialité.
On peut d'ailleurs diviser en deux classes
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ces mondains apôtres. — les jeunes Chrétiens qui dansent, et ceux qui ne dansent pas. — Cette dislinciion suffit pour les reconnaître tout d'abord.
Les premiers , les chrétiens danseurs, sont plus ou moins gros et gras, rosés, potelés, bouclés, frisés, cravatés, gourmés, guindés, parfumés. Ce sont les Beaux, les Cavaliers, les Lions de ce christianisme de boudoir, de ce catholicisme de table à thé; ceux-là boivent , mangent^ rient, parient, chantent, crient, dansent, valsent, galopent, pirouettent, cotillonnent, mazourquent, et font l'amour (s'ils peuvent) tout aussi éperdumcnt que le dernier des luthériens ou le moindre petit indifférent en matière de religion. Quelques uns même, se souvenant que David dansait devant l'arche, se sont ardemment livrés à la cachucha , afin de rendre sans doute un hommage tout chrétien à celte danse adorable , qui florit en Espagne, terre catholique s'il en est; d'autres plus rigoristes, avant de consentir à rivaliser ainsi avec les Majos les plus déhanchés ,
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demandaient que la cachucha fût baptisée l Inquisition. La question est encore pendante—
Toujours est-il qu'en voyant ces apôtres en gants glacés et à chevelure pyramidale, arriver tout essoufflés d'un galop, s'abandonner au délire de la valse en dévorant des yeux leur danseuse, et aller ensuite oublier ou rêver tant de charmes, dans la brûlante intimité des pierrettes du bal Musard, On ne les croirait pas d'abord beaucoup plus chrétiens qu'Abd-el-Kader.
Pourtant , grâce à quelques révélations indiscrètes sur la topographie des religions divines , à quelques confidences compromettantes sur l'espèce, la durée des peines éternelles, et surtout à leur air de fatuité triomphante, on devine, on pressent bientôt l'ange surnuméraire, sous l'enveloppe terrestre de ces jeunes chrétiens.
Leur seul tort est de ne pas assez dissimuler qu'ils sont du dernier mieux avec Jéhovah , en bonne fortune réglée avec la Providence , qu'ils ont tout plein de bonnes
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connaissances là-haut, et que les séraphins sont fort leurs serviteurs.
Mais en attendant l'heure de retourner auprès du roi des rois, qui, dans un moment de liesse, a bien voulu nous prêter ces gras chérubins pour égayer nos misères , les jeunes chrétiens danseurs pratiquent assidûment nos joies profanes, sans pour cela négliger les plaisirs sacrés.
En effet, le jeune chrétien danseur doit encore posséder sa chronique d'église et de sacristie, ainsi qu'un habitué d'Opéra possède la chronique des coulisses.
Le chrétien danseur doit donc connaître les prédicateurs à la mode, leurs mœurs, leurs habitudes , leur vie privée , anecdotique; raconter comment l'abbé *** n'écrit pas ses sermons, — comment l'abbé *** a supplanté l'abbé ***;— comment l'abbé ***a bonne ou mauvaise grâce en prêchant, — comment un vicaire de Sainl-Thomas-d'Aquin a cavalièrement rembarré son curé, -— comment une âme pieuse a retrouvé sur le chapeau d'une bonne dame d'un âge mùr,
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mais encore leste et accorte, quelques aunes de superbe dentelle qu'elle avait offertes au jovial curé de S***, pour servir de devant d'autel à son église, etc., etc. —
Le chrétien danseur doit, en un mot, savoir quelles sont les meilleures places de l'église pour voir et pour entendre prêcher, ne jamais manquer la première audition d'un sermon ou d'une conférence, et venir au sortir du prêche en donner des nouvelles et dire s'il a réussi, — toujours comme s'il s'agissait d'un nouvel opéra. —
Grâce à cette pratique assidue de la chaire et de la sacristie , ainsi qu'à la vigueur de ses jarrets, le chrétien danseur, admis et posé comme tel, jouit alors des privilèges attachés à cette position excentrique. '
Chrétien partout, chrétien toujours, au bal, au spectacle, à table, aux champs, à la ville, debout, assis, couché, en songe ou éveillé, il fait de l'intolérance, de l'inquisition, de l'indignation; — il vous classe d'un mot, — au paradis, — ou en enfer; — il fulmine d'éclatants anathèmes sur la nou-
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velle Gomorrhe en buvant du punch , ou crie Babylonel Babylone! en soupaut comme un ogre. Enfin , jetant un terrible cri de désolation , il aîinonce la prochaine et menaçante probabilité du jugement dernier en dansant le cotillon. —
Après quoi , harassé, brisé parles fatigues du piêche et du bal, il se couche, et se trouve bientôt oppressé par un affreux cauchemar. Il rêve qu'il est confesseur, et que sa dernière valseuse, avec laquelle il a pourtant beaucoup admiré l'honnête modestie de Joseph fuyant Putiphar, vient lui avouer qu'elle a commis toutes sortes de ravissants péchés avec un janséniste, deux calvinistes, cinq mollnistes , onze déistes , et elle ne sait plus combien d'athées.
