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ressenti une impression malveillante contre madame de Pënâfiel , en m'apercevant de l'influence que sa pensée commençait d'exercer sur moi. Je m'en trouvais irrité , ne croyant pas assez connaître la réalité de ce qu'était madame de Pënâfiel pour éprouver un tel sentiment sans le beaucoup redouter.
Ce jour-là j'allai chez elle : contre l'habitude de sa maison, toujours ordonnée à merveille, lorsque les gens de livrée m'eurent ouvert la porte qui fermait le vestibule, je ne trouvai j^as de valets de chambre; dans le salon d'attente pour m'annoncer. 11 iallait, avant d'arriver au parloir de madame de Pënâfiel, traverser trois ou quatre autres pièces dans lesquelles il n'y avait pas de portes , mais seulement des portières. N'étant pas prévenue, il était difficile qu'elle m'entendit arriver, le bruit de mes pas étant absolument amorti par l'épaisseur des tapis.
Je me trouvai donc très près de la portière qui fermait son parloir , et je pus con
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templer madame de Pënâfiel avant qu'elle ne m'eût aperçu , à moins que la réfleclion d'une glace n'eût trahi ma présence.
Jamais je n'oublierai ma slupéfaclion profonde à l'aspect de son visage, pâle et désolé! 11 me parut alors révéler l'ennui, le chagrin, le malheur le j^lus incurable , ou plutôt réunir dans son expression ces trois senlimenls arrivés à leur pa^ roxysme le plus désespéré 1
Je la vois encore. — Elle se tenait habîiuellcmcnt sur \im pclile causeuse forL basse, en bois doré, recouverte de satin brun semé de bouquets de rose, devant laquelle s'étendait un long coussin diiermine qui lui servait à appuyer ses pieds ; à côté de cette causeuse et adossé au mur, était un petit meuble de Bouîe, dont la partie supérieure formait une armoire; les battants en étaient entr'ouverts, et c'est avec le plus grand étonnement que j'y remarquai un crucifix d'ivoire...
Madame de Pënâfiel avait sans doute glissé de sa causeuse , car elle était moitié
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agenouillée, moitié assise sur le tapis d'hermine, les deux mains jointes sur ses genoux ; sa figure abattue, à demi tournée vers le Christ, était éclairée par un rayon de lumière qui, éclatant sur son front, y laissait lire une grande douleur.
11 était impossible de voir quelque chose, à la fois de plus touchant, de plus beau, et aussi de plus attristant, que cette jeune femme, entourée de tous les prestiges du luxe et de l'élégance, ainsi écrasée sous le poids de je ne sais quel chagrin terrible !
Après l'étonnement le plus vif, mon premier mouvement, je l'avoue, fut une contemplation douloureuse; mon cœur se serra , lorsque je me demandai à quel inexplicable malheur pouvait être en proie cette belle jeune femme , en apparence si heureuse ?
Mais, hélas! presque aussitôt, par je ne sais quelle désespérante fatalité, ma défiance habituelle, jointe à la réaction involontaire de cette réputation de fausseté qu'avait madame de Pënâfiel , me dit que