‹ ArthurChapitre 26 sur 89 · RTniH · texte numérisé non relu

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lillo avait j)Oi'l('' iino irirparahle alloinlp ù sa réputation ; vu un mot , on lui faisait entendre elairenient , à travers la plnaséolo<]ie confuse usitée en pareil cas , qu Hélène passait ; pour être ma maîtresse, ') et que, par son impardonnable faiblesse et son insouciance , ma tante avait autorisé ces bruits odieux.

Cela était faux, absolument faux, c était une odieuse calomnie ; mais je demeurai atterré, car je vis à l'instant que toutes les apparences devaient mallieureusement donner une terri l)le créance à cette accusation.

Je crus m' éveiller d'un sonfi[e ; je l'ai dit , je m'étais laissé aller aux cliarmes de ce pur et cbaste amour , sans calcul , sans réflexion, avec joute l'enivrante imprévoyance du bonbeur. dette lettre me mit la réalité sous les yeux , j'en demeurai écrasé.

Mon premier mouvement fut noble et généj{eux : je décbirai cette lettre en disant à ma tante : <. Croyez bien que la réputation de ma cousine Hélène sera vengée ainsi qu'elle le doit être. !i

Ma tante sourit tristement et me dit : - Mon ami , vous sentez bien qu'après de tels bruits il faut nous séparer; un séjour plus prolongé à S(M"val serait justifier ces infamies. Je connais

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ma fille , je connais la hauteur de vos sentiments, c'est tout dire. Mais, mon enfant, les apparences sont contre nous ; ma confiance, si légitime et si Jionorablement placée en vous , sera taxée de faiblesse et d'imprévoyance. Je n'ai pas songé, hélas î que la vie la plus pure en soi a toujours des témoins disposés à la flétrir... Vous le savez : Hélène est pauvre , elle n'a au monde que sa réputation... Que Dieu fasse maintenant que ces effroyables calomnies n'aient pas eu déjà un irréparable et fatal retentissement !

— Hélène est-elle instruite de ceci ? — demandai-je à ma tante.

— Xon, mon ami; mais son caractère est assez ferme pour que je ne lui cache rien.

— Eh bien, ma tante, faites-moi la grâce et la promesse de ne lui rien dire jusqu'à demain. •)

Ma tante y consentit et je rentrai chez moi.

On pense bien que le vague et passager besoin d'isolement que j'avais éprouvé céda devant de si réelles préoccupations.

Le dîner fut triste; après nous revînmes au salon. Hélène aimait trop sa mère et m'aimait trop aussi pour ne pas s'apercevoir que nous avions quelques chagrins; je n'étais pas d'ail-

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l«Hirs, alors, assez dissiniulé pour pouvoir radier mon ressentiment.

Mille idées confuses se heurtaient dans ma lèle : je ne m'arrêtais à aucune décision; je me rappelais mes longs entreliens avec Hélène, nos promenades souvent solitaires, mais autorisées par une familiarité de parenté (pii datait de l'enfance ; je me rappelais nos joies candides, la préférence presque involontaire que je lui accordais constamment : à la promenade, j'avais toujours son bras ; à cheval, j'étais toujours à ses côtés; en un mot, je ne la quittais jamais. Je m'aperçus alors qu'aux yeux les moins prévenus, une distinction aussi persistante avait du gravement compromettre Hélène. Puis encore, je me rappelais mille regards, mille signes tacites, convenus et échangés entre nous, muet et amoureux langage qui devait ne pas avoir échappé à la clairvoyance jalouse des gens que nous recevions ; charme fatal du premier amour, qui nous absorbait assez pour que nous ne songeassions pas aux dehors; atmosphère enivrante au milieu de laquelle nous vivions si heureux et si insouciants de tous, et que nous avions crue impénétrable aux yeux des indifférents !

A mesure que le voile qui m'avait jus((ue-là

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caelié ma oonduito se lovait, je comprenais mon inconcevable légèreté ; et, selon tout caractère jeune, j'en vins à m'en exagérer encore l'imprudence... Je vis l'avenir d'Hélène perdu ; car, se trouvant sans bien, l'irréprochable pureté de sa conduite lui devenait doublement précieuse. Puis, c'est avec transport que je me rappelais son amour, son affection si pure et si dévouée, qui datait de l'enfance, ses qualités hautes et sérieuses, sa douceur, sa beauté, son élégance exquise... En un mot, j'en vins à penser qu'Hélène, bien qu'innocente, pouvait paraître coupable aux yeux du monde, et que, puisque j'avais peut-être porté une irréparable atteinte à sa réputation, la seule réparation qui fût digne d'elle et de moi était de lui ofliir ma main.

Alors je me voyais heureux et paisible dans ce château, y vivant auprès d'elle, ainsi que j'y avais jusqu'alors vécu : c'était un horizon merveilleusement calme et radieux ; à mesure que je pensais ainsi, mon àme s'épanouissait et semblait s'agrandir. Je ne sais quelle voix intime et solennelle me disait : .; Tu es sur le seuil de la vie; deux voies te sont ouvertes» : l'une mystérieuse, vague, imprévue; l'autre fixe et assurée : dans celle-ci le passé te répond

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])rcsqiio de Tavcnir; c'est un bonlieur comiiiencê qu'il dépend de toi de poursuivre; vois (pielle existence douce et riante : la sérénité des champs, les souvenirs de famille, la paiv intérieure. Tu as assez de richesses pour vivre au milieu de tous les prestiges de luxe et de bénédictions de ceux que tu secourras ; Hélène t'aime depuis l'enfance, tu l'aimes... Va, le bonheur est là... saisis-le... Si tu laisses échapper celte occasion suprême, ta vie sera livrée à tous les orages des passions. -

C'est avec ravissement que j'écoutais cette sorte de révélation; dans ce moment le bonheur me paraissait certain, si je me décidais à passer ainsi ma vie avec Hélène.

Ces convictions étaient si douces que mon front s'éclaircissait, mes traits respiraient la félicité la plus pure; j'étais enfin si transporté d'allégresse, que je ne pus m' empêcher de m' écrier en répondant à ces pensées intérieures :

— Oii î oui, Hélène!... cela sera... c'est le destin de ma vie !

On pense à l'étonnement de ma tante, de madame de \erleuil, de Sophie et (fHélène, à celle exclamation si soudaine et si inintelligible pour elles.

— .Aî-lhur, vous ét(\^ fou , — me dil ma tante.

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— \oii, ma Ijonne tante, do ma vie je n ai été plus sage.... — Puis j'ajoutai : — Rappelezvous votre promesse. — Et baisant la main d'Hélène, je lui dis comme chaque soir: — Bonsoir, Hélène. — Puis sortant du salon, je rentrai chez moi.

J'ai dit que depuis bien longtemps je n'avais ouvert le cadre qui renfermait le portrait de mon père; je me sentais alors si fort de mon bonheur, que j'y trouvai le courage de braver l'impression que je redoutais.

Et puis, il me sembla que, dans un moment aussi solennel, je devais pour ainsi dire demander conseil à son souvenir; et, tremblant malgré ma résolution, j'ouvris le cadre..,

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