‹ ArthurChapitre 24 sur 89 · L-.A VEL · texte numérisé non relu

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mille tcnlalivcs souvent inuliles pour se procurer un beau bouquet.

Que sais-je? tous ces enfantillages me furent contés si naïvement par mademoiselle de l erteuil, que je fus ému de surprise et touché jusqu'aux larmes ; car avant de partir pour mon voyage, pendant quelques séjours qu'Hélène était venue faire à Serval, je ne l'avais jamais considérée que comme un enliinf.

Depuis le soir où j'avais par hasard rencontré sa main sous la mienne, Hélène semblait m'évitcr; sa taciturnité habituelle augmentait; son caractère, jusque-là doux et égal, devenait brusque; elle restait souvent des heures enfermées chez elle, ses volets fermés, dansrol)scurité la plus complète.

Je souffrais moi-même beaucoup ; j'étais inquiet, préoccupé ; il me semblait qu'un aveu de ma part aurait dû rendre Hélène au calme et au bonheur ; mais une invincible timidité retenait cet aveu sur mes lèvres.

In soir pourtant, qu'Hélène était moins abattue et moins triste que de coutume, je l'acconqiagnai dans sa promenade à cheval; je nie promis d'avoir le courage de lui avouer mon amour, mais seulement lorsque nous serions (hms l'immense allée de chênes dont j'ai

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parlé... X'ons y arrivâmes... Mon cœur l);illail lîorribloincnl... mais je nosai pas...

Honteux et dépité , je pris une résolution nouvelle, et je me désignai à moi-même un temple de marbre qui divisait l'allée, comme le point où je devais tenter un nouvel effort. Arrive là, ma vue se troubla, mon cœur se serra, je ne sus que dire d'une voix étouffée : Hclcnc .'... puis je restai muet.

Elle tourna vers moi ses grands yeu\ humides et brillants à la fois; elle me parut plus pâle que d'habitude ; son sein était agité ; elle semblait m'interroger de son regard pénétrant, et vouloir lire au fond de mon cœur...

— 0 ! Hélène! — repris-je encore, et je ne sais quelle stupide et insurmontable timidité m'empêcha de dire un mot de plus...

Alors elle, avec une expression de douleur et presque de désespoir que je n'oublierai de ma vie, s'écria : a Allez! vous ?i aimerez jamais rien ï'ous serez toujours malhcu-

Puis, comme épouvantée de ces paroles, donnant un coup de lioussine à son poney, elh' partit au galop. Immobile, je la regardais s'en aller, lorsque je m'aperçus (pi'elle arrivait avec rapidité sur une barrière qui fermait l'entrée

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de l'allée : je frémis ; mais elle, si peureuse ordinairement, laissa franchir cet obstacle à son cheval, el je la perdis bientôt de vue dans hi profondeur des bois.

Resté seul, ces mots d'Hélène, dils avec tant d'amertume : " Allez! vous n aimerez jamais rien, l'ous serez toujours malheureux! ?' me causèrent une sensation étrange ; je compris (pie c'était presque un aveu que mon silence.

Puis enfin, pensant à son trouble, à ses rélicences, je ne doutai plus qu'elle ne m'aimât ; et cette espèce d'aveu de sa part me ravit si profondément, que je restai longtemps i\re de joie à me promener çà et là comme un insensé, sans pensées fixes, sans projets, mais

heureux oh! profondément heureux

d'un bonheur ineffable mêlé d'un radieux orgueil.

Enfin, la nuit venue, je retournai au château. En entrant dans le salon, j'y vis Hélène : son teint était animé, ses yeux brillaient d'un singulier éclat ; assise au piano, elle jouait lentement, et de la manière la plus expressive, la dernière pensée de \\ eber, cette phrase musicale d'une mélodie si suave et si mélancoli(]ue.

Lorsque Hélène me vil, elle me dit : » Avouez

que je vous ai lait bien peur, n'esl-ee pas? )> Et, sans attendre ma réponse, quittant le morceau qu'elle jouait, comme s'il avait dû traliir la tristesse des pensées de son cœur, elle se mit à exécuter une valse très-rapide et Irèsc^a'ic qu elle accompagna eà et là de sa voix, qui me parut vibrer d'une façon exlraordinaire

Sa mère et mademoiselle de Verleuil se regardèrent et semblaient aussi stupéfaites que moi de ce brusque accès de gaieté, si opposée au caractère habituel d'Hélène, qui continuait de jouer valse sur valse avec la joie bruyante d'un enfant.

Je ne sais pourquoi cette allégresse si peu naturelle me fit mal, tant elle paraissait nerveuse et folle. En effet, au bout d'une demiheure de celle sorte de spasme, Hélène pâlit tout à coup et s'évanouit.

Huit jours après cette scène, Hélène savait mou amour et m'avait avoué le sien.

LA LETTHt:. IIH

CHAIMTRE VII.

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