Loin des chrétiens danseurs qui s'épanouissent sous les bougies des lustres florit modestement dans l'embrasure des portes : le jeune chrétien qui ne danse pas. — Si les premiers sont les Cavaliers de cette religion de salon , ceux-ci en sont les puritains. — Graves, ausières, pâles, mai-
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gres, sombres, néglîgcs. plus pudibonds que saint Joseph, ils ont bien de la peine à ne pas se couvrir de cendres, mais ils s'en vont traînant çà et là leur mélancolie et leur vie religieusement pure et limpide. — Distraits de nos joies profanes qu'ils traversent, sans s'y mêler, ils sont tout à leurs divines aspirations, à leurs visions célestes; tolérants, doux et pitoyables aux erreurs humaines , ce sont les tendres Fénelon de cette église mondaine , tandis que les chrétiens danseurs en sont les impitoyables Bossuet , car le chrétien danseur est implacable , intraitable , inabordable. — Dès qu'il s'agit de faiblesse humaine, pour lui , c'est-à-dire pour les autres , il n'y a pas de milieu, de moyen terme, — l'enfer, le diable et ses cornes , — c'est net , c'est tranché. — Le chrétien qui ne danse pas , use, au contraire, extrêmement du purgatoire; les partis extrêmes répugnent à son âme pieuse, délicate et charitable; il hésiterait bien longtemps, bien long-temps il lui faudrait la preuve de bien terribles iniquités pour le
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décider à vous dire 2:)osilivenient : — Hélas! mon pauvre cher frère, vous me paraissez devoir appartenir un jour au grand diable d'enfer, si vous ne vous amendez point!
Le chrétien danseur , au contraire , lui , vous y dévoue tout dcsuite,età tout jamais, sur la moindre pauvre petite présomption , avec une assurance effrayante.
Quant à l'avenir de l'espèce humaine, le chrétien qui ne danse pas semble espérer encore un peu pour le salut du monde , malgré les erreurs et les crimes des hommes ; il présume, sans pourtant l'affirmer positivement, qu'au terrible jour du jugement dernier , il se pourrait bien faire qu'une généreuse amnistie remit aux damnés la fin de leurs peines; le chrétien qui ne danse pas semble enfin compter beaucoup sur l'inépuisable mansuétude de Dieu , bon comme la force, dit-i!; et au résumé, on le croirait assez bien informé de la politique céleste, si le chrétien danseur, venant se mêler à la conversation en mangeant une glace, ne renversait pas d'un mot ces heu-
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relises et douces espérances. Ce sont alors des menaces si épouvantables , si formidables , qui sentent si fort le soufre et le bitume, qui vous montrent si certainement un avenir de flammes éternelles, de fourches éternelles, de rôtissoires éternelles , qu'il ne reste plus aux pâles humains qu'à crier désespoir et fatahté , et, en attendant l'eff^it terrible des prédictions des chrétiens danseurs, qu'à se livrer à un galop sans fin ou à une orgie des deux mondes , digne du festin de Balthazar.